[DOSSIER] Les possibles rouages d’une coopération espérée

« Nous continuons à diversifier nos partenariats stratégiques et nos sources d’approvisionnement », note Céline Ruiz, cheffe du bureau de la Commission européenne pour les pays et territoires d’outre-mer du Pacifique basé à Nouméa. © Y.M.

L’Union européenne affirme soutenir la Nouvelle-Calédonie dans son objectif d’approvisionnement en nickel, tout en sachant que le territoire doit mener des réformes sur son modèle industriel. Des projets de coopération sont évoqués.

Le traitement du minerai de nickel calédonien souffre d’un problème de compétitivité. Le coût de l’énergie pèse pour beaucoup dans ce handicap. Dans le cadre de la prochaine programmation financière 2028-2034, l’Europe pourrait dégager un budget afin de participer à la finalisation des études pour la réalisation de la Step, la station de transfert d’énergie par pompage, à Tontouta.

Ce projet de 60 milliards de francs environ, présenté par Enercal comme une étape cruciale pour renforcer la stabilité du système électrique calédonien, figure parmi les dossiers structurants identifiés par la mission interministérielle et par le gouvernement du territoire. De même, le Forum de l’Europe destiné à examiner les possibles soutiens aux pays et territoires d’outre-mer (PTOM) a repéré, en avril à Aruba dans les Caraïbes, cette intention de construction d’une station ou encore de développement du port autonome en Nouvelle-Calédonie.

ARRIVÉE D’UNE MISSION DE BRUXELLES

Cette Step, solution pour une énergie décarbonée, est l’un des chantiers envisagés que « nous regardons d’une manière très attentive », estime Céline Ruiz, cheffe du bureau de la Commission européenne pour les pays et territoires d’outre-mer du Pacifique. « Parce que ce projet serait utile pour les usines métallurgiques, les autres industries et toute la population. » L’investissement européen est « en discussion pour le moment ».

Une conférence, prévue probablement en septembre ou octobre en Polynésie française, permettra d’entrer un peu plus dans les détails de ces dossiers structurants de la région. Et ce, avant l’arrivée d’une mission de Bruxelles à Nouméa en fin d’année. « Il y a une volonté très forte de la Nouvelle-Calédonie de travailler avec l’Union européenne sur ce volet des matériaux critiques, tout comme il y a une volonté de l’Union européenne de travailler avec la Nouvelle-Calédonie », ajoute Céline Ruiz. Toutefois, « il y a évidemment des réformes à mener ». Ces corrections profondes intéressent, d’abord, les institutions calédoniennes et l’État, avec le pacte de refondation économique et sociale.

Grâce à la programmation financière 2021-2027, un appui budgétaire de l’Union européenne chiffré à 31,9 millions d’euros, soit 3,8 milliards de francs, sur la transition énergétique à travers le Stenc 2.0 (schéma pour la transition énergétique de la Nouvelle-Calédonie), a déjà été accordé. Entre autres aides en faveur de la formation ou de l’environnement.

UNE USINE « ESCALE »

Une stratégie « nickel » doit aussi s’instaurer entre le Caillou et l’Europe. Sur le modèle établi pour le gaz après le début de la guerre en Ukraine, l’UE a créé une plate-forme mi-avril qui met en lien producteurs et acheteurs de matériaux critiques. Le but est d’agréger l’offre et la demande. Un point est important : l’Union européenne ne va pas acheter le nickel calédonien. En revanche, ses institutions peuvent participer à la réflexion sur cette stratégie à bâtir, adopter une législation qui favorise l’introduction du métal dans cet espace ou encore soutenir des projets économiquement viables répondant à des besoins de son industrie… La mise en relation entre la Nouvelle-Calédonie et des compagnies européennes est donc dans ses cordes.

D’où la récente réunion à Bruxelles. En d’autres termes, « comment créer une chaîne de valeur qui ne s’arrête pas qu’en Asie », résume Alcide Ponga, président du gouvernement. Exporter du minerai directement vers l’Europe n’a comptablement aucun sens. Mais est étudié « un soutien aux mineurs qui souhaitent exporter vers des usines qui, elles-mêmes, pourraient assurer les approvisionnements réguliers de nickel vers l’Europe », observe Thomas Sevêtre, président du syndicat des exportateurs de minerai (SEM), présent au sommet en Belgique fin mai. Ce qui nécessite d’identifier les potentiels partenaires industriels capables de produire du ferronickel ou des hydroxydes de nickel-cobalt (MHP/NHC) à des prix concurrentiels. La démarche est en cours.

Ces usines en activité peuvent se trouver en Indonésie, au Japon ou en Corée du Sud. Et ce, en attendant que les complexes métallurgiques locaux accèdent à la rentabilité. La route entre le Caillou et l’Union européenne ne serait donc pas une ligne droite, du moins dans un premier temps voire peut-être davantage, mais un trajet avec une escale de transformation. « Nous, mineurs, nous sommes prêts », ajoute le dirigeant du SEM, par ailleurs directeur général de la Société Montagnat. Si des projets axés sur l’élaboration du nickel pour les batteries doivent encore être développés au bout de la chaîne, des aciéries existent déjà en Europe pour le traitement du ferronickel.

Beaucoup de participants voient la rencontre bruxelloise, non pas comme une réunion de plus, mais un jalon évident dans une accélération du processus. Le gouvernement calédonien, les autorités parisiennes et les institutions européennes travaillent aujourd’hui sur un cadre de coopération en faveur de l’approvisionnement en nickel.

Yann Mainguet