[DOSSIER] Rendre le territoire à nouveau attractif

La Nouvelle-Calédonie dispose d’atouts exceptionnels, ici à Ouvéa. © C.M.

Le tourisme est identifié parmi les filières à fort potentiel dans le cadre de la relance économique et d’un futur statut institutionnel. Des ateliers portés par Nouvelle-Calédonie tourisme (NCT), sous l’égide du gouvernement, seront prochainement organisés avec les professionnels pour définir la stratégie de promotion du territoire.

Peut-on compter sur le tourisme pour la relance économique ? Quelle place veut-on lui donner à l’avenir ? Ces questions doivent trouver des réponses alors que la Nouvelle-Calédonie s’interroge sur son futur. Dans le projet d’accord politique de Bougival, un « pacte de refondation économique et financière » entre l’État et la Nouvelle-Calédonie est évoqué pour « un rétablissement durable des équilibres et de l’attractivité du territoire », sans plus de détails pour l’heure.

Christopher Gygès, membre du gouvernement en charge de l’économie et président du conseil d’administration de l’agence de promotion touristique internationale du territoire NCT depuis avril, confirme que le secteur figure parmi les filières de diversification travaillées avec Claire Durrieu, haut-fonctionnaire du ministère de l’Économie chargée par l’État d’élaborer ce pacte, un travail auquel il participe activement. « La partie touristique va jouer un rôle majeur, parce que le secteur a un rôle à la fois de développement économique ‒ il fait entrer des devises ‒ et social extrêmement important parce qu’il maintient les gens dans l’emploi partout sur le territoire ». Le tourisme avait aussi été identifié parmi les 12 filières d’avenir de NC Éco qui regroupe l’ensemble des acteurs économiques.

DEUX MOIS DE TRAVAUX

Mais la tâche est grande après des années de crise et des difficultés structurelles. Christopher Gygès est convaincu que « le secteur touristique doit se développer et surtout se réformer et mieux s’organiser ». Il ne souhaite pas se prononcer sur la répartition des compétences entre le gouvernement, chargé de la promotion internationale du territoire, et les provinces, de leur dévelop-pement touristique. Pour lui, celles-ci sont « plus adaptées pour gérer les prestataires touristiques ».

Il a, pour sa part, lancé un audit juridique et financier de NCT pour analyser l’utilisation des fonds et voir si le GIE est la bonne formule. Son ambition est de le faire évoluer vers une agence d’attractivité pour entrainer les touristes, mais aussi des investisseurs, des retraités « comme au Portugal » ou encore des travailleurs qualifiés dans le domaine de la santé, du numérique, etc. Son souhait : que la partie touristique soit « sanctuarisée et développée » avec les acteurs socio-professionnels.

Dans ce cadre, NCT va lancer très prochainement des ateliers pour réfléchir à la promotion internationale, l’image de marque, etc. Deux mois de travaux sont envisagés avant une conclusion lors d’une « semaine de l’attractivité » en octobre. « On doit proposer une nouvelle offre et montrer ce qui distingue la Nouvelle-Calédonie par rapport à Tahiti, au Vanuatu. Pourquoi a-t-on envie de venir ? On peut faire plusieurs pays en une fois ici. Il y a ce côté ‘‘seul au monde’’ dans des endroits exceptionnels qu’on ne valorise pas assez ou encore cette petite France du Pacifique, pas assez connue des pays anglo-saxons ou asiatiques. »

IMAGE ET PUBLICS TYPES

Selon Jean-Pierre Cuenet (groupe GLP Hotels) membre du comité de direction du Medef-NC, représentant la section tourisme et membre de l’Union des hôtels de Nouvelle-Calédonie, il y a, à la suite des émeutes, un gros problème d’image et l’on pourrait, vu l’ampleur des difficultés, dès maintenant communiquer sur « la partie safe de la Nouvelle-Calédonie ».

Pour Christopher Gygès, les voyants sont au vert avec la réouverture des lignes aériennes. Charge maintenant à la Nouvelle-Calédonie de séduire. « Il est important de bien définir les publics types, les avantages comparatifs que l’on a et enfin, de mettre en place les efforts pour aller chercher ces publics. » Lignes aériennes, contrats de destination, partenariats avec les hôtels feront partie des sujets évoqués. Avant les émeutes, les partenaires économiques avaient discuté de promouvoir des évènements culturels, sportifs ou encore le tourisme médical.

Il y a, en tout cas, fort à faire pour parvenir aux objectifs. « On attend effectivement que NCT fasse son travail, avance Jean-Pierre Cuenet. Mais chacun fait sa promotion et on continue à entretenir nos outils. » Le chef d’entreprises salue cette « volonté de se servir du tourisme dans cette situation de crise ». Un autre responsable syndical insiste sur la nécessité d’un acheminement efficace : les dysfonctionnements sont récurrents, et « comment créer des marchés durables avec Aircalin qui ferme et ouvre des lignes, toute seule, dans son coin », avec plus ou moins de pertinence ? La compagnie est à la vice-présidence de NCT, à la demande de Christopher Gygès. « Même si je dis qu’il faut davantage s’ouvrir à d’autres compagnies, ça reste notre principal outil d’attractivité en Nouvelle-Calédonie », conclut-il.

Chloé Maingourd

Un « livre blanc » datant de 2019…

Jean Rambaud, consultant, initiateur de la venue des chaînes Hilton et Intercontinental, avait rédigé un livre blanc avant son départ du territoire. Il voyait une stratégie en trois axes : l’accès, les produits avec les chaînes hôtelières et la communication-commercialisation. « Si l’une des pièces ne fonctionne pas nous aurons toujours du mal », avertissait-il. Il défendait comme point central un « ministère » du tourisme au gouvernement, schéma valable « partout dans le monde ». Il préconisait de faire de la Nouvelle-Calédonie une destination de week-end pour les Australiens, avec des vols low-cost d’Aircalin, un départ en périphérie de Sydney pour des taxes moins élevées et des horaires adaptés. Il imaginait des packages États-Unis-Tahiti-Nouvelle-Calédonie-Fidji pour les touristes américains, la même formule pour Singapour. Il prévenait qu’il ne fallait pas rater la commercialisation de cette destination en passant par les chaînes hôtelières. Il défendait aussi une Académie du tourisme pour former les jeunes.