[DOSSIER]: La Monique, une tragédie sans réponse

Dans la nuit du 31 juillet au 1er août 1953, le caboteur Monique disparaissait au large de Maré avec 108 passagers et 18 membres d’équipage. Le bateau n’a jamais été retrouvé. 

Cette nuit là, au large de Maré, reste une énigme. 69 ans après, la disparition de la Monique demeure un mystère irrésolu. Le dernier message radio du capitaine ne présageait rien de sa disparition.« Le bateau était parti de Tadine à 14 heures raconte Alain Le Breüs, auteur du Destin tragique de la Monique et président du Musée maritime de la Nouvelle-Calédonie. À 16 heures, le capitaine annonce à la radio que tout va bien à bord et qu’il pense être à Nouméa le lendemain à 8 heures. »

Les conditions météorologiques sont bonnes et les moteurs tournent sans problème sur un trajet que le navire effectue régulièrement depuis 1951. Sur le pont et dans les cabines du caboteur de 34 mètres, les 108 passagers et les 18 membres d’équipage s’entassent entre les sacs de coprah, un pick-up, des fûts et un tas de marchandises récupérées à Ouvéa, Maré et Lifou. « Il fallait enjamber les sacs de coprah. Il y en avait partout dans les cales, mais aussi sur le pont », détaille Alain Le Breüs. Lors de son départ de Maré, les témoins racontent que le navire trop chargé tirait des bords, zigzaguait sans maintenir le cap.

« La Monique était le trait d’union entre Nouméa et les Loyauté : il transportait le café, le sucre et les produits de première nécessité vers les Loyauté et rapportait les paniers de légumes, les cochons et tout ce que les îles pouvaient produire », explique le président du Musée maritime. Sans avion, les habitants des Loyauté s’en servaient pour rejoindre la Grande Terre.

Alors le lendemain, quand les heures défilent sans que la Monique ne soit arrivé à bon port, l’inquiétude supplante l’attente. Un premier avion privé est sollicité pour survoler le trajet habituel. Le 2 août, des bateaux sillonnent la zone. De faux espoirs en déception, les recherches s’intensifient avec l’aide de la Nouvelle-Zélande et des Fidji. Elles seront définitivement arrêtées le 9 août 1953 sans que le caboteur ne soit retrouvé.

Un naufrage ?

Qu’est-il arrivé aux 126 personnes à bord ? L’absence d’épave et de réponses ont nourri de nombreuses théories alimentées par de faux témoignages et des malentendus. « Une mine ou un incendie aurait laissé des bouts de bois et des choses qui auraient dérivé, mais il n’y a rien. Pas de vêtement, pas de sac », insiste Alain Le Breüs.

Le membre de l’association Fortunes de mer, qui a participé à une recherche infructueuse en 2011, penche pour la thèse du naufrage à cause d’une forte houle dans le canal de la Havannah. « Les simulations nous ont indiqué que la houle s’était formée dans la nuit, avance-t-il. Dans les cabines, on avait dû ouvrir les hublots et les portes de coursive pour avoir de l’air. » L’eau a pu s’engouffrer jusqu’à faire tanguer le bateau très chargé et probablement handicapé par une panne de moteur pas si exceptionnelle dans les années cinquante.

Les seuls indices retrouvés lors des premières recherches n’ont jamais révélé leurs secrets. En plus des fûts et des bouts de bâche, une bouée de sauvetage a été récupérée sur la côte Est de Bélep, trois mois après le drame. Longtemps abandonnée dans les caves du palais de justice de Nouméa comme pièce à conviction, elle trône aujourd’hui au Musée maritime grâce à la Société d’études historiques de la Nouvelle-Calédonie. Seul témoin du drame, elle rappelle, sans expliquer, ce qu’il s’est passé cette nuit du 31 juillet au 1er août 1953.


US Navy

La Monique était un caboteur de 34 mètres. Baptisé Avon à l’origine, il avait été construit en 1945 à Port Chalmer en Nouvelle- Zélande pour l’US Navy. « C’était un bateau de transport de matériel », explique Alain Le Breüs. Vingt bateaux similaires sont sortis des chantiers navals néo-zélandais. Plusieurs ont navigué dans le Pacifique, de la Polynésie française aux Tonga.

Société des îles Loyauté

Le 8 septembre 1951, la Monique rejoint la flotte de la Société des îles Loyauté. Avec son navire-jumeau Rosalie, elle remplace les deux précédents bateaux de la compagnie (Loyauté et Phoque).

 

Brice Bacquet

©B.B. / C.M.

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