[DOSSIER / Se nourrir en temps de crise] Les associations cherchent à diversifier leurs produits

L’épicerie solidaire de Saint-Vincent de Paul à Normandie. Ici les fonds récoltés lors des achats des consommateurs permettent de faire des dons aux plus démunis. (© C.M.)

Face à une explosion de la demande, les associations d’aide alimentaire adaptent leurs pratiques. Elles restent attentives à ce qu’elles proposent, mais se confrontent aussi aux réalités du marché. 

En 2025, le Secours catholique a octroyé 12,9 millions de francs d’aide alimentaire sur fonds propres à plus de 1 300 foyers, contre 380 en 2023 avec une enveloppe quatre fois moindre, selon Marie-Françoise Hmeun, présidente de la structure en Nouvelle-Calédonie.

Dans ce contexte de précarité grandissante, « la malbouffe s’impose, dès lors que c’est la moins chère. Et les personnes qui pouvaient encore se nourrir à peu près correctement, au vu de l’inflation, ne peuvent plus se permettre un kilo de salade à 700 francs. »

ORIENTER LES DONS

Les bénéficiaires demandent surtout des produits de base (riz, pâtes, huile, café, biscuits). Les besoins ne sont pas forcément les mêmes partout, observe Brigitte Bonnefils, trésorière de la délégation calédonienne qui couvre tout le territoire. « En Brousse, les référents disent qu’il faut plutôt du riz, des lentilles, des sardines. À Nouméa, on est plus sur des légumes parce que nos produits locaux coûtent cher, pommes de terre, bananes, etc. »

Lors des collectes, une liste de produits « permet d’orienter les dons ». Le Secours catholique reçoit aussi des invendus de grandes enseignes où l’on obtient de tout, y compris des chips, jus sucrés etc. Le système est perfectible. Des discussions pourraient être envisagées avec les grandes surfaces. 

L’association caritative octroie des bons alimentaires (de 6 000 à 10 000 francs), laissant aux familles orientées par l’assistance sociale le choix de leurs achats (hors alcool). « On observe qu’elles prennent des sodas, des gâteaux. On n’est pas là pour faire les gendarmes, mais on peut restreindre », souligne Brigitte Bonnefils. Le Secours catholique prévoit en effet de retirer au moins l’accès aux boissons sucrées. « L’obésité, le diabète ne sont pas de petits problèmes dans le Pacifique, appuie Marie-Françoise Hmeun. Est-ce leur rendre service que de leur donner l’opportunité d’acheter des choses comme cela ? »

Pour aider les familles à faire le meilleur usage de ces bons, l’association donne parfois le riz ou vend les couches à part, à prix cassés. « Quand vous avez un bon de 6 000 francs et que vous devez aller acheter un paquet de couches à 2 500 francs, il y a un problème. »

Quand vous avez un bon de 6 000 francs et que vous devez aller acheter un paquet de couches à 2 500 francs, il y a un problème. 

GÉNÉREUX DONATEURS

Depuis 2021, cinq associations, le Secours catholique, la société Saint-Vincent-de-Paul, la Rapsa, l’Acapa, Un sandwich pour autrui sont regroupées au sein du collectif d’intérêt alimentaire, le CIA. Il permet de mutualiser les dons à Saint-Vincent-de-Paul avant redistribution aux associations et de toucher un public le plus large et le plus diversifié possible (personnes âgées, handicapées, sans domicile fixe, etc.). Elles sont aussi en lien avec des associations « sympathisantes » (Dorcas, Solidarité Rivière-Salée, etc.) pour les surplus.

À Saint-Vincent-de-Paul, les colis alimentaires sont établis selon une liste de produits de première nécessité. « La qualité est importante, insiste Élisabeth Gau, présidente du collectif. Nous évitons les sucreries et, bien sûr, pas d’alcool. Dès que nous le pouvons, nous mettons des produits surgelés ou frais. Même s’il n’est pas facile de changer les habitudes, par nos dons, nous voulons aussi les aider à mieux se nourrir. »

Même s’il n’est pas facile de changer les habitudes, par nos dons, nous voulons aussi les aider à mieux se nourrir.

Des partenariats avec des entreprises, producteurs locaux ou mécènes permettent d’offrir des protéines. Pacific Tuna donne jusqu’à 200 kilos de thon ou de wahoo par semaine, l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours ‒ qui remet plus de trois millions de francs par an et par association ‒ apporte notamment des blancs de poulet. Le collectif lance un appel aux agriculteurs locaux pour leurs invendus. « Il y a quelque temps nous avons, par exemple, ramassé des squashs dans un champ », rapporte Élisabeth Gau.

À la braderie de rentrée du Secours catholique, les stands de produits frais, proposés à petits prix dans le cadre d’un partenariat avec des producteurs de Canala, ont été dévalisés. « Pourtant c’étaient des brocolis, choux-fleurs et haricots verts », note Brigitte Bonnefils. L’association Waké Chaa donne tous les mercredis les restes du marché de la commune.

Les associations d’aide alimentaire essayent « sincèrement d’éviter la malbouffe », mais se heurtent à la fois aux habitudes des consommateurs, à la disponibilité des produits et à la nature des dons.

Depuis 2024, elles ne bénéficient plus d’aides publiques. « On devrait être là pour soulager un peu le service public, mais on pallie son insuffisance sans les moyens », déplore Marie-François Hmeun. Un débat sur la précarité alimentaire est jugé essentiel. Les Calédoniens, toujours aussi généreux, peuvent aider par le bénévolat, l’achat dans les espaces solidaires ou les dons.

Chloé Maingourd

Les repas solidaires de l’association Un sandwich pour autrui sont élaborés en fonction des dons. « On arrive à ce que ce soit équilibré », explique Ghislaine, en pleine collecte. (© C.M.)
Brigitte Bonnefis et Marie-Françoise Hmeun, au Secours catholique. (© C.M.)