Une unité, oui, mais pas derrière Sonia Backès. Le Rassemblement a montré ses couleurs – et ses fêlures – juste avant les discussions menées cette semaine avec Les Loyalistes. Celles-ci visent à définir une stratégie pour les élections provinciales et à trouver une juste place à chacun des mouvements.
Mercredi 15 avril, l’annonce résonne dans le microcosme politique. Par voie de presse, à l’aube des discussions avec Les Loyalistes sur les provinciales, le président du Rassemblement-Les Républicains, Alcide Ponga, réaffirme son attachement à l’unité des partisans de la France dans un contexte institutionnel et politique incertain, mais estime qu’il faut tirer les enseignements des municipales et reconnaître « les limites des choix passés ».
En province Sud, il propose que Générations NC, qui a remporté deux communes majeures, soit aux avant-postes. À défaut, cette responsabilité pourrait revenir à « une figure plus neutre, incarnant le renouveau et étant en capacité de fédérer largement et sincèrement ». Sonia Backès, présidente de la province Sud et cheffe de file des Loyalistes, n’est pas nommée, mais le message est limpide.
CONFLITS INTERNES
Depuis, Alcide Ponga s’est expliqué sur NC La 1ère. Le président fait état de divergences au sujet de la stratégie à adopter au sein de son parti. « Il y en a qui prônent l’unité, il y en a qui prônent le fait de partir tout seul. » Il dit avoir « donné une piste qui nous semblait la meilleure ». La question, affirme-t-il, doit être tranchée lors d’un prochain comité directeur élargi. Le désaccord entre Alcide Ponga et Sonia Backès sur la personnalité la plus à même de tirer une liste unitaire aux provinciales, en tout cas n’est pas nouveau. Le sujet a déjà été abordé en réunion, il est maintenant étalé au grand jour.
Ce qui transpire, par ailleurs, c’est que le Rassemblement semble toujours tiraillé sur sa ligne politique. Une partie de ses membres n’a jamais eu d’atomes crochus avec la présidente de la province Sud, a désavoué ses menaces de « bordel » avant les émeutes, ses mesures dites anti-sociales après ou son discours du 14-Juillet 2024 sur « l’huile et l’eau » qui ne se mélangent pas.
Avant cela, une hémorragie s’était déjà opérée parmi des personnalités de la droite centriste, Dumbéa étant l’exemple le plus parlant, avec Georges Naturel et Yoann Lecourieux. Mais cette ligne a aussi convenu aux plus conservateurs qui, pour certains, sont allés jusqu’à basculer de mouvement. Cependant, le manque de concertation de l’équipe dirigeante semble également être un problème non résolu (mécontentement de certains élus de Kunié, démission de Lionel Paagalua). On ignore, pour l’heure, les raisons du départ de l’ancien maire du Mont-Dore, Éric Gay, évoqué par plusieurs médias.
QUEL LEADER ?
Samedi 18 avril, en premier concerné, Nicolas Metzdorf, président reconduit de Générations NC lors de son 28e conseil politique, a commenté la sortie du Rassemblement. Le député s’est dit attaché au format Les Loyalistes, formé avec Les Républicains calédoniens de Sonia Backès et le Mouvement populaire calédonien de Gil Brial. « C’est ce qui nous a permis de remporter de nombreuses élections – législatives, municipales – donc rien ne se fera pour nous en dehors de cette fédération ».
Et pour Nicolas Metzdorf, « Sonia Backès doit être reconduite à la présidence de la province Sud ». Le député souligne que Générations NC fait partie de la majorité provinciale et porte donc quelque part son bilan. « Ce serait se dédire », juge-t-il. Ou encore : « Ma place est à l’Assemblée nationale. »
Générations estime cependant que la réussite dans les trois provinces passe aussi par un accord avec le Rassemblement. Pour l’heure, aucun commentaire de Sonia Backès ou des Loyalistes. Un de leurs élus regrette simplement que ce différend soit ainsi exposé, « je ne suis pas certain que cela joue en notre faveur à tous ».
Les uns et les autres veulent peser de tout leur poids dans les discussions et la mise en œuvre d’une liste commune. Plusieurs questions se posent à présent. Générations, effectivement en position de force, va-t-il rester sur cette ligne ? Si Sonia Backès est désignée, le Rassemblement ira-t-il au bout de la démarche en partant seul ? Et Sonia Backès est-elle effectivement la personnalité à choisir si une partie non négligeable de partisans de la France n’adhère pas à son profil que le Rassemblement trouve clivant ?
Chloé Maingourd
Philippe Dunoyer, élu au Congrès et au conseil municipal de Nouméa, devait annoncer, jeudi 23 avril, la constitution d’un mouvement ouvert aux citoyens et aux partis politiques. Cette structure, qui sera baptisée d’ici peu par les adhérents, s’inscrit dans la perspective des élections provinciales, à organiser au plus tard le 28 juin.
Sa ligne est voulue essentiellement économique et sociale. L’initiative intervient à la suite de dissensions de plus en plus visibles sur l’échiquier politique avec Philippe Gomès, leader de Calédonie ensemble. Une formation que Philippe Dunoyer a quittée. Et surtout la recherche d’un accord sur l’avenir institutionnel peine à avancer, voire est arrêtée, et de fait, selon Philippe Dunoyer, la validation d’une solution ne pourrait survenir au mieux qu’à la fin 2027, à la suite des élections présidentielle et législatives, puis de l’installation d’un nouveau gouvernement national.
Dans cet intervalle d’au moins un an et demi, le territoire risque de plonger dans une phase de récession et de crises. L’urgence est ainsi de faire des propositions pour apporter des réponses concrètes aux problèmes des particuliers et des entreprises. Tel est l’objectif du nouveau mouvement, qui a vocation à regrouper les habitants qui ne se reconnaissent pas dans les autres organisations politiques en opposition permanente.
Yann Mainguet


