Bon nombre de commerces ont affronté la crise insurrectionnelle de l’an dernier et en subissent toujours les répercussions. L’intervention des assurances est capitale dans la résilience de ces enseignes.
- CHIFFRES
D’après les données des assureurs, un an après les émeutes de mai 2024, 1 750 entreprises ont été touchées, du petit commerce à la grande industrie, mais la répartition ne peut pas être établie. Au 30 juin, le montant global des indemnités versées s’élevait à plus de 62 milliards de francs. « 80 % des assurés sinistrés avaient reçu une première indemnité sept mois après les émeutes », avance le Cosoda, le Comité des sociétés d’assurance en Nouvelle-Calédonie.
- ACTIVITÉS
Les conditions d’assurance pour les commerces dépendent de leur activité. Les champs de souscription sont imposés par le siège des compagnies et peuvent varier selon ces maisons-mères. Exemple, un magasin de vêtements ne s’assure pas comme une enseigne de location de scooters, car ces véhicules loués à des touristes rencontrent une plus forte probabilité d’accident.
- PERTE D’EXPLOITATION
« La garantie perte d’exploitation permet de couvrir la marge brute perdue entre le jour du sinistre et la reprise d’activité, dans la limite de la période prévue au contrat », explique le Cosoda. L’entreprise doit reprendre son activité, après avoir brûlé, par exemple, pour que les sociétés d’assurance déclenchent l’indemnisation liée à la perte d’exploitation. Le délai a été étendu à deux ans, sous peine de perdre l’indemnité. Tout en sachant que l’entreprise doit être reconstruite au même endroit et que le bâtiment doit être identique à l’ancien.
Néanmoins, des dérogations sont accordées au cas par cas. « Ensuite, cette perte d’exploitation va être calculée sur douze, dix-huit, vingt-quatre ou trente-six mois, selon les souscriptions au contrat », explique le président du Comité, Frédéric Jourdain. Des gérants de société ont fait part d’une situation saugrenue, dans le sens où, sans argent des assurances, la société ne peut pas se maintenir. « Je suis surpris, car nous arrivons vraiment à la fin de la phase des indemnisations sur la partie « dommages », répond le dirigeant du Cosoda. « Nous venons tout juste de commencer la partie perte d’exploitation », la troisième et dernière étape de règlement. Au 30 juin, 160 dossiers avaient été réglés, pour 20 millions d’euros soit 2,4 milliards de francs, sur les 730 éligibles à cette garantie.
- ÉCUEILS
Les chefs d’entreprise ou plus particulièrement les commerçants ne parvenant pas à s’assurer sont théoriquement orientés vers le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, qui, dès lors, contacte le Cosoda. « Nous réglons neuf cas sur dix de cette façon », explique son président, Frédéric Jourdain. Néanmoins, « le gouvernement ne m’a pas appelé depuis un moment pour me signaler des problèmes ». Le dernier exemple en date a trait à un magasin de pneus.
- ZONE NON RÉASSURABLE
Un commerce établi dans le quartier de la Vallée-du-Tir à Nouméa va rencontrer de grandes difficultés pour être assuré, au regard des troubles passés et des aléas dans la zone. Le commerçant souhaitant absolument lancer ou relancer son activité, ne pourra ainsi le faire que sans la garantie de l’assurance, à ses propres risques. Ce qui est très osé, mais légal. Car l’assurance multirisque professionnelle n’est pas obligatoire en Nouvelle-Calédonie.
Le Cosoda n’enregistre aucune demande de réassurance et les magasins encore en activité sont assurés. À ce jour, les assureurs n’ont reçu aucune sollicitation pour ce quartier, ce qui signifie qu’aucun chef d’entreprise ne souhaite s’y installer. En revanche, des maisons ou commerces dans des quartiers décrits comme sensibles, tels que Kaméré ou Apogoti, pourront a priori être assurés.
- PRIMES
Depuis l’insurrection du 13 mai 2024, la garantie « émeutes et mouvements populaires » a disparu des contrats d’assurance « entreprise » en Nouvelle-Calédonie. En outre, une majoration de la prime d’assurance – variable selon les compagnies – est intervenue sur le risque professionnel, à la suite de recommandations de l’actuaire, c’est-à-dire l’expert de l’évaluation et de la modélisation des « dangers » sur place. En clair, les tarifs assurantiels ont augmenté à la date anniversaire du contrat. Les sociétés d’assurance demandaient, par ailleurs, avant la crise de l’an dernier, des dispositifs de sécurité – grilles, portes avec serrure quatre points, clôture… – pour les entreprises, comme les commerces. Ces agents sont vigilants sur les conditions aujourd’hui.
Yann Mainguet
5 fois
Les sinistres liés aux émeutes sont estimés à 112,4 milliards de francs, selon les comptes arrêtés en avril dernier. Soit plus de cinq fois le montant total des primes versées par les assurés en un an, calcule le Comité des sociétés d’assurance en Nouvelle-Calédonie.
3590
D’après les comptes du Cosoda, 3 590 sinistres ont été recensés au total après les émeutes : 1 750 dommages aux biens professionnels, 1 560 sinistres automobiles et 280 dommages aux biens des particuliers.
95%
Pour les assurances, 95 % de la charge concerne les dommages aux professionnels.

