Élu la première fois à la tête de la province Nord en juin 1999, Paul Néaoutyine repart dans la bataille électorale en mettant en avant son bilan, tant social que financier. La relance de KNS est aujourd’hui « une priorité ».
DNC : Vous dirigez la province Nord depuis 27 ans. Pourquoi vouloir à nouveau conduire une liste en 2026 ?
Paul Néaoutyine : Nous sommes retournés, avec les élus sortants, vers nos bases fin mai pour restituer notre bilan critique et auto-critique. Il est ressorti de cette tournée qu’il fallait poursuivre le travail et j’ai été à nouveau proposé pour conduire la liste UNI.
Cette confiance qui m’est accordée est le résultat de 27 ans de stabilité, de développement et de progrès. La question n’est pas de savoir si nous avons tout réussi, mais si nous avons la volonté et le projet pour poursuivre le développement de la province Nord, eh oui, nous l’avons. Certains qualifient cela d’immobilisme, mais l’immobilisme, c’est surtout refuser de voir tout ce qui a été accompli.
Quel bilan tirez-vous de votre dernière mandature ?
Il s’agit d’un mandat qui aura été marqué par de fortes agitations et crises impactant le mode de vie au quotidien de nos concitoyens, les finances publiques, le cadre socio-économique du pays et la stabilité institutionnelle et politique. Malgré cela, nous avons engagé des actions concrètes en réponse aux engagements de 2019 et posé des bases solides pour la construction d’une citoyenneté calédonienne et d’un destin commun décolonisé avec toutes les composantes de notre société.
L’humain, l’économie, l’environnement, le social, l’éducation, la santé, la culture, le sport, aucun domaine n’a été oublié. Nous avons maintenu une gestion responsable de nos finances. Le fonds de roulement est préservé, ce qui nous a permis de garantir notre capacité d’intervention dans les services essentiels aux populations, de sanctuariser les aides sociales en faveur des plus démunis et de poursuivre la politique de rééquilibrage.
Êtes-vous confiant en la reprise à court terme de l’usine du Nord ? Comment recréer de l’emploi dans la province ?
Le nickel reste une ressource stratégique pour la Nouvelle-Calédonie et sa maîtrise publique est un levier de souveraineté. Nous réaffirmons notre attachement à la doctrine nickel, avec une maîtrise publique de la ressource et sa valorisation dans des unités détenues à 51 % par les intérêts calédoniens.
La relance de KNS est une priorité et nous accompagnerons la recherche d’un repreneur industriel et financier performant, capable de défier les conditions du marché et qui s’inscrit dans une logique de retour maximal de la valeur ajoutée pour le pays. Nous souhaitons également poursuivre les efforts de diversification qui créent des emplois durables, réduisent notre dépendance et renforcent notre autonomie.
La diversification est un processus de long terme, et nous avons déjà agi en soutient à l’agriculture, au tourisme, la pêche, l’artisanat… Même s’il est vrai que le nickel reste le moteur de notre développement et un atout majeur. Aujourd’hui, nous voulons assoir une économie plus résiliente et équilibrée en misant sur l’artisanat, le secteur primaire, l’innovation. Cela passe par l’accompagne- ment des acteurs dans le cadre du code de développement ou encore le soutien à la recherche et développement qui n’a pas diminué malgré le contexte.
Quelles solutions comptez-vous apporter à la jeunesse ?
L’enjeu est de promouvoir la jeunesse à travers une politique inscrite dans l’évolution de notre territoire. La prise en compte des transformations, des pratiques et comportements liés à la jeunesse d’aujourd’hui doivent nous conduire à considérer le « jeune » dans sa globalité. La jeunesse est liée à des facteurs sociaux, économiques et culturels.
Notre réponse est d’adapter les contenus des politiques publiques aux besoins du pays, renforcer l’éducation écocitoyenne et sécuriser les dispositifs de réussite pour que chaque jeune ait sa place dans notre société. En ce sens, nous proposons de faire du travail un outil d’inclusion par la création des dispositifs d’insertion adaptés aux besoins du marché local. Nous continuerons à agir pour que chaque jeune puisse réussir notamment par le déploiement du service civique universel, de l’information jeunesse, des bourses scolaires. Notre objectif, c’est de réduire les écarts et de garantir la réussite de tous, sans exclusion.
Vous avez émis de lourdes critiques à l’encontre de l’accord de Bougival. L’idée de l’indépendance en partenariat, que vous appelez, peut-elle faire son chemin ?
Notre objectif reste le même, celui de construire une relation apaisée et respectueuse, où Kanaky-Nouvelle-Calédonie est reconnue comme nation souveraine, libre de ses choix et de son partenariat avec la France et les autres nations souveraines. C’est le sens de notre projet pour un destin commun décolonisé.
La décolonisation, c’est un processus et ce processus doit être construit avec tous les Calédoniens, dans le respect de nos différences et de notre histoire commune. Aujourd’hui, dans le cadre des provinciales, nous réaffirmons notre engagement pour un pays pleinement émancipé, où chaque citoyen se sent acteur de son destin.
Propos recueillis par Y.M.

