Frappés par l’effet des crises, les établissements bancaires connaissent une baisse de l’activité de crédit de l’ordre de 30 à 50 % par rapport à 2023. Tenaillées par la concurrence croissante des néobanques, ces enseignes sont pourtant contraintes d’investir pour se mettre à niveau sur le plan technologique.
Comme tous les acteurs économiques, les quatre banques calédoniennes ont subi de plein fouet la crise insurrectionnelle de 2024 et ses conséquences. Pour la première fois de leur histoire, ces établissements – BCI, BNC, Société générale et BNP Paribas – ont perdu de l’argent, sur cet exercice : un résultat net global à -5 milliards de francs. La chute de l’économie locale a eu des répercussions dans le domaine sur au moins trois plans.
L’activité de crédit a baissé de 60 %. Le départ de Calédoniens et la diminution des ressources de clients ont mécaniquement affecté la consommation de services bancaires. Enfin, vu les difficultés financières de nombreux habitants, le niveau de risque a fortement grimpé. « Certaines banques ont retrouvé un équilibre financier en 2025, mais il reste très fragile. Le niveau de rentabilité est faible », observe Éric Wiard, vice-président de la Fédération bancaire française (FBF) de Nouvelle-Calédonie et directeur général de la BCI.
La rentabilité décline, en fait, depuis 2023 sous le coup de la crise économique. Le secteur est, cette année, « toujours dans cet état de fragilité parce que l’économie n’a pas redécollé comme on l’aurait pensé ». Ces enseignes sont malgré tout « solides », car, pendant plus de trente ans, leur gestion fut saine et fructueuse, ce qui permet de traverser la période sombre. Qui ne doit pas évidemment durer. À ce jour, selon la FBF NC, aucune des quatre banques n’a officiellement formulé le vœu de quitter l’archipel.
Dans ce contexte, devant la nécessité d’accroître l’activité, la stratégie tend à « développer des services nouveaux, de faire en sorte que nos clients aient envie de travailler avec nous », expose Éric Wiard, président de la fédération à compter du jeudi 10 septembre. Ces structures disent accompagner les entrepreneurs désireux d’exporter leur savoir-faire, d’investir dans la région, dans un souci de diversification. « Et il ne faut pas oublier que l’activité bancaire, c’est avant tout le crédit. » Tel est le levier qui nourrit ces établissements. D’où le souhait d’une reprise économique, qui va générer des demandes de financements nouveaux.
LOCAL VERSUS MONDIAL
Sensibles à l’évolution du marché, des clients sollicitent les banques commerciales pour disposer de nouveaux produits, tels que la digitalisation des cartes de paiement sur les téléphones ou encore l’ajout de fonctionna- lités permanentes sur la banque à distance. Ces établissements dits traditionnels, en réponse, investissent. Selon l’actuel vice-président de la FBF, « aujourd’hui, le secteur bancaire calédonien n’est plus confronté à une concurrence uniquement locale, mais à une concurrence mondiale », avec l’arrivée des néobanques.
Ce qui n’est pas simple, comptablement, vu la taille restreinte du marché territorial. Un niveau de rentabilité des enseignes commerciales doit ainsi être retrouvé, vu les investissements à réaliser pour rivaliser avec des prestataires 100 % numériques. « C’est une obligation », sinon les clients vont se détourner massivement de ces guichets. Un phénomène est déjà observé : de plus en plus de particuliers possèdent un compte sur chaque rive, traditionnelle et néobanque. Le flux des banques commerciales, c’est-à-dire les mouvements d’argent vers ou à partir d’un compte, est de fait touché, modérément à ce stade.
La FBF NC veut préserver l’atout du « réseau physique, qui donne satisfaction et correspond à ce qu’une partie de la population calédonienne attend », et ce, en modernisant en parallèle le dispositif technologique. La fédération met aussi en avant sa contribution pour l’économie du territoire, en termes d’impôts, de salaires ou encore de travail. Et pointe ainsi les risques en cas de bascule du marché.
Yann Mainguet
OPT : le pas My Infinéo
L’Office des postes et télécommunications de Nouvelle-Calédonie assure la mission d’accessibilité bancaire confiée par l’État. Sa branche des services financiers, déficitaire depuis des années, couvre près de 40 000 comptes particuliers. En parallèle du système bancaire classique avec chéquier et relevé mensuel, une solution 100 % digitale, baptisée My Infinéo, a été lancée le 1er juillet.
Après avoir rencontré des problèmes à ses débuts, la nouvelle formule a trouvé son rythme de croisière. L’OPT avance donc sur deux pieds « dans un monde de plus en plus concurrentiel sur le digital, mais il faut y aller », estime Thomas De Deckker, directeur général. Plus de 17 000 clients utilisent cette banque en ligne, avec des services ouverts à tous. L’Office ne fait pas de crédit, pas de produits complexes, « nous sommes prestataire de services de paiement ».
La concurrence des néobanques ne se fait pas trop sentir à ce jour, selon le DG, le nombre de clients et de comptes étant stable. En revanche, avant les émeutes, les clients disposaient sur leurs comptes bancaires, en début de mois, au total, de 16 milliards de francs. La barre est descendue à 12 milliards. D’où une perte de pouvoir d’achat de 4 milliards.
Yann Mainguet

