Les discussions entamées mercredi 2 juillet sous l’égide du président de la République pourraient se terminer vendredi 11 juillet. Loin de désavouer son ministre des Outre-mer, Emmanuel Macron a conforté Manuel Valls dans la gestion du dossier. Mais un « grand accord » apparaît peu probable.
Connu pour son attachement aux symboles, le président de la République n’y est pas allé par quatre chemins, mercredi 2 juillet, en recevant l’ensemble des Calédoniens invités à Paris pour participer, les uns aux discussions politiques, les autres au volet économique et social du « Sommet sur la Nouvelle-Calé- donie. » Derrière Emmanuel Macron, trois drapeaux : celui de l’Union européenne, le drapeau français, mais également celui du FLNKS. Inédit.
Les Loyalistes avaient imaginé ce rendez-vous parisien comme celui du désaveu pour Manuel Valls. Il n’en a rien été. À l’Élysée, le chef de l’État a reposé les conditions des négociations : il ne peut pas y avoir d’émancipation pleine et entière, trois référendums s’étant soldés par le « non » à l’indépendance, mais la revendication indépendantiste, portée par près d’un électeur sur deux, doit également être entendue. En somme, les bases posées par Manuel Valls depuis qu’il s’est saisi du dossier calédonien. Parmi les solutions envisagées, celle d’un « État associé », a assuré le chef de l’État aux participants, selon une source proche du dossier. Une solution qui pourrait être décidée et soumise au vote des Calédoniens au terme d’une période de transition dont la durée reste à déterminer, afin de permettre la reconstruction de l’archipel et le retour à la sérénité, a également proposé Emmanuel Macron. Les propositions des délégations vont de cinq à vingt ans minimum.
MÊME MÉTHODE QU’À DEVA
C’est sur cette base que les délégations calédoniennes ont donc commencé à travailler dès le lendemain, jeudi 3 juillet, dans un hôtel de luxe de Bougival, bourgade située dans les Yvelines, à 30 minutes de Paris. Et c’est bien Manuel Valls qui est à la manœuvre. La méthode est la même qu’à Deva : des séances plénières, entrecoupées de réunions thématiques où sont traitées, notamment, les questions économiques et sociales, en petit comité. D’abord prévues pour se terminer au plus tard dimanche 6 juillet, les discussions ont été prolongées d’un jour, puis de deux, avant qu’un nouvel horizon ne soit fixé au vendredi 11 juillet, au retour d’Emmanuel Macron de sa visite d’État au Royaume-Uni. Une conclusion des travaux à l’Élysée est envisagée.
« RIEN NE SERA SIGNÉ À PARIS », SELON LE FLNKS
Mais un accord est-il possible ? Probablement un texte a minima, engageant à la poursuite des discussions, mais la signature du « grand accord », que nombre de Calédoniens appellent de leurs vœux, semble, elle, compromise. D’une part parce que les indépendantistes l’ont rappelé lors d’une conférence de presse, qui s’est tenue le 3 juillet au matin en présence de Christian Tein, le président du FLNKS, désormais sous contrôle judiciaire en Métropole après près d’un an en détention provisoire à Mulhouse : « Rien ne sera signé à Paris », conformément aux engagements pris lors du congrès de Saint-Louis, en janvier dernier, qui a ouvert la voie à l’ouverture de discussions, à condition qu’elles se tiennent en Nouvelle-Calédonie. Mais la délégation du FLNKS participe pour autant activement aux travaux.
Le véritable blocage vient en fait des positions affichées au sortir du « conclave » de Deva, début mai. Alors qu’il s’agissait d’une base de travail, le projet d’accord présenté par Manuel Valls fait désormais office de « plancher » pour le Front. Les Loyalistes rejettent, de leur côté, toute « souveraineté partagée », allant jusqu’à comparer dans leurs meetings Manuel Valls à Édouard Daladier, signataire de l’accord de Munich en 1938, qui livra la République tchèque à Hitler.
« Les uns et les autres se sont enfermés dans des positions radicales, tout le problème est d’en sortir », estime-t-on dans l’entourage du ministre. L’approche des élections provinciales n’arrange rien à l’affaire. Celles-ci font d’ailleurs partie intégrante des discussions.
QUID DES PROVINCIALES ?
Prévues « d’ici novembre prochain », comme l’avait rappelé le ministre des Outre-mer après l’échec de Deva, leur organisation pourrait à nouveau mettre la Nouvelle-Calédonie sous tension, la question du corps électoral n’étant pas réglée. Au moins une partie des indépendantistes souhaite que le scrutin se tienne comme convenu, en novembre, mais Les Loyalistes assurent eux que la question prioritaire de constitutionnalité déposée par l’association Un cœur une voix, que doit étudier le Conseil constitutionnel d’ici le 24 septembre, induit de facto le report du scrutin. Ce qui n’est pas tout à fait vrai, car cela impliquerait que le juge suprême leur donne raison, mais qui démontre la volonté d’une partie de la classe politique de voir ces élections se tenir après les municipales de mars prochain, soit au plus tôt en mai 2026, c’est-à-dire deux ans après la date initialement prévue. Mais difficile d’imaginer l’État entériner un deuxième report sans que les partenaires ne prennent d’engagement.
À Paris, Charlotte Mannevy

