[DOSSIER] La parole est aux citoyens

La première assemblée citoyenne mise en place au Congrès fin mars constitue un pas important dans la prise en compte de l’avis des Calédoniens. © Archives DNC / C.M.

Les initiatives fleurissent. Samedi 25 avril, 24 Calédoniens ont constitué l’assemblée citoyenne, « dispositif de démocratie participative expérimenté » cette année au Congrès et ont remis leur avis sur la thématique « Transparence de la décision publique et renforcement de la confiance envers les institutions » à la présidente de l’hémicycle, Veylma Falaeo. Dans ce recueil, il est notamment suggéré de « créer une plateforme participative pour l’écoute des questions et propositions des habitants ».

Lundi 4 mai, l’association Paroles, mémoires, vérités, réconciliations (PMVR) a présenté son travail de collecte et d’analyse considérable après ses rencontres à Voh. Une première étape. Le groupe se déplacera bientôt à Nouméa. Tout nouveau sur la place, le collectif Relève du pays, composé selon ses dires de « jeunes âgés de 20 à 40 ans, issus d’horizons politiques différents et porteurs de convictions diverses », organise samedi 9 mai « une journée citoyenne » dans la capitale. L’intention étant, entre autres, de « favoriser le dialogue autour des enjeux du pays ».

CONFIANCE ABÎMÉE

Les trois démarches – et la liste est loin d’être exhaustive – se croisent au moins sur un point, qui est en fait leur principe même, leur essence : donner la parole aux gens pour que ces Calédoniens, de naissance ou d’adoption, soient écoutés. La période est ainsi à l’expression et au possible partage.

Les plus sceptiques indiqueront qu’à l’approche d’élections provinciales aux enjeux cruciaux, il est bon d’investir ce registre de l’empathie et de l’interaction. Peut-être. Mais des causes sont certainement plus profondes.

Un écart s’est tout d’abord creusé, et continue de se creuser, entre le politique et le citoyen. Pierre-Christophe Pantz, chercheur en géographie-géopolitique, a relevé à plusieurs reprises, notamment dans un article du 5 mars publié dans le média The Conversation, « un contexte d’abstention structurelle observée depuis l’élection provinciale de 2004 ».

La confiance en l’élu est abîmée. Et l’actuel mandat exceptionnellement long des conseillers provinciaux n’arrange rien. Des habitants des villes, des villages et des tribus ont donc décidé de s’investir pour être entendus. « Il y a une très forte attente des Calédoniens de participer à la co-construction de leur société. La Nouvelle-Calédonie se trouve à un tournant de son histoire, et chaque citoyen se sent concerné, souhaitant apporter sa pierre à un nouveau contrat social », explique Régis Pradal, expert en entrepreneuriat social et fondateur de la société Social Fabric Lab.

Selon le consultant, « de plus en plus de voix s’élèvent aujourd’hui pour demander un changement de méthode afin de sortir de la crise ». Et l’une des perspectives « les plus prometteuses » pourrait être de s’orienter vers « un processus citoyen de démocratie participative, visant la définition d’un projet de société calédonien non partisan, ancré dans les réalités locales et les préoccupations des Calédoniens ».

CHEMIN DU PARDON

Cette construction d’un avenir commun passe aussi par une réconciliation des Calédoniens avec l’Histoire, très douloureuse, de leur territoire. Sur la place des Cocotiers mercredi 26 juillet 2023, le président de la République, Emmanuel Macron, avait encouragé à emprunter « le chemin du pardon ». Qui « n’est pas un chemin de repentance : c’est un chemin de fraternité, de vérité et de courage ».

Le président du gouvernement local d’alors, Louis Mapou, s’était engagé pleinement dans le projet. Mais après la chute de cet exécutif, mardi 24 décembre 2024, l’ambition est tombée, faute de portage politique. Le locataire de l’Élysée a néanmoins rappelé « l’importance » de cette initiative, samedi 12 juillet 2025, lors de la conclusion du Sommet pour l’avenir de la Nouvelle-Calédonie. Autrement dit, beaucoup reste à faire.

Car les oppositions perdurent. « Il est légitime de s’interroger sur la configuration actuelle du système politique, qui paraît ne pas permettre de dépasser les clivages partisans et les logiques de division », estime l’expert Régis Pradal. « Dans un territoire en construction, à l’histoire riche et complexe, où les enjeux culturels et mémoriels sont fondamentaux, il serait pertinent d’expérimenter une méthode facilitant l’intelligence collective et l’écoute de la population ».

Une des questions du moment se situe bien là : quelle sera la place de la voix du citoyen dans le futur statut de la Nouvelle-Calédonie ? La réduire à une position mineure, voire à une dimension cosmétique, serait contraire au courant observé.

Yann Mainguet