[DOSSIER] « Nous exploitons tout renseignement »sur la cocaïne

Le démantèlement des trafics de stupéfiants est une mission quotidienne pour les policiers de la DTPN, Direction territoriale de la police nationale. Ici, il s’agit principalement de cannabis, sans présence de bandes organisées, et sans cocaïne, hormis les dernières affaires, selon Marjorie Ghizoli, directrice territoriale de la police nationale. 

DNC : Quel est le périmètre d’action de la DTPN en matière de stupéfiants ? Marjorie Ghizoli : Notre cadre d’action est triple. D’abord, la recherche de renseignement menée aussi bien par les policiers de terrain que par les enquêteurs. L’objectif est d’identifier et d’interpeller aussi bien l’usager que le trafiquant, c’est-à-dire celui qui organise du trafic de produits interdits : stupéfiants, anabolisants, médicaments, tout ce qui est prohibé à la vente.

Ensuite, indépendamment du renseignement, nous avons deux missions : une présence de voie publique forte avec le contrôle et l’interpellation de détenteurs de stupéfiants et une action de plus long terme par le travail d’enquête visant au démantèlement de trafics.

Comment obtenez-vous des informations ?

Le renseignement provient des recherches générales et de la voie publique. Nous recevons de nombreuses informations dans le cadre des GPO (groupes de partenariat opérationnel), lors de réunions de quartier. Les habitants signalent des regroupements, des nuisances, de la vente de stupéfiants. Notre objectif est alors d’agir sur les points de deal, d’identifier vendeurs et acheteurs et d’ouvrir une enquête sous l’autorité du procureur de la République. Selon les quan- tités, le procureur qualifiera l’affaire d’usage ou de vente.

Quels policiers sont concernés ?

C’est le travail quotidien de la BAC (brigade anticriminalité), la BST (brigade spécialisée de terrain) et des policiers en tenue dans tout Nouméa. La brigade des stupéfiants, composée de six enquêteurs, reprend les renseignements ou les affaires issues de la voie publique. Le premier niveau consiste à assurer la visibilité et la sécurisation dans les quartiers pour rassurer les habitants. Le second niveau est l’enquête pour démanteler les réseaux et stopper la vente.

Vous travaillez également avec les douanes…

Nous collaborons sur des dossiers communs, toujours sous l’égide du procureur. Cela peut concerner des contrôles de débits de boissons, de nakamals, des points de deal de quartiers, des opérations sur la voie publique ou de grandes affaires de démantèlement, comme on a pu en connaître récemment. Comme les douaniers ne sont pas officiers de police judiciaire, si le procureur veut judiciariser, nous prenons le relais, si c’est en zone police (port, aéroport, Nouméa).

Le reste relève de la gendarmerie. Nous sommes aussi très mobilisés à l’international, en lien avec les polices du pacifique, nos collègues policiers de Polynésie et les forces armées dans la lutte contre la criminalité organisée et les réseaux.

Que trouve-t-on à Nouméa ?

Essentiellement de l’herbe. Chaque année, nous saisissons de plus en plus de cannabis. Il n’y a pas de crime organisé, mais avec la crise, l’économie souterraine progresse et l’herbe rapporte. Certains mis en cause expliquent vendre pour « s’en sortir ». Et on se rend compte que beaucoup réinvestissent immédiatement ce qu’ils gagnent et vivent avec.

Pas de cocaïne ?

S’agissant de la cocaïne, j’entends dire depuis mon arrivée il y a un an, qu’elle circule lors de soirées. Nous exploitons tout renseignement, car sans information, il n’y a pas d’affaire. Hormis les dossiers en lien avec l’île des Pins, je n’ai pas objectivé ni documenté de trafic de cocaïne. Je ne prétends pas que cela n’existe pas, mais sur 41 affaires de trafic identifiées – ce qui est beaucoup plus que dans les années 2023-2024 – trois concernent la cocaïne mais ayant eu un fort impact sur le terrain.

Nous restons très vigilants. Nous sommes en contact avec les patrons de bar, les patrons de restaurant, car si la vente devait s’y produire, personne ne souhaiterait voir son établissement fermer. Une majorité d’exploitants est évidemment d’accord pour collaborer à l’action de la police. Notre mission est de ne négliger aucun renseignement, aucune audition, aucune interpellation. Je reste très attentive.

Vous avez connu cela ailleurs, à Montpellier, Marseille ou Toulon. Quels sont les risques de ce type de trafic ?

C’est dévastateur pour la santé publique. Cela crée des réseaux concurrents, avec des règlements de comptes, les enjeux financiers, du blanchiment. Il y a aussi des risques pour la sécurité des habitants, des nuisances, des overdoses. Ces produits totalement interdits participent dans tous les cas, à la désociali- sation de notre jeunesse.

Propos recueillis par Chloé Maingourd