Robert Kakue : « On ne reconstruit pas un pays dans le dos de ceux qui l’habitent »

Robert Kakue mène la liste « Faire pays » en province Sud avec Qatrenë Juni ou encore Marie-Madeleine Lequatre. (©DR)

Robert Kakue porte en province Sud, la liste issue de la société civile du mouvement Faire pays, initié par Laurent Chatenay. Originaire de Lifou, le jeune ingénieur et entrepreneur dans le secteur des transports, défend une autre façon de faire de la politique, plus proche des Calédoniens.

DNC : Vous défendez une nouvelle approche, selon vos termes, en politique. Laquelle ?

Robert Kakue : Faire de la politique autrement. Notre liste vient de la société civile, sans tête politique professionnelle : des jeunes, l’appui des anciens, des compétences réelles. Nous refusons le face-à-face loyalistes-indépendantistes, qui paralyse le pays depuis quarante ans. Notre méthode tient en trois mots : écouter, co-construire, agir. Et une règle : parler vrai. Nous ne promettons pas tout, tout de suite ; nous donnons un cap, des priorités et nous chiffrons. La participation citoyenne n’est pas un slogan – assemblée citoyenne provinciale, convention citoyenne du pays. On ne reconstruit pas un pays dans le dos de ceux qui l’habitent.

Nous assumons un cap clair, là où beaucoup préfèrent gérer le statu quo : une souveraineté préparée, progressive et partagée.

Qu’est-ce qui vous différencie des autres listes dites du centre ?

Nous ne sommes pas une liste du compromis mou ou du « ni-ni ». Nous assumons un cap clair, là où beaucoup préfèrent gérer le statu quo : une souveraineté préparée, progressive et partagée. Nous reconnaissons le peuple kanak comme peuple premier et toutes les communautés qui ont bâti ce pays, sans opposer les uns aux autres. Nous portons un ancrage océanien, « pasifika », et un vrai renouvellement générationnel. Notre différence, c’est d’affronter les sujets que d’autres contournent : la souveraineté, les ressources, la réforme des institutions. Un projet, pas une posture.

Que faire face à l’urgence sociale et économique ?

Protéger le quotidien, immédiatement. Un revenu de solidarité transitoire de 35 000 F par mois, ciblé et lié à un parcours d’insertion ; un bouclier sur les prix des produits essentiels ; l’aide médicale gratuite rétablie à son niveau d’avant 2024 ; un pass mobilité à 1 500 F. Côté économie, nous avons le coût du travail le plus élevé du Pacifique : il faut l’alléger, sortir de l’économie de rente et diversifier – agriculture, mer, numérique, hydrogène. Reprendre la main sur nos ressources et créer un fonds souverain. Et recréer des emplois : sans cotisants, pas de protection sociale.

Pourquoi vouloir supprimer progressivement les provinces ?

Parce que notre architecture est devenue ingérable : trois provinces, un gouvernement, un Congrès, des communes sous-dotées. Résultat : des doublons, des conflits de compétences, une responsabilité diluée. Nous proposons une bascule progressive vers des communautés de communes – plus proches des habitants, des maires, de la coutume – et la remontée des compétences stratégiques (santé, éducation, transports) au gouvernement. Ce n’est pas centraliser : c’est rapprocher la décision des gens. À la clé, environ 33 milliards d’économies réinvestis dans les écoles, les dispensaires et les familles.

Vous souhaitez parler à la jeunesse. Quels sont vos messages ?

D’abord celui-ci : vous n’êtes pas un problème, vous êtes notre première richesse. On ne naît pas délinquant ; c’est le déracinement et l’absence d’avenir qui cassent. Nous voulons des formations alignées sur les besoins du pays, des réponses pour chaque jeune, une maison de la jeunesse et du bien-être dans chaque commune, et Qatrenë Juni et Yaelle Saihuliwa aussi, dans une logique « aller vers », jusque dans les tribus. Et une vraie place dans la décision : un parlement des jeunes au pouvoir réel. Notre promesse n’est pas de parler à votre place, mais de vous faire une place. Construire votre vie ici, au pays.

Vous militez pour une souveraineté préparée, partagée et progressive. Que signifie cette notion ?

Préparée : on ne décrète pas la souveraineté un matin, on la construit, compétence par compétence. Partagée : avec la France, refonder le lien d’égal à égal, sans rupture brutale, et partagée entre toutes les communautés du pays. Progressive : la souveraineté économique précède la politique – tant que nous ne maîtrisons pas notre nickel, notre énergie, notre alimentation, le reste n’est qu’un mot. Ce n’est ni le statu quo, ni le saut dans le vide : c’est un chemin, avec un calendrier. Au fond, c’est refuser qu’on nous oblige à choisir entre nos racines et notre avenir.

Propos recueillis par Y.M.avec C.M.