La rivalité stérile entre loyalistes et indépendantistes n’a que trop duré, selon Philippe Dunoyer qui formule des mesures face aux difficultés de la population, de la vie chère à l’accès aux soins.
DNC : Votre liste invite à sortir de la logique des blocs. La Nouvelle-Calédonie y est-elle prête ?
Philippe Dunoyer : Depuis trop longtemps, notre vie politique est enfermée dans une logique de bloc contre bloc, loyalistes/indépendantistes. Cette opposition permanente finit par paralyser les décisions, empêche les avancées dont le pays a besoin, engendre une lassitude, voire une perte de confiance des Calédoniens envers leurs élus. Notre mouvement est dans une démarche d’action qui dépasse les sensibilités partisanes. Nous voulons travailler avec toutes les bonnes volontés pour reconstruire notre pays, parce que la gravité de la crise qui nous frappe l’impose.
C’est le sens de l’engagement de personnalités de notre liste, comme Nadine Pidjot-Allard ou Gérard Piolet. Ils ont choisi une démarche pragmatique, entièrement dédiée à apporter des solutions concrètes et finançables aux problèmes quotidiens des Calédoniens.
Vous souhaitez intervenir en faveur du quotidien des Calédoniens face à la crise sociale. Quelles mesures immédiates prendriez-vous ?
L’urgence, c’est d’abord d’assurer à des milliers de personnes de se nourrir chaque jour. Nous proposons de fixer des tarifs de vente de produits de première nécessité : pain, riz, lait, œufs, paniers frais. Parmi les attentes, le sujet du prix du transport public revient sans cesse. L’instauration d’un ticket de transport à 200 francs est également une priorité.
Quant aux salariés, il faut augmenter un peu plus leur pouvoir d’achat. Nous soutenons donc la démarche des partenaires sociaux sur la suppression pendant deux ans des cotisations patronales et salariales au Ruamm. Le coût sera supporté par l’État dans le cadre du soutien financier apporté au territoire. Enfin, la solidarité à l’égard de nos anciens est essentielle. Nous leur proposons plus de pouvoir d’achat en les allégeant d’une partie de leur impôt sur le revenu en leur attribuant une demi-part supplémentaire.
Quelles actions avancez-vous pour rétablir le système de santé ?
Notre priorité consiste à garantir le droit essentiel de chaque Calédonien d’accéder aux soins grâce à des bus santé itinérants dans les zones sous-dotées, au développement de la télésanté. Nous proposons aussi de tripler, à terme, le nombre d’infirmiers formés localement et de mieux accompagner les étudiants en santé hors territoire.
Enfin, nous estimons prioritaire de sécuriser durablement le financement de l’hôpital, afin qu’il puisse assurer ses missions essentielles. La gouvernance du Ruamm doit être revue à l’instar des recommandations de l’Igas (Inspection générale des affaires sociales). C’est le sens de notre proposition de créer une autorité indépendante de régulation (AIR) si l’on veut piloter et contrôler notre système de santé.
Le véritable sujet est de savoir
qui apporte des solutions aux difficultés croissantes qui touchent
la population et le tissu économique.
Et en la matière, il n’y a pas d’embouteillage
Ne redoutez-vous pas un embouteillage infructueux de listes au centre ? Pourquoi votre départ de Calédonie ensemble devait-il intervenir à ce moment-là ?
Le véritable sujet n’est pas de savoir qui est au centre, par opposition aux deux blocs, et finirait par en constituer un troisième ! Le véritable sujet est de savoir qui apporte des solutions aux difficultés croissantes qui touchent la population et le tissu économique. Et en la matière, il n’y a pas d’embouteillage.
Nous sommes la seule liste à avoir choisi de faire du quotidien des Calédoniens leur boussole de l’action politique. Quant à mon départ de Calédonie ensemble, il résulte d’une évolution politique devenue inévitable. J’y ai milité pendant 22 ans avec conviction. Mais lorsqu’on ne partage plus la même vision de l’avenir ni la même ligne politique que son dirigeant, il faut avoir la cohérence d’en tirer les conséquences. Je suis parti non pas contre quelqu’un, mais pour défendre un projet qui correspond aujourd’hui à mes convictions et à ce que j’estime être l’intérêt de la Nouvelle-Calédonie.
Quand reprendront les négociations sur l’avenir institutionnel ? Quelle solution défendez-vous ?
Ce prochain mandat nous obligera à traiter l’avenir institutionnel que chaque Calédonien appelle de ses vœux. Il est essentiel de sortir enfin de cette incertitude qui sclérose la confiance des Calédoniens sur un avenir pérenne. Cependant, il ne faut pas mentir aux électeurs. Vu certaines déclarations dans les médias que ces négociations sur l’avenir institutionnel ne commenceraient pas avant la présidentielle de 2027, vu les élections législatives anticipées et l’installation du prochain Gouvernement qui suivront, aucune négociation ne se tiendra avant fin 2027.
Mais le temps qui nous sépare de ces futures négociations doit être utilisé différemment, en changeant de paradigme. Nous proposons de revenir à la méthode qui a permis de déboucher sur l’accord de Nouméa. De commencer le travail par la révision de la loi organique qui date de 28 ans. Un accord sans réforme de la loi orga- nique n’a aucune chance d’être adopté au Parlement et par les Calédoniens. « Nous, réunis ! » sommes convaincus que ce travail parviendra à dégager des équilibres sur de très nombreux sujets y compris sur la définition d’un nouvel accord.
Propos recueillis par Y.M.

