[DOSSIER] Drones: le vent en poupe dans l’agriculture

Le DJI Agras T30, conçu par la start-up chinoise Da Jiang Innovation (DJI), leader mondial du drone. (©Harald Tittel / dpa Picture-Alliance via AFP)

De plus en plus d’agriculteurs utilisent les drones dans leur pratique quotidienne. Surveillance des parcelles, observation des dégâts après un événement météorologique, contrôle du bétail… Ils leur permettent un gain de temps et une efficacité supplémentaire. Son usage devrait augmenter dans les mois à venir, avec l’assouplissement de la réglementation dans ce secteur.

Sur sa propriété située à La Foa, Jean-Michel Delathière utilise depuis plusieurs années un drone, afin de surveiller l’évolution de ses cultures et la présence éventuelle de maladies. « Il faut être vigilant. Le but est de pouvoir freiner leur développement, en agissant le plus proche de l’endroit où elles sont apparues », explique l’agriculteur. En volant à deux mètres au-dessus de son champ, le drone lui permet d’obtenir des photos et d’« avoir une vision fine des départs de maladies », lui donnant la possibilité, par la suite, de « traiter uniquement la partie touchée ».

Avant l’obtention de ce précieux outil, « je marchais au sein de mes parcelles, et cela m’arrivait de passer à côté d’un départ. En plus, la maladie se collait à mes vêtements et se propageait aux autres espaces », décrit-il. Sur le territoire, d’autres agriculteurs recourent également à un drone, pour surveiller leur bétail ou observer l’état de leurs cultures après le passage d’une dépression ou d’un cyclone.

Marc-David Ollivier, agriculteur de La Foa, l’utilise essentiellement pour constater les dégâts des cochons sauvages sur ses cultures de maïs. « C’est compliqué de les remarquer en faisant le tour de la parcelle à pied et c’est souvent trop tard lorsque l’on s’en rend compte, souligne-t-il. En prenant de la hauteur, on arrive à les voir rapidement et à pouvoir réagir très vite, en mettant en place des barrières par exemple ».

DRONES PROFESSIONNELS

Pour le moment, les drones acquis par ces agriculteurs sont uniquement ceux dits de « loisir ». La réglementation locale, calquée sur celle de la Métropole, interdit l’import de drones professionnels, sauf sous certaines dérogations*.

Pourtant, Jean-Michel Delathière rêve de pouvoir manipuler l’un d’entre eux, le DJI Agras T10. En février dernier, il s’est formé au pilotage afin d’ac- quérir un exemplaire. Cet appareil est doté d’un réservoir de pulvérisation de 8 litres et permet de diffuser, entre autres, des solutions nutritives bio, pour « renforcer la santé des plantes » ou les traiter au cas où elles seraient déjà malades, explique-t-il. Le modèle supérieur, le T30, permet de « faire 15 hectares sur une matinée ».

Un gain de temps considérable, mais aussi une sécurité renforcée pour les agriculteurs : « Lorsqu’on est dans le tracteur, nous sommes en contact avec le produit diffusé à l’arrière. Alors qu’avec un drone, nous opérons avec des manettes, à une centaine de mètres. La santé humaine est protégée ».

À La Foa, Jean- Michel Delathière fait voler son drone quelques mètres au-dessus de ses cultures d’ignames, de patates douces, de manioc et
de taros. (©DR)

Devant la demande croissante d’agriculteurs désireux de se former à ces drones professionnels, l’entreprise Drones NC travaille depuis un an et demi sur la conception d’une structure spécialisée dans l’agriculture de précision. Elle permettra d’accompagner les agriculteurs dans l’épandage des cultures, le nettoyage des serres ou le contrôle des cultures par drone. Le projet est en cours de finalisation et reste sous la surveillance de la Davar et de l’Aviation civile, qui ont autorisé l’importation, dans les prochains mois, d’un premier drone DJI Agras T30.

EXPÉRIMENTATION

La première phase d’expérimentation se déroulera avec des produits uniquement bio. « Cela permettra de réaliser quelques essais, afin d’observer s’il y a de la dérive avec le vent ou pas. Normalement, ce type de drone a un risque de dérive deux voire trois fois inférieur à celui d’un tracteur agricole, donc il ne devrait pas y avoir de problème. Néanmoins, nous préférons faire un test », indique Téva Landras, chef de projet et formateur à Drones NC.

Si l’expérience est concluante et permet d’identifier les facteurs de risque de dérive, alors, « peut-être » que l’utilisation de produits phytopharmaceutiques sera autorisée. « En tout cas nous, on y croit », s’enthousiasme Jean-Michel Delathière, dont l’exploitation fera partie des trois zones d’expérimentation de cette première phase.

Nikita Hoffmann

*La législation calédonienne concernant les drones s’inspire de l’Europe, mais elle a la possibilité de définir ses propres règles, ce qui peut donner lieu à certaines dérogations.