L’inflation pressentie frappera des secteurs clés. Tour d’horizon des enjeux.
LES IMPORTATEURS EN GRANDE VIGILANCE
À l’heure de fortes menaces sur l’économie mondiale dues au conflit au Moyen-Orient, les importateurs s’inquiètent de deux points majeurs dans l’approvisionnement du territoire. Tout d’abord, l’engorgement à très court terme des ports de Malaisie et de Singapour – considérés comme des hubs ou plateformes stratégiques – en raison de la quasi-fermeture du détroit d’Ormuz, dans le golfe Persique. Apparaît ainsi « le risque d’avoir du fret d’Asie à destination de l’Europe bloqué, et inversement », estime Laurent Vircondelet, président du syndicat des importateurs de Nouvelle-Calédonie.
Le territoire étant en bout de chaîne, l’acheminement des marchandises serait pénalisé. Des compagnies maritimes ont modifié leur route, en descendant vers le canal de Bonne-Espérance, au sud de l’Afrique. La perturbation du flux peut engendrer des retards de livraison. « Depuis le Covid, les importateurs commencent à s’adapter rapidement, surtout pour l’alimentaire, ajoute le représentant syndical. Chacun va anticiper ses commandes pour pallier les problèmes en amont du port de Nouméa. » Une compagnie propose une route plus rapide, du nord de la Métropole au Caillou en passant par le canal de Panama, mais les conteneurs valent 30 % plus cher. Ce qui n’est pas du tout rentable pour les produits à faible valeur.
Le second point majeur, non maîtrisable par les importateurs, s’avère la probable augmentation du coût du transport, liée à la flambée du pétrole. Qui se répercutera automatiquement sur le prix des marchandises. Une compagnie maritime a d’ores et déjà confirmé une correction à la hausse de 7,5 % de la surcharge carburant. Cette donnée sera réactualisée chaque semaine. Les importateurs redoutent une décision similaire des autres sociétés de transport. En outre, une rupture de stock de pétrole et de gaz en Chine produirait, au-delà d’une déstabilisation de son économie, un envol des prix. Pour Laurent Vircondelet, « il ne faut pas que cette guerre s’enlise ».
LES CONSOMMATEURS IMPUISSANTS
Gilles Vernier est formel : « Par la force des choses, il y aura une augmentation des prix, c’est sûr. Dans quelle proportion ? Je ne sais pas ». Le président de l’association UFC-Que choisir Nouvelle-Calédonie pressent l’apparition d’un mécanisme classique dans ce contexte de turbulences mondiales. En raison du renchérissement de la valeur du pétrole ainsi que de la perturbation du fret, « le coût du transport va augmenter ». Ce qui suscite une interrogation du responsable de l’antenne locale : « Certains n’en profiteront-ils pas pour augmenter les marges ? Y aura-t-il une forme de spéculation, ou les distributeurs joueront-ils le jeu ? »
Puis, les prix redescendront-ils ? L’UFC-Que choisir NC encourage la Direction des entreprises, de la consommation, de l’attractivité et des télécommunications (Decat, ex-DAE) à mener des contrôles. Mais l’association appelle aussi les consommateurs à dénoncer les abus.
LE MONDE DU NICKEL TRÉS EXPOSÉ
Les analystes observent un envol du prix de nombreuses matières premières, dont celui des hydrocarbures. Le cours du nickel est, lui, resté stable, aux environs de 17 000 dollars US la tonne à la Bourse du LME. Cependant, « nous avons plusieurs points de vigilance au niveau des coûts », remarque Gabriel Bensimon, président par intérim du Syndicat des industries de la mine (SIM).
L’activité minière est tout d’abord une grande consommatrice de diesel, notamment pour le roulage, donc « le coût d’extraction va augmenter ». Tout comme celui des exports par les minéraliers. D’ailleurs, vu la perturbation du trafic, une question se pose sur la disponibilité des navires. « Nous avons déjà des augmentations de tarifs d’affrètement, depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, qui dépassent les 50 % », ajoute le responsable du SIM.
Les industriels, de leur côté, s’appuient en Nouvelle-Calédonie sur une énergie dont une part significative repose sur l’utilisation d’hydrocarbures. Les usines vont donc subir de plein fouet la hausse des prix. Et ce, alors que « la concurrence indonésienne utilise du charbon, produit sur place et subventionné par le gouvernement local », note Gabriel Bensimon. Ses coûts pourraient être alors relativement protégés d’une réelle inflation, contrairement à ceux des entités calédoniennes.
Autre élément, plus de 40% du volume mondial du soufre passe par le détroit d’Ormuz. Or, cette matière est déjà d’ordinaire un gros poste de dépenses à PRNC, qui, de fait, sera exposée à une évolution du prix.
Yann Mainguet

à elle seule un quart de la valeur totale des importations en Nouvelle-Calédonie en 2024, reste le principal pays d’origine des marchandises.


