Entraîneur de l’équipe senior de l’AS Magenta, Pierre Wajoka est l’un des plus fins connaisseurs du football sur le territoire. Cet ancien sélectionneur des U-20 calédoniens qualifiés pour la Coupe du monde au Chili et ex-adjoint de Johann Sidaner pour l’équipe A, livre une analyse sur la prochaine compétition mondiale aux États- Unis, Mexique et Canada.
DNC : Que représente, pour vous, expert du foot, une Coupe du monde ?
Pierre Wajoka : C’est l’excellence, la performance, le haut niveau avec les meilleurs joueurs du monde. C’est le summum. La Coupe du monde réunit ce qu’il y a de meilleur dans le football.
Cette édition 2026 est-elle si particulière ?
Oui, pour plusieurs raisons. Tout d’abord, 48 équipes nationales, au lieu de 32, vont y participer. La Fifa [Fédération internationale de football association] a donné la chance à des « petites nations » de se qualifier et ainsi de développer la pratique au sein de leur territoire. Je pense notamment à Haïti, à la République démocratique du Congo… Ensuite, cette Coupe se déroule dans trois grands pays : Canada, Mexique et États-Unis. C’est bien. Il y a toujours du nouveau. Un nouveau terrain, etc., je me mets à la place des joueurs. Je n’aime pas la monotonie. Rester toujours au même endroit, à un moment donné, c’est fatigant.
Il y a des favoris, mais des équipes peuvent, selon moi, surprendre. Une équipe d’Asie peut déjouer les pronostics. Une d’Afrique, arriver en finale. Le football a tellement évolué. Auparavant, un entraîneur brésilien s’occupait du Brésil. Aujourd’hui, c’est l’Italien Carlo Ancelotti. Le jeu évolue. Regardez l’équipe du Sénégal. La majorité des joueurs joue à l’extérieur du pays, en Angleterre, en Italie, en Espagne… Automatiquement, le niveau s’élève.
Cette équipe pourrait-elle créer la surprise ?
Le Sénégal, oui. Je vois bien cette nation embêter les grosses équipes. D’ailleurs, le premier match de l’équipe de France est contre le Sénégal. Je vois bien aussi le Japon. Très dur à jouer. Ils courent beaucoup, sont très mobiles, techniques et sérieux. On connaît la culture japonaise.
Je pense aussi au Maroc, qui développe ses centres de formation depuis plus de quinze ans. C’est ce qui fait la différence chez les jeunes. Des joueurs me rappellent Zidane, Benzema, Ben Arfa. Il ne faut pas oublier que le Maroc a atteint les demi-finales de la Coupe du monde 2022 au Qatar. Il avait battu le Portugal. Il continuait à jouer après un but, toujours.
Quelles sont les équipes favorites pour la Coupe ?
La première équipe qui me vient à l’esprit, c’est l’Espagne. Il y a de très bons jeunes joueurs, qui sont associés à des footballeurs d’expérience. Cette équipe dispose de milieux de terrain – c’est le cœur du jeu dans le football – de très bon niveau, ce sont les meilleurs selon moi. Ensuite, je placerais la France, qui a des joueurs très puissants, comme Mbappé, Saliba… Le système de jeu avec Didier Deschamps n’est pas vraiment esthétique, mais est très sérieux et structuré.
En troisième position, je mettrais l’Argentine. Parce qu’elle est championne en titre. Des joueurs comme Lionel Messi sont importants pour le vestiaire. L’équipe est âgée – va-t-elle tenir toute la compétition ? C’est une question –, mais elle pourrait prendre l’avantage psychologique sur ses adversaires. Quatrième, le Brésil, à mon sens. Il y a beaucoup de joueurs talentueux.
Des artistes…
À une Coupe du monde, en demi-finale, dans un match très serré, des individualités peuvent faire la différence à tout moment. Des artistes, oui, mais cela peut être un inconvénient, car il y a tellement d’artistes qu’il y a trop d’ego, de gros caractères qui peuvent ne pas jouer collectif. En cinquième, je dirais le Portugal. Une très belle génération, avec João Neves, Vitinha… des joueurs très techniques. C’est le « Brésil en Europe ». Cristiano Ronaldo sera à la pointe de l’équipe. Enfin, à la sixième place, je pense à l’Allemagne, avec des joueurs robustes, très rigoureux, disciplinés, avec un gros mental.
