Le pays traverse une crise profonde. Les chiffres se suivent et se ressemblent, traduisant statistiquement une économie déjà fragilisée depuis plus de dix ans, précipitée par la crise sanitaire de 2020 puis le cataclysme du 13 mai 2024. Depuis près d’une décennie, les acteurs locaux du BTP tirent la sonnette d’alarme. Comme le dit l’adage, quand le BTP va, tout va. Or rien ne va plus. Et si la filière travaille à se réinventer, elle le fait dans la douleur.
En une dizaine d’années, ce secteur qui représentait encore 15 % de l’emploi privé en 2010, selon l’Institut de la statistique et des études économiques (Isee), s’est effondré. Avec 3 000 emplois aujourd’hui, il pèse à peine 5 %. L’atterrissage était prévisible après l’euphorie des années 2000, les deux usines métallurgiques, les grands travaux liés aux Jeux du Pacifique en 2011 ou encore la construction massive de logements sociaux et d’infrastructures portées par l’accord de Nouméa.
Mais cet âge d’or, sans véritable contrôle, a provoqué une surchauffe jamais anticipée. Faute d’accompagnement vers un nouveau modèle, l’économie calédonienne s’est enlisée et la construction en paie le prix fort. Tout est à réinventer, mais les chefs d’entreprise doutent moins de leur capacité à traverser la tempête que de la vision d’une classe politique à bout de souffle, incapable de répondre aux attentes du terrain. « Nous le disons avec franchise : le monde économique calédonien n’attend plus de discours ni de reports, déclarait la présidente du Medef-NC, Mimsy Daly, le 2 juillet devant les plus hautes autorités à Paris. Il attend des décisions claires, une vision assumée et un engagement sans ambiguïté : la Nouvelle-Calédonie, dans toutes ses composantes, veut-elle s’engager clairement sur le chemin du développement économique et social ? »
L’enjeu dépasse les carnets de commandes. La construction a toujours employé une large proportion de salariés peu qualifiés. Les licenciements ne feront qu’alimenter la précarité et la délinquance qui lui est associée. Pour beaucoup de personnes sortant du système scolaire sans bagage, la construction constitue bien plus qu’un secteur d’activité, c’est une porte d’entrée vers le marché du travail, un revenu, un toit. Avec le BTP, c’est toute la cohésion sociale qui est mise à mal, alors même que l’un des principaux défis de la société calédonienne est précisément d’être plus soudée que jamais.
M.D.

