[DOSSIER] Le commerce cherche un renouveau

Les récentes études ont montré que Nouméa est le moteur commercial toujours dominant, mais fragilisé. (©Yann Mainguet)

Les tempêtes se sont enchaînées. Le secteur du commerce a affronté, coup sur coup, la frilosité économique à l’approche des référendums, le plongeon des finances publiques, la crise des usines de nickel et le chaos des émeutes de 2024. L’insurrection a touché près de 700 commerces, qui se sont plus ou moins rétablis, et un phénomène de « décommercialisation » s’est accentué : le centre-ville de Nouméa affiche un taux de vacance commerciale record de 18,9 % fin 2025, 185 locaux sont vides sur 975. « C’est problématique », constate Frédéric Pratelli, trésorier du syndicat des commerçants de Nouvelle-Calédonie, qui se souvient d’années à 8 voire 10 %. « C’est un marqueur de l’activité. »

SUR L’ALIMENTAIRE

La succession de crises a modifié les habitudes des clients. À l’initiative de la Chambre de commerce et d’industrie, le cabinet AID Observatoire a travaillé sur des enquêtes inhérentes à la consommation des ménages, dont les conclusions ont été publiées ce mois-ci. Entre 2018 et aujourd’hui, les dépenses globales de consommation à l’échelle du Grand-Nouméa, estimées à 100 milliards de francs cette année, ont baissé de plus de 7 %. Le budget moyen dédié par foyer a chuté, lui, de près de 20 %. Commerçants et analystes sont marqués par un point : 80 % des achats sont maintenant fléchés sur l’alimentaire, contre 64 % il y a huit ans. Ce qui éclaire au moins deux tendances peu réjouissantes.

Face à la diminution des ressources, les familles concentrent leur argent sur l’essentiel, se nourrir. Ensuite, ce schéma laisse peu de place aux autres secteurs du commerce. Comme l’explique le syndicat des commerçants, en résumé, à la sortie des émeutes, la part globale de la consommation calédonienne a fléchi, en raison du volume important de personnes ayant perdu leur emploi, mais aussi de la perte démographique sur le territoire. « Donc une baisse du nombre de consommateurs et une baisse en consommation des consommateurs restants », pointe Frédéric Pratelli. Mauvaise équation.

Conclusion, sous les enseignes, « il n’y a plus de rentabilité », note Hervé Pradal, directeur général du groupe Kenu-In. Or ce domaine est d’ordinaire un poumon de l’économie locale, avec plus de 8 500 salariés, ce qui en fait le premier employeur privé du territoire. Avant la crise de 2024, le commerce pesait près de la moitié des recettes fiscales.

« LEVIERS »

L’heure est donc à la remise sur pied, mais aussi à la réflexion sur l’évolution du secteur qui veut regagner de la compétitivité et plaide pour une refonte de la TGC, la taxe générale à la consommation. Le syndicat des commerçants ne cesse par ailleurs de le répéter : il faut retrouver des consommateurs. Études du cabinet AID Observatoire en main, la mairie de Nouméa milite pour une collaboration entre les institutions. « Parce que, pour améliorer l’attractivité de nos commerces et de nos villes, il faut jouer sur différents leviers, a observé, vendredi 11 septembre, Mimsy Daly, deuxième adjointe au maire de la capitale. Ils concernent l’aménagement, la sécurité, le stationnement, l’animation, etc. Le travail continue. »

À entendre son vice-président, Christopher Gygès, le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie veut prendre sa place dans les travaux pour rebooster ce pan de l’économie. Le membre de l’exécutif en charge de la fiscalité a déjà des idées en tête, comme des mesures incitatives à l’arrivée de population dans l’archipel – donc des clients –, le dispositif de zones franches commerciales, des actions de baisse de droits de douane de pays voisins ou encore l’évolution de la loi de défiscalisation locale. À la suite de la publication des enquêtes et études tout récemment promues par la CCI, des ateliers sont en place.

Y. M.