L’attaque récente d’un requin sur un pratiquant de va’a a suscité l’émoi, dans la communauté. Une réflexion est menée pour mettre en place des dispositifs de sécurité afin de pouvoir continuer à pratiquer ce sport.
Des requins, les pratiquants de va’a en croisent « quelquefois » lors de leurs entraînements à la Côte-Blanche ou dans les baies de l’Orphelinat et de la Moselle. Mais jusqu’à présent, aucune attaque ni morsure n’ont été recensées. « La plupart du temps, ils passent soit en dessous de notre embarcation, soit ils nagent plus loin, mais ce n’est pas effrayant. On se pensait en sécurité », témoigne Fabienne Devambez, présidente de la ligue calédonienne de va’a et canoë-kayak.
Or, depuis l’attaque du 15 avril, lors de laquelle un pratiquant de va’a a été mordu par un requin, ses pratiquants s’inquiètent. Une rencontre a récemment été organisée avec le CTOS et l’ensemble des ligues de sports subaquatiques et nautiques. Elles comptent sur l’avancée d’une pétition, mise en place au lendemain du décès de Cyril Chevalier, le 22 février, et publiée sur le site du Cese, Conseil économique, social et environnemental. Son objectif est « d’éclairer le citoyen sur cette problématique générale », afin de « garantir la sécurité des usagers de la mer, l’équilibre écologique du lagon et l’action juridique des autorités publiques ».
DES ÉTUDES RELANCÉES
En parallèle, une réunion a été organisée par la province Sud et le CAN, Centre des activités nautiques, jeudi 23 avril, en présence des ligues évoluant au niveau de la Côte-Blanche. « On nous a dit que des études allaient être relancées afin d’identifier le nombre de requins présents, et de connaître leur comportement », explique Fabienne Devambez.
Le dispositif de sécurité mis en place au niveau du CAN – qui prévoit différents canaux d’alerte, dont la mise en place d’une communication permanente (par radio VHF ou téléphone) entre les encadrants, l’évolution d’un bateau de surveillance sur l’eau avant chaque activité, et quelques vols de drone réalisés ponctuellement par la police municipale –, va également être étendu aux sports à rames à la Côte-Blanche. 150 adhérents devraient être concernés par ces mesures.
Néanmoins, « j’ai également tenu à rappeler qu’au niveau de la baie de la Moselle, nous avons 300 adhérents. Eux aussi prennent des risques, et ne bénéficient pas de ces mesures », souligne la présidente de la ligue de va’a. Cette réflexion générale doit conduire à la mise en place de dispositifs d’alerte et de sécurité pour le va’a, tout en gardant une communication dite « positive ». « On ne veut pas créer de psychose ni empêcher l’activité. En revanche, elle doit être faite de manière raisonnée et raisonnable », insiste Fabienne Devambez. La pratique de la pirogue à la tombée de la nuit – comme cela se produit régulièrement – va, par exemple, être proscrite.
Nikita Hoffmann
Selon Claude Maillaud, médecin légiste et spécialiste des espèces marines dangereuses, l’attaque d’un va’a par un requin, le 15 avril dernier, est « une première » dans tout l’outre-mer français. Jusqu’à présent, « il y avait eu des interactions négatives entre rameurs et requins, mais jamais d’attaque aboutie, avec un requin qui réussit à faire tomber une personne à l’eau, et l’attaque par la suite ».
Dans la longue liste des sports et pratiques nautiques, l’imaginaire collectif place les disciplines utilisant le foil (équipement fixé sous une planche ou un bateau, permettant de se soulever au-dessus de l’eau lorsque l’on prend de la vitesse) parmi les plus à risque. L’idée soutient que le requin serait attiré par ce dispositif, qu’il confondrait avec une tortue ou un poisson.
Une hypothèse qui n’a, pour le moment, « pas été prouvée scientifiquement, même s’il y a effectivement beaucoup d’attaques sur des foils », reconnaît Claude Maillaud.
En Nouvelle-Calédonie, les chasseurs sous- marins représentent le premier groupe de pratiquants victimes d’attaques de requins, suivis par les nageurs (qu’ils soient en palmes-masque-tuba ou sans équipements), puis par les sports de glisse (kitesurf, voile, surf, et maintenant les sports de rame).
Néanmoins, la tendance évolue : « Cela concerne de moins en moins les chasseurs sous-marins et de plus en plus les pratiquants de sports de glisse », explique le médecin. Là aussi, la cause est inexpliquée. « Une idée assez simpliste est régulièrement avancée : la population humaine augmente, et donc mathématiquement, le nombre de pratiquants de sports de glisse aussi. Est-ce que c’est vrai ? Je n’en suis pas certain. Il faudrait une enquête sociologique pour le démontrer. »
N.H.

