Naïma Moutchou, la ministre des Outre-mer, parle d’« un moment de vérité » en Nouvelle-Calédonie. Car « ce qui se décide aujourd’hui engage bien plus qu’un cycle économique : c’est la capacité du territoire à retrouver de la stabilité et de la confiance ». Les crises Covid et du nickel, puis les émeutes ont terrassé l’économie du territoire. À tel point que des experts craignent un effondrement. Les flux financiers de l’État ont grimpé lors des dernières années pour épauler justement le Caillou : aux aides habituelles évaluées à 190 milliards de francs en 2023, se sont ajoutés des soutiens exceptionnels pour atteindre, tout confondu, 357 milliards en 2024 et 343 milliards en 2025, selon les chiffres de Paris. Tout n’est pas gratuit, loin de là, à l’image des prêts AFD garantis par l’État.
Et le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a dévoilé un nouveau plan. Travaillé pendant des mois avec la mission dite interministérielle pour la Nouvelle-Calédonie et présenté officiellement à Nouméa mercredi 25 mars, le pacte de refondation économique et sociale prévoit un investissement de la République de 240 milliards de francs sur cinq ans. Des objectifs traversent six piliers : relancer l’activité et l’emploi ; investir dans les infrastructures essentielles, diversifier l’économie et protéger la population face aux conséquences du changement climatique ; investir dans un modèle durable pour le nickel ; donner des perspectives à la jeunesse ; rétablir les finances publiques ; enfin, renforcer la cohésion sociale par des actions de proximité.
En contrepartie de ces aides financières, des efforts doivent être fournis du côté calédonien. Par exemple, « une nouvelle stratégie nickel » doit être élaborée et « les parties prenantes locales » doivent prendre « les engagements et mesures nécessaires à son succès », à la lecture du document. Aussi, et peut-être surtout, « nous ne pouvons pas nous orienter vers la refondation et utiliser l’argent de l’État si, à côté, nous ne travaillons pas ensemble sur les réformes profondes » dont le territoire a besoin, a souligné mercredi 25 mars le président du gouvernement, Alcide Ponga, aux côtés du haut-commissaire de la République, Jacques Billant, devant les représentants des institutions, du monde économique, des syndicats… La plupart de ces révisions de système ou de modèle attendent depuis des années.
« ÇA NE SUFFIRA PAS »
Une première vague du plan de relance, qui bénéficie d’un soutien 100 % État de 9 milliards de francs, comprend 64 projets : 16 sont prêts et 48 sont présé-lectionnés et en attente de finalisation du dossier par les collectivités. Huit, jugés importants voire emblématiques, sont détaillés dans ce numéro. Mais voilà, « il ne faut pas traîner », a insisté le haut-commissaire, une grande partie d’entre eux devant démarrer cette année et le reliquat en 2027. Et ce, afin de produire un effet massif sur l’activité, et non le diluer.
Sur le terrain, « c’est un début, tout est bon » pour relancer une économie en grande souffrance, « mais ça ne suffira pas à moyen et long terme », estime Christophe Dauthieux, président de la CPME-NC, Confédération des petites et moyennes entreprises. Parce que les 64 projets produiront de l’emploi uniquement lors de la phase de chantier, mais pas dans la durée. « Il nous faut des projets structurants qui emmènent du développement économique. » Le dirigeant pense notamment à l’étude de l’organisation patronale sur le sujet des terres coutumières, et en particulier, à un projet de zone d’activité économique à Lifou dont le poids est évalué à ce stade à 8 milliards de francs.
Si les chefs d’entreprise saluent l’implication et le travail de Claire Durrieu, directrice de la mission interministérielle pour la Nouvelle-Calédonie (MINC), beaucoup continuent à pointer du doigt les élus calédoniens, accusés de repousser les décisions audacieuses pour l’activité économique.
Pourtant, il y a urgence, à entendre les chambres consulaires ainsi que les organisations et syndicats professionnels. D’après une enquête menée auprès de 776 entreprises, près d’une sur deux dispose de moins de trois mois de visibilité et de trésorerie. Et « 90 % considèrent qu’aucune relance durable n’est possible sans cadre institutionnel stabilisé », selon l’analyse, diffusée, nul hasard, juste avant l’examen du projet de loi constitutionnelle à l’Assemblée nationale.
Yann Mainguet

