Alors que le commerce cherche à se réinventer, les professionnels pointent aussi des freins plus anciens, qui continuent de peser sur l’activité. Des obstacles qu’ils jugent indispensables de lever avant d’imaginer de nouvelles façons de faire du commerce.
Les sociétés d’e-commerce fleurissent sur le territoire. Sur les réseaux sociaux, leurs produits et services s’affichent désormais régulièrement dans les fils d’actualité des Calédoniens, signe d’un secteur qui prend de l’ampleur.
Pour certains commerçants, cette transition numérique ne va toutefois pas assez vite. « On est quand même en retard. Ce serait bien d’avoir plus d’enseignes sur le commerce en ligne », estime Marie-Laure, commerçante dans une boutique du centre-ville. Entre le manque de places de parking et les travaux à répétition, « les gens hésitent à venir acheter ici. Cela permettrait de faciliter les ventes ».
Le sujet fait débat. D’autres, comme Serge Inizan, responsable du magasin de vêtements Ikon, considèrent que c’est un progrès en trompe-l’œil. Il regrette le temps où « les gens faisaient du lèche-vitrine ». Aujourd’hui, « ils n’ont plus besoin d’en faire, puisque le produit arrive directement dans le canapé. Alors que quand ils tournaient en ville, ils s’arrêtaient boire un café au coin de la rue, ils payaient du parcmètre, ils allaient manger une glace… Il y avait davantage de vie et ça favorisait les achats. »
LES COÛTS DU TRANSPORT TROP ÉLEVÉ
E-commerce ou pas, pour d’autres, le problème n’est pas là. Avant de réinventer le commerce, des professionnels appellent à lever certains freins préexistants. Les frais d’importation, en premier lieu. Pour Vinciane Klein, responsable du commerce Meubles 2000, « les prix du transport restent trop élevés » et se répercutent sur les prix de vente.
Fret maritime, assurances, droits de douane, TGC, frais de dédouanement et de transit… À l’arrivée, l’ensemble de ces dépenses peut considérablement alourdir la facture. Le prix payé par le commerçant pour faire venir un produit en Calédonie peut ainsi être bien supérieur à son prix d’achat initial. Pour Cynthia*, qui tient un magasin à Ducos, il faut toutefois bien distinguer le prix du fret maritime des taxes et des frais liés au débarquement. Selon elle, ce sont surtout ces derniers qui alourdissent la facture. « Par rapport à d’autres pays, le prix du fret, ça va encore. Sachant que les marchandises transbordent par plusieurs ports et vont sur plusieurs bateaux, etc. Ce qui me choque davantage, c’est le coût du débarquement et les taxes. »
Décompte des frais d’importation à la main, elle examine une récente importation : « 50 % du coût final, ce sont des droits de douane et des taxes ! ».
Au plus grand regret de Manea, responsable du magasin de vêtements Melrose, qui déplore la même chose : « Le problème, c’est que nous sommes obligés de nous aligner avec ces coûts pour être un minimum rentables. Je comprends les gens qui viennent nous voir en nous disant : « C’est trop cher », mais malheureusement nous n’avons pas le choix ».
AMÉLIORER LE STATIONNEMENT
En parallèle, le pouvoir d’achat des consommateurs reste trop bas, selon Sandrine*, elle aussi responsable d’un magasin à Nouméa. « On peut réinventer de multiples manières le commerce… Si on n’agit pas sur ça, ce n’est pas la peine ! », affirme-t-elle. Elle salue la mise en place du bouclier qualité-prix et l’augmentation récente du salaire moyen, mais juge que « ce n’est pas encore assez ». D’un point de vue plus pratique, Martine, à la tête de la boutique Etam, aimerait qu’il y ait davantage de places de parking, notamment dans le centre-ville. Selon elle, c’est ce qui freine la clientèle à venir acheter. Elle évoque aussi les loyers commerciaux, qui pèsent, selon elle, sur les prix finaux des marchandises.
Nikita Hoffmann
*Prénom anonymisé

