[DOSSIER] Oryctes rhinocéros, tueurs en série

Long de 3 à 6 centimètres, le scarabée rhinocéros est reconnaissable à sa corne. Une coupe en forme de « V » sur les palmes des cocotiers, ainsi que la présence de trous dans le tronc ou à la base des palmes sont des symptômes de son passage. © ANCB

En septembre 2019, l’Oryctes rhinoceros, plus communément appelé scarabée rhinocéros du cocotier, était découvert à l’aéroport de La Tontouta. Présent dans tout le Pacifique, ainsi qu’à la Réunion et à Hawaï, cet insecte ravageur ‒ connu pour causer d’importants dégâts sur les cocotiers et les palmiers ‒ est aujourd’hui présent dans 12 communes du territoire, de Bourail au Mont-Dore, jusqu’à Lifou.

Malgré la mise en place d’un plan d’éradication porté par le gouvernement et de nombreuses mesures de lutte mises en place par le Service d’inspection vétérinaire, alimentaire et phytosanitaire (Sivap), la Chambre d’agriculture et de la pêche (CAP-NC), l’Agence néo-calédonienne de la biodiversité (ANCB), l’Institut agronomique néo-calédonien (IAC) et l’association Arbofruits, il est devenu impossible de l’éradiquer de la Grande Terre. « Dès lors que des spécimens ont été retrouvés à La Foa [août 2022, NDLR], il était clair que ce n’était plus faisable. D’autant plus pour une espèce qui pond énormément d’œufs. Cela démultiplie les capacités de reproduction et de diffusion du scarabée », souligne Patrick Barrière, coordinateur du pôle Menaces de l’ANCB.

Installation de pièges à phéromones, détection et destruction des gîtes larvaires, sensibilisation du public aux symptômes et bonnes pratiques… Comme c’est le cas dans les autres pays du Pacifique infestés par l’insecte, « nous n’avons pas de méthode miracle pour cette souche-ci de l’Oryctes », dite « de Guam », qui est « la plus résistante » des deux souches existantes, explique Patrick Barrière.

DISPERSION RAPIDE

L’usage d’insecticides ne fait pas l’unanimité au sein des acteurs mobilisés dans cette lutte. Les néonicotinoïdes, utilisés dans certains pays, ne sont pas autorisées en Nouvelle-Calédonie. Ces molécules seraient dangereuses pour les abeilles et n’auraient, en plus, « pas réellement d’efficacité avérée sur les scarabées rhinocéros », explique Aurélie Chan, responsable de la section protection des végétaux au Sivap. C’est pourquoi, à l’heure actuelle, « nous ne préconisons pas l’usage d’insecticides. Ce qui n’empêche pas les particuliers d’opter pour certains produits homologués mais, là aussi, il faut voir s’il y a véritablement un impact ».

Dans ce contexte, le travail de recherche et l’expérimentation de solutions biologiques réalisés par des laboratoires australiens, néo-zélandais et localement par l’IAC, suscite beaucoup d’espoirs. Néanmoins, « au vu du temps qui s’est écoulé et à la capacité de cet envahisseur de s’être répandu, il est probable que dans les 2-3 ans, il se disperse du nord au sud de la Grande Terre », prévient Patrick Barrière. Particulièrement « dans les zones où l’homme est présent », puisque ce ravageur est attiré par les composts, les terreaux, mais aussi par les lumières (feux domestiques, lampadaires, phares de voiture, etc.).

La découverte le 1er octobre 2025 d’un premier spécimen sur l’île de Lifou ‒ jusque-là préservée de la menace, comme Maré, Ouvéa, l’île des Pins et Belep ‒ a marqué une nouvelle étape dans la propagation du scarabée rhinocéros. Au travers du Sivap, de la CAP-NC et d’Arbofruits, d’importants efforts ainsi que des « moyens d’interdiction hors norme » sont déployés afin de tenter une éradication rapide du coléoptère sur place. Sa circulation vers d’autres îles voisines, telles que Ouvéa dont l’économie dépend de la culture du coprah, pourrait être catastrophique.

Nikita Hoffmann