[DOSSIER] Nickel : l’ambition européenne

La demande de matières premières critiques peut être satisfaite par les importations, la production intérieure et une gestion plus durable des ressources, écrit la Cour des comptes européenne.

« Il y a des partenariats à nouer avec la Nouvelle-Calédonie. Parce que ce sont des ressources calédoniennes, françaises, donc européennes », a invité Alcide Ponga, président du gouvernement, au terme du sommet organisé par la communauté d’innovation EIT RawMaterials, du 19 au 21 mai, à Bruxelles, en Belgique. Un « side event », ou événement parallèle, sur le nickel calédonien, une première, a réuni le dirigeant de l’exécutif du territoire, les représentants d’Eramet, de Prony Resources NC, de la SMSP, de la Direction de l’industrie, des mines et de l’énergie, mais aussi des industriels, traders et analystes du monde entier. Le principe étant de mettre en valeur les atouts de l’archipel – parmi lesquels la qualité de son minerai – et en relation les producteurs et acheteurs. Avec l’Europe en destination finale. Car ses États membres, préoccupés par l’expansion de la Chine (par exemple) sur les marchés, veulent être autonomes dans différents secteurs et ainsi s’appuyer sur des sources fiables, viables et si possible décarbonées.

À compter de 2022, l’Union européenne a accéléré la cadence. Son Conseil a adopté, deux ans plus tard, la législation sur les matières premières critiques. C’est-à- dire des matériaux qui revêtent « une grande importance économique pour l’UE » et présentent « un risque élevé de rupture d’approvisionnement en raison de la concentration de leurs sources et de l’absence de substituts de qualité et abordables », écrit l’institution. L’idée est bien, à travers ce texte, de réduire la dépendance vis-à-vis d’États tiers – surtout si ces nations ne partagent pas les mêmes valeurs que celles de l’Europe –, de moins subir de fait les variations de prix ou encore de favoriser par ricochet la décarbonation de l’économie. D’ici 2030, les pays du drapeau bleu aux étoiles comptent produire 10 % de leurs besoins localement, réaliser 40 % de la transformation sur place et développer le recyclage. La barre est haute.

DÉFICIT IMPORTANT

Parmi les 34 matières premières critiques recensées, 17 sont considérées comme stratégiques : leur fourniture devrait augmenter de manière exponentielle, leur production est soumise à des exigences complexes et le risque d’approvisionnement est ainsi jugé plus élevé. Le nickel et le cobalt, produits chers à la Nouvelle-Calédonie, figurent au centre de ces éléments, bien souvent retrouvés dans des secteurs cruciaux de l’Union européenne : énergies renouvelables, numérique, espace, défense et mobilité avec les batteries pour véhicules électriques.

Publié à la demande de l’ex-Première ministre Élisabeth Borne, en juillet 2023, le rapport de l’Inspection générale des finances et du Conseil général de l’économie décelait, dans le secteur du nickel calédonien, un atout justement pour sécuriser les approvisionnements européens. Parce que le déficit est important, « les capacités de production domestiques de l’Union ne couvrent aujourd’hui, selon les produits, que 10 à 25 % de ses besoins en nickel pour batterie ».

Quelques mois plus tard, en novembre, le feu « pacte sur le nickel », censé redresser la filière et proposé par le ministre de l’Économie et des Finances de l’époque, Bruno Le Maire, insistait sur cette voie, en encourageant les opérateurs calédoniens à soutenir « un mécanisme de priorisation du marché européen ».

La récente rencontre de Bruxelles doit déboucher sur des engagements destinés à combler le décalage entre le discours politique et la réalité industrielle. Le temps presse, tant du côté de l’Europe, déterminée à renforcer son autonomie stratégique, que de la Nouvelle-Calédonie, condamnée à trouver de nouveaux débouchés économiques pour sortir de la crise. « On en entend parler depuis quelques années, il n’y a rien de concret », relève Glenn Delathière, secrétaire général adjoint du SGTINC à la SLN. Néanmoins, « ce peut être une bonne opportunité. Si quelque chose sort avec une filière européenne, on peut y gagner ».

Yann Mainguet

Les raisons du besoin

L’Union européenne s’est fixée des objectifs ambitieux en matière d’énergie et de climat, puisqu’elle s’est engagée à parvenir à la neutralité carbone à l’horizon 2050 et à produire au moins 42,5 % de son énergie à partir de sources renouvelables d’ici à 2030. Cette transition verte suppose le déploiement à grande échelle de technologies liées aux énergies renouvelables telles que les éoliennes, les batteries et les panneaux solaires. Toutes ces technologies nécessitent des matières premières critiques – lithium, nickel, cobalt, cuivre, terres rares… –, dont la consommation devrait dès lors connaître une hausse spectaculaire.