L’Institut d’émission d’outre-mer (IEOM) a publié en 2016 une note intitulée L’économie bleue en Nouvelle-Calédonie, un levier de croissance à actionner, et son constat est sans appel : « L’économie maritime (ou économie « bleue ») reste sous-développée au regard de son potentiel : son poids direct apparent ressort faible en termes d’exportations, d’activité financière induite ou d’emplois générés ». Quatre ans après, le Cluster maritime de Nouvelle-Calédonie a sorti son Livre bleu , définissant une première feuille de route.
Sauf que cette dynamique a été mise à mal par les émeutes de mai 2024 et l’accroissement de la crise nickel. « Dans le Livre bleu, il y avait 150 projets. C’est super, mais il faut avoir des gens pour les porter, constate Marc Sabatier, président du Cluster. En décembre 2024, après consultation de nos membres, nous nous sommes concentrés sur cinq axes, qui se regroupent maintenant en deux points : l’aquaculture et la maintenance et réparation navale. »
LE VENT EN POUPE
Plusieurs signes indiquent que l’économie maritime avance vers de nouveaux caps. Deux anciens navires de la Marine nationale, La Glorieuse et La Moqueuse, sont actuellement démantelés à Nouméa. Un chantier majeur qui échappe d’habitude aux entreprises calédoniennes. En fin d’année, le port autonome devrait en finir avec un vieux serpent de mer, l’extension du quai de commerce n° 8, dont le chantier a été lancé en 2017. Un club croisière Nouvelle-Calédonie a été créé fin 2025 et regroupe, pour la première fois, les acteurs du secteur.
En avril 2025, Samuel Hnepeune, en charge au gouvernement des affaires et infrastructures aéroportuaires, a présenté ses ambitions pour le port autonome avec cinq axes de développement : « moderniser le terminal de commerce », « développer la croisière », « créer un pôle scientifique », « renforcer la filière de maintenance et de déconstruction des navires » et « penser le port avec la ville ». Dévoilé fin mars, le pacte de refondation économique et sociale pour la Nouvelle-Calédonie du gouvernement central va dans le même sens et ouvre de nouvelles perspectives avec « un soutien à la création de zones franches ports et aéroports ouverts sur le Pacifique Sud » et « l’amélioration des infrastructures portuaires ». Le gouvernement, la province Sud et le Cluster y voient une opportunité pour avancer sur la construction d’une nouvelle cale de halage à Nouméa.
Des opportunités sont aussi à chercher du côté des nouvelles technologies. La French Tech NC a publié mi-mars un annuaire Blue Tech regroupant toutes les entreprises et initiatives innovantes du maritime. « Tout ce qu’on appelle la Blue Tech correspond à 20 % de nos startups, indique Aurore Klepper, directrice de la French Tech Nouvelle-Calédonie. La Blue Tech fait partie de nos secteurs dynamiques. Elle a du potentiel, de la visibilité vers l’export et fait partie des secteurs d’avenir de la Nouvelle-Calédonie. »
ATTRACTIVITÉ
Nouméa a aussi vocation à devenir le port d’attache de navires d’importance. Tout d’abord pour le deuxième patrouilleur d’outre- mer, le Jean Tranape, dont l’arrivée est prévue le 18 juin. Ensuite, dans quelques années, la ville doit accueillir le RV Pasifika, le navire de recherche halieutique de la Communauté du Pacifique (CPS), et le Michel Rocard, le premier navire à capacité glace de la flotte océanographique française. Des arrivées qui peuvent en appeler d’autres : « beaucoup de câbliers sont intéressés pour venir en Nouvelle-Calédonie », ajoute Marc Sabatier. Autant de nouveaux navires qui nécessiteront l’intervention d’entreprises locales.
Ce développement économique doit cependant s’accommoder avec d’autres impératifs. Notamment environnementaux, puisque le 1,45 million km2 de l’espace maritime calédonien inclut le parc naturel de la mer de Corail et des zones inscrites au patrimoine mondial de l’Unesco. Le caractère culturel de la mer ne doit pas non plus être écarté, comme le rappelle la brochure Vision kanak de l’océan : « L’océan revêt plusieurs dimensions. Il est sacré, car il est à l’origine de la vie et abrite le pays de nos ancêtres. Il est aussi un garde-manger où les populations prélèvent de quoi se nourrir et faire des dons aux autres. Il fait le lien entre les clans. »
F.D.

