[DOSSIER] Pacific Valorisation, la fabrication de barquettes recyclées

Pacific Valorisation réalise quatre types de barquettes, des assiettes à pique-nique, ainsi que des boîtes à œufs. (©N.H)

Opérationnelle depuis octobre 2024, Pacific Valorisation recycle le papier et le carton pour en faire des barquettes et des boîtes d’œufs. Une alternative à l’import, que l’entreprise est la seule à réaliser dans l’outre-mer français.

Pacific Valorisation, c’est d’abord le fruit d’un constat fait il y a quelques années par deux gérants d’entreprise de travaux publics, Loïc Luciani et Franck Ollivier. Selon eux, « 90 % » des déchets issus de leurs chantiers de démolition partaient à l’enfouissement. Dont « un sacré volume » de papier et de carton. Or si à cette époque, en 2017, certaines sociétés locales s’occupaient déjà de la gestion du bois et des métaux, comme Embois et EMC Recyclage, « il n’y avait rien pour ces matériaux », se souvient Loïc Luciani, aujourd’hui directeur technique de Pacific Valorisation.

PRODUIRE LOCAL

Les associés imaginent donc la création de barquettes et de boîtes d’œufs locales recyclées à partir de ces deux déchets comme alternative aux boîtes importées de Chine, d’Europe et de Nouvelle-Zélande, et dont le volume d’import annuel représente près de quatre millions d’emballages. « À plus long terme, l’idée, c’était de remplacer tous les contenants en plastique à usage unique », explique Loïc Luciani.

L’objectif, outre la gestion de ces déchets, étant de « produire local ». Une volonté qui a plus que jamais son sens aujourd’hui. « La seule façon de sortir le pays de l’impasse, c’est de créer de la richesse et pour créer de la richesse, il faut produire local », estime Loïc Luciani.

Après une longue attente, les premières boîtes d’œufs sont lancées en octobre 2024, quelques mois après l’obtention par l’entreprise de l’autorisation d’exploiter avec une procédure ICPE, installation classée pour la protection de l’environnement, à Ducos. Pour le moment, une vingtaine de petits producteurs locaux issus des trois provinces leur font confiance. Si cela est « loin d’être suffisant » – leurs commandes représentant seulement 2 000 boîtes d’œufs par mois –, Pacific Valorisation a commencé à commercialiser ses barquettes auprès de deux grandes surfaces de la place. « Uniquement pour contenir les fruits à peau et à coque, car elles ne sont pas contacts alimentaires* pour l’instant », précise Loïc Luciani, qui espère convaincre davantage de structures dans le futur.

Il faut dire que le report à 2040 de l’interdiction des barquettes en plastique jetables n’a pas joué en leur faveur. Car « à la suite de cela, les importateurs se sont remis à en importer ».

BARQUETTES ÉTANCHES

L’entreprise compte à ce jour six employés, dont deux à mobilité réduite. L’objectif, à terme, est d’embaucher 20 personnes, avec quatre postes à destination de personnes à mobilité réduite ou porteuses d’un handicap. Un souhait exprimé dès le début par Loïc Luciani et Franck Ollivier. « Nous n’avons pas voulu faire une usine entièrement automatisée, afin de pouvoir créer de l’emploi […] Nous avons des postes où il faut être assis toute la journée. Donc plutôt que de prendre des gens valides et de les mettre assis, nous avons préféré valoriser des personnes assises de fait par leur handicap ou par leur problématique de santé », explique le premier.

En parallèle, l’équipe travaille, en collaboration avec un bureau d’études métropolitain, sur la conception d’une gomme naturelle, fabriquée à partir de la sève d’un arbre de Nouvelle-Calédonie. Celle-ci permettrait de rendre les barquettes étanches, à l’eau, mais aussi aux matières grasses, et donc devenir contacts alimentaires et non nocives pour la santé humaine. Des essais ont été réalisés dans l’Hexagone et réussis à 100 %. « Nous sommes en train de transmuter la production de cet additif sur toutes les barquettes afin de pouvoir, dès 2026, on l’espère, les rendre toutes conformes aux exigences », présente Loïc Luciani.

Nikita Hoffmann

*Désigne l’aptitude d’un produit à être mis en contact avec des denrées alimentaires.

Le processus de fabrication à la loupe

La première étape consiste à trier les cartons et papiers déposés sur place par les collecteurs de déchets que sont, entre autres, Éco Trans ou AGS Déménagement.

Les cartons et papiers sont ensuite hachés par un pulpeur afin de pouvoir séparer toutes les fibres. Puis, ils atterrissent dans un premier bassin dans lequel de l’eau est ajoutée afin d’en faire une pâte. Une fois que celle-ci est arrivée à maturation nécessaire, elle est pompée à travers un tapis vibrant permettant de séparer les derniers déchets non désirés (agrafes, trombones, etc.)

À la sortie des machines, les barquettes prennent forme, mais ne sont pas encore esthétiquement commercialisables (les moules peuvent être tordus ou disgracieux). Elles passent donc dans une presse à chaud, qui leur donnera leur aspect définitif et y ajoutera le logo de l’entreprise. Ne reste, ensuite, qu’à effectuer un dernier contrôle visuel et à emballer les barquettes et boîtes d’œufs.

NB : Toute l’eau utilisée dans ce processus de fabrication est recyclée par l’usine. Elle est pompée par un camion d’épuration.