[DOSSIER] Les communautés unies pour repenser le vivre-ensemble

De g. à dr. : Thierry Timan, président de l’association indonésienne de Nouvelle-Calédonie, Patrick Guillon, président de l’Amicale vietnamienne, Michel Fongue, président de l’association de la communauté chinoise, Christophe Sand, vice-président de l’association des Arabes et amis, et Pascal Million-Desvignes, président de l’amicale Antilles-Guyane.©N.H.

Douze associations culturelles, réunies en collectif, ont bâti un projet de société. Il contient plusieurs propositions afin d’améliorer le vivre-ensemble. Un outil sur lequel, elles l’espèrent, les élus politiques s’appuieront.

Ce n’est pas le fruit d’un travail débuté hier. Ni celui d’observations post- émeutes, même s’il en porte les traces. Le projet de société finalisé depuis un an par le collectif d’associations citoyennes de Nouvelle-Calédonie – réunissant plusieurs amicales (japonaise, vietnamienne, indonésienne, etc.) ainsi que des associations sportives et sociales – a été engagé en 2021.

Il résulte de réflexions menées durant plusieurs années, à partir d’un constat : celui de ne pas se reconnaître dans les discussions politiques sur l’avenir institutionnel. « Nous avons le sentiment que nos politiciens ne pensent qu’à se faire élire, en surfant sur le oui ou le non à l’indépendance, lâche Michel Fongue, président de l’association de la communauté chinoise de Nouvelle-Calédonie. À côté de cela, il n’y a pas de réel projet de société. »

Les instances de la société civile – Sénat coutumier, Cese, chambres consulaires, etc. – ne leur correspondent pas non plus. « Depuis 2021, il y a quand même eu beaucoup de groupes de travail et d’appels à la société civile, mais jamais celle que nous représentons. Ces acteurs-ci nous semblent loin de la réalité du terrain », souligne Patrick Guillon, président de l’amicale vietnamienne.

HORS CHAMP POLITIQUE

Il y a deux semaines, une centaine de membres du collectif, toutes associations confondues, se sont réunis au foyer de l’amicale vietnamienne, afin de prendre connaissance et valider ce projet de société. Celui-ci contient 20 propositions. Le collectif a mis un point d’honneur à ne pas inclure d’éléments politiques. « Ce sont à nos élus de le faire. Nous, ce qu’on regardait, c’est ce que vivait la population au quotidien », explique Pascal Million-Desvignes, président de l’amicale Antilles-Guyane.

L’une des propositions phares est la création d’un « passeport culturel et citoyen » intégré dans le parcours scolaire calédonien. Concrè- tement, ce dispositif permettrait à chaque élève de bénéficier d’un stage découverte au sein d’une association communautaire, culturelle ou caritative du territoire.

L’objectif étant de faire en sorte « que les histoires de chacun soient connues », explique Thierry Timan, président de l’association indonésienne. « En dehors de certains éléments de la culture kanak intégrés dans le cursus scolaire, finalement, on ne connaît que très peu les us et coutumes des autres. L’idée, c’est que les jeunes intègrent au moins quelques bases. Cela renforcerait le respect envers l’autre et ce serait une vraie fondation pour le vivre ensemble. »

Chaque proposition est structurée autour d’une thématique ou d’une valeur précise, que sont le travail, la terre, la famille, l’instruction ou encore la solidarité. La « terre » renvoie notamment à la sécurité alimentaire. Le collectif souhaite accroître l’investissement en faveur de la recherche agronomique, mais aussi éduquer à la réduction du gaspillage, et accompagner le développement agricole sur terre coutumière, afin de permettre des retombées spécifiques pour la population.

Autour de « l’instruction », ses membres font référence à l’enseignement apporté à l’école, mais aussi à la maison. Ils mettent en avant l’apprentissage des langues maternelles, pour lutter contre l’illettrisme et l’innumérisme. « C’est une pédagogie qui est reconnue mondialement pour accélérer l’apprentissage, souligne Patrick Guillon. Ils aimeraient aussi que l’école enseigne la capacité de gérer un budget, la culture économique et juridique dans le but de favoriser l’insertion professionnelle et sociale.

L’obligation pour tous les scolaires de partir à l’étranger au moins trois fois dans leur cursus scolaire est également proposée. Cela permettrait « d’élargir la vision des jeunes ».

Une importance particulière est portée à la notion de solidarité, et au bénévolat citoyen. L’une des propositions est de définir un cadre réglementaire afin que tous les citoyens puissent faire preuve de solidarité, en fonction de leurs moyens. « On veut que les jeunes s’impliquent socialement, indique Thierry Timan. On entend beaucoup de gens dire : « Moi, le week-end, c’est pêche, chasse et fête ». À côté de cela, ils n’ont pas le temps pour planter un arbre, nettoyer la mangrove, ou donner un coup de main au repas des anciens. À un moment donné, il faut que les gens prennent à cœur leur rôle de citoyen ».

En attendant, le collectif envisage de mettre en place des groupes de travail sur des thématiques précises afin d’« y apporter des solutions ». Aussi, ses membres pensent à créer une fédération des associations, afin de « passer à un stade plus officiel », dans les mois à venir.

Nikita Hoffmann

Genèse du projet

La création de ce collectif d’associations a été initiée par l’association des Arabes et amis de Nouvelle-Calédonie qui, en 2019, au lendemain du premier référendum, est allée à la rencontre de plusieurs structures similaires, avec l’idée de « proposer une grande coutume de reconnaissance mutuelle ». Par la suite, cette démarche a été proposée au Sénat coutumier, qui n’y a pas encore répondu à ce jour.
« Dans l’attente, on s’est dit que nous n’allions pas rester les bras croisés. Nous avons commencé à faire émerger des réflexions, qui se sont rapidement transformées en une dynamique autour d’un projet de société », explique Christophe Sand, vice-président de l’association des Arabes et amis de Nouvelle-Calédonie.