[DOSSIER] Provinciales : le grand jour

Les élections provinciales se préparent avec le financement de l’État. Plus de 3,5 millions de documents de propagande ont été assemblés et acheminés chez les particuliers. (©Y.M)

Le voilà. Le scrutin provincial de ce dimanche 28 juin doit mobiliser 192 584 électeurs sur le territoire où 23 listes de candidats batailleront en un seul tour : onze dans le Sud – qui concentre plus de 66 % des inscrits –, cinq dans le Nord et sept aux îles Loyauté. Toujours dans le registre des chiffres, et le contexte post-émeutes de mai 2024, 2 400 forces de l’ordre, dont 300 mobiles en renfort environ, seront mobilisables dans l’archipel en cette journée de vote.

Ces élections sont particulières pour au moins trois raisons. Initialement prévu en mai 2024, ce rendez-vous avec l’isoloir a été reporté trois fois, pour des motifs de projet de réforme constitutionnelle ou encore de grave crise sociale. Conséquence, le mandat des élus des assemblées de province et du Congrès fut exceptionnellement long : sept ans – le dernier scrutin remonte au 12 mai 2019 – au lieu de cinq, normalement.

Deuxième point, après l’adoption de la proposition de loi organique par le Parle- ment en mai, la liste électorale spéciale provinciale s’est ouverte à 10 519 natifs. Enfin, les enjeux de ces élections sont capitaux. Le redressement rapide de l’économie calédonienne, aujourd’hui à terre, figure parmi les priorités, avec l’appui du « pacte de refondation économique et sociale » doté de 240 milliards de francs de la République sur cinq ans. L’avenir institutionnel est ensuite à écrire en cette fin d’accord de Nouméa, après l’échec du projet de Deva et la mort du protocole de Bougival. Et, fruit de ces deux ambitions, mais aussi épreuve à part entière, la paix et la stabilité doivent être garanties en Nouvelle-Calédonie, des îles qui ont encaissé des chocs très lourds ces derniers temps.

UNITÉ VERSUS DIVISIONS

Devant de telles responsabilités à endosser, la campagne électorale fut-elle marquante ? Non. Il n’y a pas eu d’emballement populaire. L’esprit des électeurs, las et préoccupés par leur quotidien, est ailleurs. Résultante du fracas des émeutes, du tiraillement lors de négociations sur la perspective institutionnelle ou encore de luttes d’ego, une recomposition des forces politiques s’est opérée. Les Loyalistes et Le Rassemblement qui sont parvenus à une union sur une ligne revendiquée « de droite », ont bâti leurs discours sur le triptyque France – sécurité – travail. Leur ambition est clairement d’obtenir la majorité des sièges à l’assemblée de la province Sud, et pourquoi pas, au Congrès. Et ce, afin d’appliquer leur modèle économique, éducatif, etc., et de placer leur projet d’accord pour la Nouvelle-Calédonie. Un projet dont les contours n’ont pas été détaillés durant la campagne.

Sur la rive politique opposée, les indépendantistes agissent en ordre dispersé. Puisque les dissensions au sein du FLNKS, à la suite de l’insurrection et les mésententes autour de la signature de l’accord de Bougival, ont morcelé la sensibilité. La position de l’Union calédonienne et celle de l’UNI sur la méthode d’accès à l’indépendance et la formule visée sont différentes. Les voix des deux formations seront divisées dimanche dans le Sud, une première depuis 2009. Leur fil rouge commun se place néanmoins sur la justice sociale et l’accompagnement des plus fragiles.

Vraie originalité de ces élections, quatre à cinq listes se positionnent au centre. Avec souvent des traits communs : respect du symbole de la poignée de main, vision au-dessus des blocs politiques ou encore volonté de combattre l’extrême précarité. Le nombre important de listes dites centristes n’est pas anodin et exprime une vraie aspiration à dépasser les clivages historiques. Cependant, et la remarque est valable pour toutes les équipes, la barre des 5 % du nombre des inscrits pour la répartition des sièges a grimpé, sous le coup de la hausse naturelle du nombre d’électeurs et de l’intégration des natifs dans la liste. Il faut, par exemple dans le Sud, arracher un peu plus de 6 370 voix. Une épreuve.

Yann Mainguet