Étroitement liée à la précarité qui ne cesse d’augmenter depuis la période des émeutes, la malbouffe gagne du terrain. Le phénomène n’est pas nouveau, la situation était déjà alarmante avant mai 2024. Si l’on en croit le baromètre santé adulte 2021-2022, un Calédonien sur deux consommait tous les jours des boissons sucrées (thés et cafés sucrés inclus). En parallèle, seul un Calédonien sur dix mangeait quotidiennement les cinq fruits et légumes recommandés par l’Organisation mondiale de la santé, l’OMS.
L’imaginaire collectif relie la « malbouffe » uniquement au fast-food et aux produits sucrés. En vérité, ce terme fait référence à la nourriture transformée, voire ultra-transformée, c’est-à-dire « à tout aliment dont la composition dépasse cinq ingrédients, contenant entre autres des additifs, sucres, sels et graisses », souligne le docteur Dominique Megraoua, responsable du programme « Diabète » à l’Agence sanitaire et sociale.
Or, l’alimentation de certains Calédoniens est basée majoritairement sur ce type de mets souvent proposés à des prix plus attractifs.
Facteur de risque de maladies
Avec la crise, cette alimentation – couplée à l’absence de produits frais et variés – est devenue la norme, pour beaucoup. Une situation qui ne s’est pas arrangée avec l’augmentation des tickets de transport en commun et l’inflation*. Ce faisant, la priorité est avant tout de pouvoir manger, même si ce n’est pas de façon saine ni équilibrée.
Dans ce contexte, les associations d’aide alimentaire s’efforcent de proposer des colis de qualité, composés de produits variés. Un exercice difficile, puisque ceux-ci dépendent de la nature des dons reçus et de leur quantité.
En parallèle, certaines familles ont modifié leurs habitudes. « Plusieurs personnes se sont mises à planter leurs propres légumes », assure Delphine Routhe, diététicienne à l’ASS, qui suit près de 700 patients par an.
Quand on sait que l’alimentation ultra-transformée est associée à une augmentation du risque de maladies cardiovasculaires ou de diabète de type 2 – maladie particulièrement présente sur le territoire, concernant 46 100 adultes en 2024** -, cela interroge sur les mesures mises en place sur le territoire pour lutter contre la malbouffe. L’application de la taxe sur le sucre, en septembre 2024, est venu clôturer plus de dix ans de discussions avec les acteurs locaux.
Une étape importante, bien qu’elle mériterait d’être par complétée par d’autres mesures de lutte. Le programme « Mieux manger pour tous ! », visant à améliorer la qualité de l’aide alimentaire, lancé en 2023 en France, ainsi que le renforcement récent du Nutri-Score pourraient servir d’exemples.
Nikita Hoffmann
*Selon l’Isee, Institut de la statistique et des études économiques, entre mai 2024 et juin 2025, le coût de l’alimentation a augmenté de 6 %, passant d’un indice général des prix à la consommation de 113 à 119. **Données de l’International Diabetes Federation (IDF).

