[DOSSIER] Les bactéries marines, un potentiel insoupçonné

La société Botanical NC, créée par Eleftherios Chalkiadakis, détient une collection de plus de 300 souches bactériennes, toutes issues du milieu intertidal, entre plage et océan. (©N.H)

Depuis 11 ans, la start-up Biotecal NC développe divers produits à partir de bactéries marines. Si la période du Covid et celle des émeutes ont bousculé plusieurs projets, l’entreprise a su faire preuve de résilience, et démontre qu’elle a plus d’une corde à son arc.

Prélever des bactéries marines pour en faire de la cosmétique, des produits de soin pour les plantes, ou des probiotiques : c’est le pari lancé en 2015 par la start-up Biotecal NC, fondée par Eleftherios Chalkiadakis.

L’aventure commence à la suite de sa thèse*, soutenue en 2013. Il s’intéresse dans un premier temps à la bactérie EPS BT10, utilisée en cosmétique pour ses propriétés lissantes, et collabore avec la boutique de produits naturels Botanik. « Ça avait bien marché, mais malheureusement, le marché calédonien est trop petit. Ça coûte quand même relativement cher », explique-t-il. Pourtant, des partenariats avaient été noués avec des entreprises françaises, mais le Covid a mis un coup d’arrêt aux discussions engagées.

ADAPTATION

Eleftherios Chalkiadakis récolte ses bactéries en milieu intertidal, c’est-à-dire entre la marée basse et la marée haute. Un cadre particulièrement intéressant, car les micro-organismes qui y sont présents font face à de « grosses fluctuations », tant au niveau de la température, de la salinité que des rayonnements UV. Sous stress, ces bactéries produisent des biomolécules de protection et de défense qui peuvent être utilisées à différents niveaux. « C’est une réserve de chimie incroyable », soutient le scientifique.

Après le prélèvement de ces micro-organismes, la seconde étape consiste à créer un « bouillon de culture », en laboratoire. L’objectif est de recréer un environnement propice au développement des bactéries, afin de pouvoir par la suite les isoler et les étudier. « Là, tu peux t’amuser à trouver ce qui la fait stresser afin qu’elle produise les molécules souhaitées. Par exemple, le simple fait de baisser la température peut suffire ».

Accompagné d’un doctorant en microbiologie des sols, il développe par la suite un autre produit, le « Symbio’boost ». Un « cocktail bactérien et fongique, qui permet de booster la croissance de la plante, mais aussi de la protéger des nuisibles, souligne-t-il. Les bactéries vont se mettre en symbiose avec les racines de la plante, et vont capter des nutriments, les transformer, et les rendre assimilables par la plante ». Proposé dans certains commerces de Nouméa, sa vente s’est arrêtée avec les émeutes.

Malgré ces deux échecs, l’entreprise continue de se développer. Un partenariat a été noué avec l’Institut Pasteur, afin de réaliser des produits dans le domaine médical. Notamment, des antibiotiques et des probiotiques. « Nous travaillons aussi sur des molécules aux propriétés anti-inflammatoires, qui pourraient avoir des débouchés pour contrer certaines maladies. La maladie d’Alzheimer, par exemple est, on le sait, déclenchée par des mécanismes inflammatoires des neurones. »

Aperçu de l’EPS BT10, une molécule à la structure cotonneuse, qui fond sur la peau, en lui apportant un effet liftant. (©Biotecal NC)

 

« NOUS SOMMES VICTIMES DE NOTRE ÉCHELLE »

À l’avenir, Biotecal NC aimerait monter des laboratoires partagés avec d’autres startups afin de mutualiser les outils de production. Cela permettrait de compenser les pertes économiques liées à la taille réduite du marché local. Aujourd’hui, c’est le principal frein que rencontre Eleftherios Chalkiadakis : « Nous sommes victimes de notre échelle. Un même projet réalisé à La Réunion, où il y a un million d’habitants, pourrait marcher. Ici, nous ne sommes que 300 000… » Pourtant, la société a perçu plusieurs subventions, au cours de son développement. « Ça nous a permis de réaliser des études de marché, mais pour réussir à vendre ailleurs, c’est plus compliqué. Il faut plus d’argent, c’est le nerf de la guerre. »

Nikita Hoffmann

*Une thèse de microbiologie marine menée entre l’Ifremer, l’université de la Nouvelle-Calédonie et l’Institut Pasteur. Elle portait sur l’utilisation des bactéries marines en cosmétique.