Lamine Yamal, bien sûr Kylian Mbappé, Michael Olise… Je suis curieux de voir leur trajectoire pendant la compétition
Quelles écuries les licenciés calédoniens supportent-ils ?
Ils aiment bien l’équipe de France, tout d’abord. Beaucoup suivent aussi l’Espagne, en raison du jeu de Barcelone. L’Argentine également, avec Messi. Ou le Brésil, avec Neymar.
Que penser d’ailleurs du Brésilien Neymar ? Est- il sélectionné pour ses pieds ou son aura ?
Les deux je pense. Il va se rétablir. Il va apporter quelque chose, comme Zidane en 2006. Zidane a été titulaire, il a porté toute l’équipe. De jeunes coéquipiers de l’époque disaient : « Quand on voit Zidane sur le terrain, nous, on est deux fois plus forts. » On sait qu’une compétition se joue au mental.
Surtout que cette Coupe du monde 2026 est particulièrement longue.
Je me rappelle d’une phrase de Claude Onesta [sélectionneur de l’équipe de France masculine de handball de 2001 à 2016, considéré comme l’un des meilleurs entraîneurs d’équipe nationale de l’histoire]. Il disait : « Je ne suis pas obligé de prendre les meilleurs joueurs. En revanche, je prends les hommes qui arrivent à s’entendre pendant des semaines dans un tournoi. » Ce n’est pas simple : on veut d’excellents joueurs avec un bon état d’esprit, mais aussi du caractère !
Les résultats vont avoir beaucoup d’impact. Si tu gagnes dès le départ, tu vis bien, tu t’entraînes bien. Si tu es qualifié [pour les phases finales], tu te sens fort. Ceux qui sont talentueux et parviennent à rester ensemble, vont aller loin.
Allez-vous suivre un ou plusieurs joueurs plus précisément ?
Oui. L’Espagnol Lamine Yamal. Bien sûr, Kylian Mbappé : aura-t-il le mental après toutes les critiques ? Également Michael Olise. Je suis curieux de voir leur trajectoire pendant la compétition.
Vu l’évolution du football ces quatre dernières années, peut-on s’attendre à une démonstration technique ?
Oui. Les deux dernières Coupes du monde ont montré que le football ne repose pas seulement sur la qualité des joueurs, mais aussi sur la qualité des infrastructures, de la pelouse, de l’arbitrage, de tout un environnement… Ce furent deux très belles Coupes du monde, en Russie et au Qatar. Il faut se souvenir de la finale de 2022, entre la France et l’Argentine. Le deuxième but argentin en quatre passes, si je me souviens bien, est très technique, avec de l’intensité. Aux États-Unis, le niveau va être tellement haut.
Voyez-vous vous de grands absents ?
En Angleterre, oui. Comme Phil Foden. Le staff de l’équipe a retenu des joueurs pas forcément très connus, mais de qualité. Il veut changer de stratégie, je pense. Mettre des gars méconnus qui vont donner le meilleur d’eux-mêmes et qui vont vivre ensemble.
N’y-a-t-il pas le risque de voir la politique américaine avec le président Donald Trump, gagner la dimension sportive de l’événement ?
Je vais décevoir, mais cet aspect ne m’intéresse pas. Je préfère que l’on parle davantage du terrain, de la qualité technique des joueurs, des équipes… Le reste, je n’y pense pas. Je vais regarder des matchs de poule, et, à partir des huitièmes de finale, je vais tout faire pour les suivre. Tous.
Propos recueillis par Yann Mainguet
Steeve Laigle y sera
Président de la FCF, Fédération calédonienne de football, Steeve Laigle a « eu la chance de voir la belle finale France-Croatie en Russie » en 2018 in situ. Avant celle prévue à New York, en juillet, en tant qu’invité par le président de la Fifa, Gianni Infantino, le dirigeant originaire de Rivière-Salée se prépare à assister au match d’ouverture au Mexique, suivi d’un séminaire. À chaque Coupe du monde, la FCF observe une hausse de signatures de licence chez les jeunes, des U7 à U11. Dans les villes, villages et tribus, « le football passionne, peu importe l’horaire du match ». La fédération réfléchit à un événement particulier pour la finale.

