[DOSSIER] Quand manger sain devient un luxe

Avec la crise, de nombreuses personnes ne peuvent plus acheter de produits frais, devenus bien trop chers au regard de leur budget © N.H .

À cause de difficultés consécutives à la période des émeutes, beaucoup de Calédoniens s’alimentent mal. Mais certains ont su trouver des alternatives, afin de continuer à manger sain et équilibré.

Béatrice* l’avoue sans complexe : elle n’a « jamais mangé très sainement ». Mais avec la crise insurrectionnelle de 2024, l’incendie de son lieu de travail, la perte de son emploi et sa reconversion en tant que technicienne de surface, son alimentation est clairement passée au dernier plan. Aujourd’hui, « je suis obligée d’acheter des produits à bas prix pour tenir tout le mois et pouvoir payer mes factures », indique-t-elle. En l’occurrence : du riz, des boulettes ou des nouilles instantanées parfois « pendant quatre jours d’affilée ».

Une situation qu’Évelyne, mère de trois enfants, connaît bien. Son contrat de travail n’ayant pas été renouvelé, il devient « très difficile » de s’alimenter « comme avant ». Résultat, « il arrive que l’on mange du pain et du café, matin, midi et soir », décrit-elle. « On ne mange pas équilibré, mais on n’a pas le choix. Si j’arrive à prendre un sandwich le midi, je suis contente ». Les fruits et légumes sont passés aux oubliettes. « C’est beaucoup trop cher, même en allant au marché. »

Il arrive que l’on mange du pain et du café, matin, midi et soir.

L’ŒIL SUR LES PRIX

Alors qu’elle mangeait auparavant régulièrement de la viande et du poisson frais, Catherine a dû, elle aussi, revoir son alimentation. « Maintenant, je prends des boulettes et des saucisses, qui sont moins chères. C’est uniquement lorsque je retourne dans ma tribu que je peux manger sain… Et ce n’est pas souvent. » À Koutio, où elle habite, une solidarité entre voisins s’est instaurée. « Lorsqu’ils ont trop de salade, ils m’en donnent, ça m’aide un peu. »

Durant les émeutes et les mois qui ont suivi, en raison du stress engendré par sa perte d’activité professionnelle, Gabriel a aussi abusé de la malbouffe. Il y trouvait le réconfort que l’extérieur ne lui apportait pas. « La crise financière, le Covid, les référendums et enfin les émeutes… Ça a été la cerise sur le gâteau », témoigne-t-il. Diabétique de type 2, il a décidé de se reprendre en main, et s’est fait accompagner par l’Agence sanitaire et sociale durant quelques mois.

Si son alimentation est désormais majoritairement saine, le sexagénaire souligne qu’il reste difficile de ne pas céder. « Lorsque vous allez dans un supermarché, les bouteilles de soda et les produits sucrés sont toujours placés parfaitement en évidence à l’entrée, alors que pour trouver une simple bouteille d’eau, il faut chercher un bon moment ! »

Ce sont dans ces mêmes supermarchés qu’Isabelle a réévalué sa manière de consommer. Avec la perte d’activité professionnelle de son conjoint durant la période des émeutes, il lui est difficile d’acheter des produits frais à chaque course. Mais la mère de famille a ses petites astuces : « Je prends les fruits et légumes au rayon anti-gaspillage, à – 50 %… Depuis les émeutes, de plus en plus de magasins en proposent, car les gens en achètent moins, par manque de moyens », a-t-elle remarqué.

FRUITS ET LÉGUMES DE SAISON

Habitant à Poindimié, Josiane entretient régulièrement son champ. Une habitude avec laquelle la mère au foyer a renoué durant la période Covid, et qui lui a évité d’être en difficulté pendant et après les émeutes. « Tu ne peux pas dire que tu manges mal quand tu as un terrain, estime-t-elle. Il faut simplement consommer les fruits et légumes de saison, et savoir prioriser tes achats lorsque tu te rends au magasin. »

Ce « retour à la terre », Marie l’a également observé autour d’elle. « Les enfants, surtout, ont davantage pris l’habitude de manger du manioc, des bananes… Aux tours de Magenta, où j’habite, on a vu pousser de plus en plus de jardins ». Pour autant, le recours aux produits ultra transformés reste systématique. « Les paquets de saucisses ne coûtent pas cher, je trouve cela super ! »

Nikita Hoffmann