[DOSSIER] L’inconcevable

Photo Yann Mainguet

Trois jours de violences et à nouveau, 40 ans après, un tournant radical dans l’histoire de la Nouvelle-Calédonie. Lundi 13 mai, début de l’examen à Paris du projet de loi constitutionnelle modifiant le corps électoral provincial, le territoire a basculé.

On connaissait l’échéance et la très forte opposition des indépendantistes à la réforme. C’est même devenu le cœur du combat de la CCAT, cellule de coordination des actions de terrain, créée en novembre 2023 par les différents mouvements hormis le Palika et l’UPM. Répondant aux aspirations les plus radicales, pas forcément assouvies par les partis, cette cellule a su mobiliser en masse, par des actions pacifistes, devenues troubles et chaos.

Il y avait un triste décompte : « 10 jours pour Kanaky » et des stades d’opérations, allant de zéro jusqu’à trois. Terrifiant avec le recul… On a beaucoup parlé ces derniers jours de commanditaires et de jeunes émeutiers. L’organisation assez poussée de cette guérilla laisse à croire effectivement à des donneurs d’ordre, mais le terreau était extrêmement fertile et c’est une jeunesse désœuvrée qui s’y est engouffrée au point – peut-être – de ne plus répondre de personne.

On a en tout cas largement dépassé ce que l’on craignait depuis plusieurs mois en raison du mauvais film politique en train de se jouer (refus d’écouter, risques inconsidérés et erreurs). Avec un mouvement plus aguerri qu’en 1984, cette fois en zone urbaine, épargnant la brousse, le tout en direct sur les réseaux sociaux.

Les conséquences sont et seront dramatiques. Un nombre incalculable d’entreprises et de structures ont été détruites dans l’agglomération, l’économie est à terre. Il y a aussi dans l’immédiat des problèmes d’accès aux soins, à la nourriture. Nous avons plusieurs morts, et de nouveaux traumatismes – en plus des anciens déjà tellement difficiles à solder…

Gendarmes, policiers et pompiers ont fait front avec des moyens insuffisants. Les habitants se sont organisés pour se protéger. Conséquence de tout cela, un immense gâchis. Heureusement, alors que le sentiment d’abandon dominait, l’état d’urgence, réclamé à Nouméa et à Paris, a été décrété pour la deuxième fois de notre histoire, et l’armée est maintenant à même d’intervenir. De quoi apporter la protection qui a tant manqué les premiers jours. Vendredi semblait marquer le début d’un retour au calme.

Chloé Maingourd