Le centre-ville a été l’un des rares endroits de Nouméa à avoir été préservé durant les émeutes. Pourtant, même sans avoir subi de dégradations, certains commerces du secteur n’ont pas survécu aux conséquences économiques de cette période : diminution de la fréquentation, baisse de pouvoir d’achat de la population, départs massifs du territoire et d’une certaine clientèle, énième « coup dur » après la pandémie Covid… Certaines enseignes, parfois durablement installées, ont fermé.
Fin 2024, la Chambre de commerce et d’industrie enregistrait un taux de vacance commerciale de 17,7 % en centre-ville (contre 14 % en 2022). Ce qui correspondait à 169 commerces sur les 958 recensés. Ces statistiques donnaient un coup de projecteur sur les difficultés rencontrées par les marchands dans cette zone. Ces données sont en réalité le reflet d’une tendance observée de manière globale sur le territoire. En 2024, l’IEOM, Institut d’émission d’outre-mer, a noté une diminution significative des paiements par carte et des retraits de billets (8,1 % sur un an), illustrant la baisse de consommation des ménages.
En parallèle des fermetures de commerces, on assiste a contrario à l’arrivée d’autres enseignes, autrefois situées dans le Grand Nouméa. À l’instar du magasin Decathlon, incendié aux premiers jours des émeutes, et qui s’est installé en centre-ville en octobre 2024. « Nous avons aussi des commerces qui changent simplement de rue, en passant d’un bloc à l’autre, dans le centre-ville. On devine que ce sont pour des raisons de loyer ou alors parce qu’ils souhaitaient avoir un espace plus petit », décrit Marc-Olivier Vergé, secrétaire général adjoint à la mairie de Nouméa.
D’après la municipalité, qui réalise régulièrement des recensements grâce, entre autres, à ses stewards urbains, 83 % des cellules commerciales du centre-ville et du Quartier-Latin sont occupées aujourd’hui. Un chiffre qui « nous positionne dans une norme à l’échelle nationale », assure Marc-Olivier Vergé.
ATTRACTIVITÉ
Fréquemment taxé de « ville morte » en raison du peu de commerces ouverts les week-ends et en soirée, le centre-ville est, depuis plusieurs années, délaissé au profit du complexe de La Promenade, les Halles de Magenta ou encore le Dumbéa Mall. Des zones davantage attractives, où les commerçants peuvent trouver une plus grande clientèle.
Afin de contrer ce phénomène, la ville a tenté de mettre en place diverses animations, comme les Jeudis du centre-ville, le dispositif « Chapeau, l’artiste ! » ou encore Nouméa féerie, en fin d’année. Mais « enclencher une dynamique afin qu’il y ait une vie économique également en soirée est assez complexe. Ce sont des dispositifs qui doivent se mettre en place sur le temps long. Si le Nouméen ne sait pas ou n’a pas assimilé que des commerces étaient désormais ouverts en soirée, alors le commerçant se décourage et a de la difficulté à se projeter dans le temps », explique Marc-Olivier Vergé. Il faut remonter à « 15-20 ans en arrière » pour tout de même constater une évolution sur la fréquentation du centre-ville en week-end. En cette période, « aucun commerce » n’était ouvert le samedi, ce qui a quelque peu changé depuis.
Nikita Hoffmann

