Dossier : Pénurie de médecins, le malaise

Le problème touche toute la Nouvelle-Calédonie, les libéraux, les structures hospitalières et les centres médico-sociaux, créant des déserts médicaux, en particulier dans le Nord. Face à ce phénomène d’ampleur, qui prend ses racines en Métropole, des professionnels appellent à des Assises de la santé et évoquent des solutions.

 

Une crise sans précédent

Manque d’attractivité, éloignement, départ à la retraite, insécurité… Nombreux sont les motifs qui expliquent la difficulté de recruter du personnel médical. Si la situation n’est pas nouvelle, elle s’est accrue ces dernières années.

La commune de Ouégoa est devenue un cas emblématique. Alors que deux postes de médecins sont budgétés, le seul qui exerçait a cessé son activité il y a plus d’une semaine. En attendant un éventuel recrutement, un généraliste assure une vacation. Ce fonctionnement dégradé, le centre médico-social de Ouégoa n’est pas le seul à le connaître. La province Nord est particulièrement touchée par le manque de personnel, à cause notamment de son isolement et de l’insécurité.

Mais cela concerne l’ensemble de la profession, des praticiens libéraux au milieu hospitalier, où certains services sont à l’agonie. « Ça ne va bien nulle part, lance Bruno Calandreau, président de l’Ordre des médecins. Avant, c’était localisé, maintenant, c’est généralisé. Et c’est un cercle vicieux, moins il y a de médecins, moins cela donne envie de venir. »

« Le risque existe »

Comment expliquer cette désaffection ? Les facteurs sont variés. Pénurie de médecins en Métropole – le numerus clausus a été levé, mais il va falloir patienter une dizaine d’années avant que la nouvelle génération soit formée – ; départ à la retraite ou pour suivre ses enfants ; instabilité politique ; sous-effectif chronique dans certaines structures ; éloignement – particulièrement ressenti pendant la crise sanitaire qui, en outre, a épuisé les équipes – ; changement de mentalité chez les jeunes qui préfèrent venir pour de courts contrats que de s’endetter pour racheter un cabinet ; le conjoint qui ne trouve pas de travail ou encore le non-retour de Calédoniens formés.

« Il y a aussi le fait de ne pas savoir si les salaires seront versés durablement ou si la Cafat va payer les consultations. Cette incertitude peut être source d’angoisse », témoigne Patrice Gauthier, président de la Fédération des professionnels libéraux, qui envisage de lancer un sondage à la fin du mois afin de mieux comprendre le phénomène. L’intérêt ? « Avoir des données sur lesquelles s’appuyer, une connaissance nécessaire pour gérer de manière plus efficace la pénurie », estime-t-il. Heureusement, les conséquences de cette dernière « ne se ressentent pas trop encore, considère Bruno Calandreau, mais le risque existe, c’est pour cela qu’on a tiré la sonnette d’alarme. » Et sans changement, la qualité des soins pourrait en pâtir.

« Agir sur plusieurs fronts à la fois »

Pour tenter d’inverser la tendance et redevenir attractif, « il faut agir sur plusieurs fronts à la fois », pense Bruno Calandreau. Augmentation de la tarification à l’acte, révision du statut des praticiens hospitaliers, fin du conventionnement, ouverture de plus de places en stage pour les étudiants, recrutement directement à Paris via la Maison de la Nouvelle-Calédonie ou encore création d’un statut de médecin collaborateur. Et, surtout, réforme du fonctionnement de la santé. « Le temps des rustines est terminé, on ne peut pas continuer comme ça sur le moyen terme, il faut se mettre autour d’une table et penser le système, qui est au bord du gouffre financier, dans son ensemble. »

Une centaine de professionnels médicaux, signataires de la tribune du collectif Santé NC afin d’alerter les pouvoirs publics il y a deux semaines, plaident pour la tenue d’Assises de la santé. « Ce n’est pas seulement le problème d’une province ou du CHT, mais de la Nouvelle-Calédonie, tout est lié. » La pénurie de médecins, révélatrice d’un malaise plus profond du secteur. « Et maintenant, quelle gouvernance de la santé met-on en place ? », questionne Patrice Gauthier.

 

Anne-Claire Pophillat (© Delphine Mayer/Hans Lucas via AFP)

 

Back to Top

Web Design BangladeshBangladesh Online Market