Le colloque international « Concurrence et intégration économique régionale – Enjeux et défis pour les petites économies insulaires » s’est achevé vendredi 29 août avec un troisième rendez- vous organisé à la Chambre de commerce et d’industrie. L’occasion de donner la parole aux opérateurs économiques locaux, sur les sujets d’autosuffisance alimentaire, d’agro-transformation, ou encore de stratégie de réduction des frais d’import.
« Concurrence, compétitivité et autosuffisance alimentaire en Nouvelle-Calédonie ». Tel était le thème du premier atelier organisé à la CCI, à l’occasion du troisième et dernier jour du colloque international « Concurrence et intégration économique régionale – Enjeux et défis pour les petites économies insulaires ».
Plusieurs interrogations ont été mises sur la table, comme celle de savoir comment structurer l’offre des producteurs, et réguler les prix et la qualité des produits. Le gouvernement a adopté mercredi 13 août un accord interprofessionnel venant encadrer la filière de l’oignon local. Son ambition est « qu’à la fois, le marché soit approvisionné correctement, en quantité et en prix, et [de] réussir à donner toute sa place à la production locale », a rappelé Guillaume Pujol, directeur adjoint de la Davar, Direction des affaires vétérinaires, alimentaires et rurales.
La mesure pourrait être dupliquée avec d’autres fruits et légumes, mais avec un seuil limité pour le moment à 400 francs le kilo, elle interroge. « C’est un premier pas. Plus on mettra de volume, plus on pourra diminuer les prix et plus ce sera profitable pour les consommateurs », ajoutait Guillaume Pujol.
RIZ ET CACAO
Si cet accord a été validé grâce au travail réalisé par l’Institut des Fruits et Légumes (IFEL-NC) durant plusieurs mois, une « réelle » politique agricole doit également être menée par la Nouvelle-Calédonie. Pour Jessica Bouyé, directrice d’exploitation chez Pacific Tuna, celle-ci est liée à l’économie, la fiscalité ou encore aux transports, donc « il faut orienter la politique du gouvernement, puis la décliner au sein de chaque portefeuille, a-t-elle proposé. Si on commence à parler uniquement de politique agricole, on oublie 90 % de ce qu’il faudrait faire ».
En termes de « filières compétitives », le riz et le cacao, dont la production a été tentée il y a quelques années, pourraient, pourquoi pas, « revenir sur le devant de la scène ».
« En ce qui concerne le riz, un business plan de dix ans avait permis de montrer la rentabilité du projet, a rappelé Guillaume Pujol. C’est peut-être une filière comme celle-ci sur laquelle il faudrait réfléchir sur du moyen à long terme ».
Quant au cacao, un marché local existe déjà, avec des acteurs comme Biscochoc. Si la Chambre d’agriculture et de la pêche (CAP NC) travaille avec certains producteurs sur la pertinence économique de cette production, « il ne faut pas se leurrer, a insisté son directeur général, Guylain de Coudenhove. On n’aura jamais des producteurs qui feront uniquement du cacao. Il faut savoir se diversifier. Une production résiliente, c’est une production diversifiée ».
Quant à l’agro-transformation, sujet sur lequel « la Nouvelle-Calédonie est vraiment en retard », certaines problématiques, comme le prix des matières premières, freinent son développement.
La conserverie La Périgourdine, par exemple, souhaiterait réaliser des conserves avec du cerf. Or, « si c’est pour avoir du 1 500 francs le kilo et devoir vendre des produits hors de prix à nos consommateurs, ce n’est même pas la peine d’essayer », a déploré Michel Delhome, directeur de l’entreprise.
RÉDUIRE LES FRAIS DE FRET
Le second atelier, intitulé « Tracer, repenser et sécuriser les chaînes d’approvisionnement et d’export », a permis, entre autres, d’initier une réflexion sur la stratégie de réduction des frais d’approvisionnement.
Pour Frédéric Genel, directeur régional de DHL, les tarifs élevés sur la desserte maritime tiennent au fait que « trois acteurs principaux se partagent 90 % du marché en provenance des grands axes d’importation ». Résultat : « des tarifs de fret non négligeables ».
La situation est similaire sur la desserte aérienne, avec « une situation de monopole » détenue par la compagnie Air France, explique-t-il. « Toute la cale cargo d’Aircalin au départ de l’Europe est gérée par Air France. Elle en abuse. Avec 18 000 km de Paris à Nouméa, cela revient à neuf euros le kilo. De Paris à Papeete, où il y a deux autres compagnies, c’est quatre euros ».
L’optimisation et la massification des flux dans le cadre de l’export ont également été évoquées. « En termes de mutualisation de la logistique, nouvelles routes commerciales, massification des flux… ne serait-il pas possible de mieux optimiser nos conteneurs ? », a questionné Stéphane Retterer, président de l’Autorité de la concurrence-NC.
Sur ce sujet, s’il n’y a « pas de route commerciale naturelle pour la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie », ni de flux de masse, « dès qu’un exportateur ou qu’un business pointe le bout de son nez, les agences maritimes sont là pour défendre ces dossiers auprès des armateurs et promouvoir l’exportation du point de vue calédonien, a assuré Maxime Tinel, président de la chambre syndicale des agents et consignataires de navires. « Il n’y a pas de logique de marché, on essaie de fournir les frais de fret les plus bas possible. On joue le jeu à fond ».
Nikita Hoffmann

