Au bord des routes, le nombre de stands de fruits et légumes et la vente de brochettes semble avoir augmenté. Sur les réseaux sociaux, les offres de services divers – débroussaillage, transport, petits travaux mécaniques, ménage, gardiennage, etc. – abondent. Certaines de ces activités sont déclarées, d’autres non. Avec 33 000 personnes ayant terminé l’année 2024 sans emploi*, le travail dissimulé apparaît pour beaucoup comme une solution transitoire, avant de « trouver mieux » ou de réellement déclarer son entreprise. Pour certains foyers, il permet aussi de compléter les salaires mensuels et boucler les fins de mois.
Difficile, néanmoins, de connaître l’ampleur du travail « au noir » en Nouvelle-Calédonie depuis la période des émeutes, le phénomène étant déjà répandu sur le territoire bien avant 2024. « Il n’y a pas de chiffres qui permettent de le quantifier, cela n’existe pas, indique Bertrand Courte, vice-président du Medef-NC. En revanche, ce que l’on peut a minima déduire, c’est que lorsqu’il y a une forte contraction de l’emploi, il y a forcément derrière une augmentation du travail informel. »
À RÉSORBER
De la même manière, il peut être compliqué d’établir un classement des professions les plus concernées par ce phénomène. Les données à ce sujet sont inexistantes, et à ce stade difficiles à quantifier. La période actuelle, marquée par un chômage important, laisse plus de place à la compréhension qu’à l’incrimination. Il n’en reste que pour les entreprises déclarées, le travail au noir représente une concurrence déloyale. « On peut comprendre que les personnes qui sont aujourd’hui dans la détresse ou dans la précarité optent pour ce système de ‘’la débrouille’’. Ils font comme ils peuvent, et essaient tant bien que mal de gagner un peu d’argent pour pouvoir continuer à vivre, souligne Bertrand Courte. Néanmoins, ce système ne doit pas se développer. Il faut absolument le résorber, car derrière, cela s’avère néfaste pour les entreprises qui paient des charges et déclarent leurs salariés et qui, en plus, au vu du contexte, ont moins d’activité. »
À plus grande échelle, cette pratique représente aussi un danger pour le système fiscal et de protection sociale, puisqu’il se répercute sur le système de la santé, les retraites et les régimes sociaux. « C’est un manque à gagner qui peut vite être considérable. »
La relance de l’économie et la création – ou le retour – de certains emplois, ainsi que le développement de dispositifs de reconversion professionnelle, sont des solutions envisagées pour inciter ces personnes à cesser de travailler dans l’illégalité. Le Comité Opérationnel Territorial Anti-Fraude pour la Nouvelle-Calédonie (COTAF), placé sous la co-présidence du haut-commissaire de la République, du président du gouvernement et du procureur de la République, a réalisé 21 opérations cette année. 815 personnes et 464 établissements ont été contrôlés et 122 infractions relevées, dont un bon nombre pour du travail dissimulé.
N.H.
*Étude de l’Institut de la statistique et des études économique (Isee NC) sur l’emploi salarié en 2024.

