Les idées du général de Gaulle sur la grandeur de la France trouvent un écho dans les statuts du parti politique Le Rassemblement. Toutefois, l’indépendance de l’Algérie sous le régime gaulliste a heurté des loyalistes, au point de sortir la référence des discours tricolores.
« Tout le monde a été, est ou sera gaulliste. » Cette phrase, empruntée au général lui-même en 1952 ou, selon la littérature, à l’écrivain et homme politique André Malraux, traduit l’accueil complexe réservée à la pensée du militaire au fil du temps. Chacun, à l’échelle française, percevant un intérêt à évoquer l’action du héros de la Seconde Guerre mondiale.
Né de « la rencontre d’un homme et de circonstances », selon l’historien Luc Steinmetz, à savoir le conflit planétaire et la crise de la quatrième République, le gaullisme s’appuie sur des piliers : la défense de la souveraineté nationale, la résistance, le respect de l’autorité de l’État, le dialogue entre les nations ou encore le rejet du capitalisme et du communisme…
En Nouvelle-Calédonie, un parti revendique cet héritage. « Le Rassemblement est, je pense, toujours très gaulliste, estime son président, Alcide Ponga. Jacques Lafleur, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy… Nous sommes dans ce sillon-là. » Ces positions politiques, dans les pas du Rassemblement pour la Calédonie dans la République (RPCR), sont appréciées comme des principes directeurs et la stature du libérateur de la nation a gagné la communauté kanak, à entendre le chef du gouvernement, au point où « des chants en houaïlou, des tempérances, que l’on chante encore aujourd’hui, citent le nom du général de Gaulle et l’appel au patriotisme de la Nouvelle-Calédonie pour défendre la France libre ».
Ces mélodies, profondément ancrées, expriment « vraiment la façon dont nous, les Mélanésiens de droite, républicains et non-indépendantistes, avons cette relation avec la France. C’est peut-être d’abord la relation avec le général de Gaulle ».
ÉMANCIPATION
Une part de la mouvance loyaliste, celle originaire d’Afrique du Nord, a toutefois manifesté une grande méfiance. Ces représentants « pieds-noirs », occupant des postes politiques à responsabilité à Nouméa, n’ont pas digéré « le largage », terme étendu à l’époque, de l’Algérie en 1962. Si bien qu’« en réunion, je m’abstenais de citer le général de Gaulle », se souvient l’ancien sénateur RPR puis UMP Simon Loueckhote, qui a baigné dans la tradition gaulliste paternelle.

Indéniablement, l’homme au képi étoilé a initié une trajectoire, comme le rappelait le député de droite Didier Quentin, en 1998, lors d’un débat à l’Assemblée nationale. « “Le génie du siècle, qui change notre pays, change aussi les conditions de son action outre-mer”, a dit celui qui entama le plus vaste mouvement d’émancipation des peuples dont la France avait la charge, le général de Gaulle », s’est souvenu le parlementaire.
Plus tôt, en janvier 1944, le discours de Brazzaville, au Congo, ouvre la perspective de la décolonisation en Afrique. Mais « Charles de Gaulle n’est pas, ici en Nouvelle-Calédonie, un émancipateur politique », observe l’historien Ismet Kurtovitch, qui souligne les travaux d’un confrère basé à Tahiti, Jean-Marc Regnault. Dans un ouvrage collectif intitulé Les gaullistes, hommes et réseaux, ce chercheur rapporte des propos tenus par l’officier et homme politique réputé pour sa grande taille en 1964. « Dans le cas de la Nouvelle-Calédonie, aussi bien que dans celui de la Polynésie, il ne peut y avoir de question quant à notre souveraineté ! Leur situation n’a aucun rapport avec les territoires que nous avons affranchis… En Calédonie, tout a été fait par la France. »
Le projet est alors de s’acheminer vers un statut analogue à celui des départements d’outre-mer et de protéger les gisements de nickel.
« MAJORITÉ SOLIDE »
Les discours politiques calédoniens sont aujourd’hui dépourvus de références directes au général de Gaulle. Une question de génération certainement, peut-être aussi d’hésitation dans l’interprétation personnelle des pensées. Pourtant, toutes sensibilités confondues, « le gaullisme est une source de réflexion », soutient Ismet Kurtovitch.
Ce courant politique trouve néanmoins ses limites sur le territoire. Parce que l’une de ses caractéristiques est la présence d’« un État fort, une majorité solide, » et non pas un exécutif soumis au « régime des partis », explique Luc Steinmetz. Or, « avec l’accord de Nouméa, le système repose forcément sur le gouvernement des partis », sous le principe de la collégialité. « Dans ces conditions, réussir à être gaulliste dans sa politique, c’est presque impossible ».
La pratique du pouvoir et l’intérêt supérieur de la nation doivent en outre transcender les ambitions personnelles et les ego, d’après le gaullisme. La Nouvelle-Calédonie en est loin, mais, selon l’historien et juriste, « elle n’est pas seule dans ce cas ».
Yann Mainguet

