[DOSSIER] La Monique : De nombreux partenaires pour une semaine anniversaire

La nouvelle démarche commémorative a été coordonnée sous l’impulsion du gouvernement par un comité de pilotage présidé par l’historien Louis-José Barbançon, impliqué depuis 1978 dans les cérémonies du souvenir et lui-même fils d’un disparu.  De nombreux partenaires s’y sont associés, parmi lesquels les communes de Maré, Lifou, Ouvéa et Bourail, la province des Îles, les centres culturels Pomémie et Goa Ma Bwarhat, le Musée maritime ou encore le Conservatoire. Avec, pour la première fois, le désir d’intégrer le souvenir des disparus de la Grande Terre.

 

Louis-José Barbançon, président du comité de pilotage 

« Cet évènement répond à la question : y a-t-il une histoire commune ? »

« L’idée était dans l’air depuis un moment. Comment faire pour que les commémorations de la Monique se déroulent au-delà de Maré. Je rappelle que le monument a été inauguré en 1978, 25 ans après la disparition. Ce n’est pas à Maré qu’il y a eu le plus de disparus, mais à Lifou. Mais c’est le dernier endroit où on les a vus vivants. Il y a eu une nouvelle commémoration importante en 1983, cinq ans après. Ensuite, plus rien jusqu’en 2003 pour le cinquantième anniversaire.

En 2013, le monument a été déplacé. Et à partir de 2018, la mairie de Maré a décidé d’organiser tous les ans une commémoration pour les familles et les scolaires. On pensait alors à aller ailleurs. Mais c’est en 2021 que le gouvernement a finalement annoncé qu’il souhaitait faire de cet évènement un évènement pays. Ça a été le point de départ de cette série évènementielle en préfiguration des soixante-dix ans en 2023.

Nous nous sommes engagés à continuer à respecter certains principes : conserver la date du 31 juillet à Maré, car ce sont les gardiens du souvenir de nos familles depuis 45 ans, respecter la parole donnée sur le fait que les gens ne sont pas morts mais disparus, et respecter la douleur, la dignité des familles. Les coutumiers n’ont jamais voulu quelque chose de trop officiel, protocolaire.

Les dates ont été choisies selon le trajet, mais nous avons laissé aux trois îles et aux familles le soin d’organiser leur commémoration. Puis, il y a eu la possibilité que la Grande Terre participe dès cette année à l’évènement, car des familles sont aussi concernées.

Il fallait l’appui des institutions pour passer à une dimension pays, pour sortir des initiatives individuelles. Parce que soixante-dix ans se sont écoulés, et la mémoire est oublieuse, pour reprendre un poème célèbre… Je ne crois pas que ce soit trop tard, parce que quand les jeunes découvrent cet évènement, et c’est ce qui m’a le plus surpris aux Îles, ils s’impliquent, se rendent compte que c’est important. Ceux qui le découvrent, sur la Grande Terre, par exemple dans la chaîne, sont également intéressés. Parce que c’est transversal.

C’est typiquement ce genre d’évènements qui nous rassemble, qui peut nous réunir. Il répond à la question : ‘Y a-t-il une histoire commune ?’ La Monique est le reflet de la Nouvelle-Calédonie de l’époque, avec des gens des îles, un chef mécanicien originaire de Thiébaghi, un cuisinier vietnamien, un gendarme, un travailleur de l’office des postes, un géomètre, un commerçant des îles… »

 

Mickaël Forrest, membre du gouvernement en charge de la culture

« On pourrait utiliser les technologies modernes pour continuer à rechercher la vérité. »

« C’était important de pouvoir porter cet évènement au niveau du pays. Les 126 disparus de la Monique étaient originaires de tout le territoire. De la région Hoot Ma Waap jusqu’à l’aire Drubea-Kapumë. Et ce travail de mémoire va nous permettre de développer nos engagements pour faire en sorte que le lien d’appartenance à notre pays soit de plus en plus en fort. Nous allons sortir de l’Accord de Nouméa et c’est un acte fondateur.

L’histoire de la Monique touche l’ensemble des populations du pays, notamment ceux qui sont concernés par l’Accord de Nouméa. Donc on va tâcher de construire les 70 ans en 2023 avec l’ensemble de la population. On va aussi essayer de trouver d’autres déclinaisons plus scientifiques à vocation scolaire ou en termes de recherche. Aujourd’hui, on met plusieurs millions d’euros dans la recherche dans notre zone économique exclusive ; alors pourquoi ne pas engager d’autres programmes, trouver des partenaires scientifiques pour regarder comment on peut utiliser les technologies modernes pour continuer à rechercher la vérité sur ce qu’il est advenu de ces disparus ? »

 

Samuel « Sammy » Ihagé, Sénat coutumier

« On ne peut pas dire qu’on a fait le deuil car ce sont des disparus. »

« C’est une histoire qui a marqué la Nouvelle-Calédonie. Il faut qu’elle puisse être enseignée dans toutes les écoles. Nous avons ce devoir de mémoire. Et je parle pour tout le monde, même si le Sénat coutumier représente l’identité kanak. On ne peut pas dire qu’on a fait le deuil car ce sont des disparus. Dans le milieu kanak, le deuil se fait quand la personne est morte. Dans le cœur de chacun, on imagine qu’ils sont peut- être partis, qu’ils ont échoué quelque part. »

 

Pascale Doniguian, directrice du Conservatoire de musique et de danse

« Un chant de Kouaoua des années soixante »

« Il nous paraissait important d’accueillir, dans un lieu dédié à la culture, la partie mémorielle de ce drame qui a inspiré à la fois la littérature, la musique, les chants polyphoniques. C’est l’art qui permet de conserver la mémoire vivante. Le conservatoire est un lieu dédié aux voix, où la parole peut s’exprimer librement avec une amplification naturelle. On peut parler, on peut chanter de façon un peu intime. Nous accueillerons en priorité les familles.

Nous aurons notamment en ouverture une prestation du groupe Vocal d’un chant de la région de Kouaoua, collecté par l’ADCK. C’est ainsi qu’on s’est aperçu que des gens de la Grande Terre ont aussi écrit sur la Monique. Le conseil coutumier de l’aire a accepté de confier ce chant au groupe pour qu’il puisse le réinterpréter. C’est vraiment un chant méconnu, un taperas dissonant très intéressant à chanter, parce que très émouvant. Nous n’avons pas de date précise, mais nous pensons que ce chant date des années soixante. »

 

Émile Lakorédine, premier adjoint à la maire de Maré

« La blessure calédonienne n’est pas cicatrisée. »

« C’est un évènement qui est habituellement marqué chez nous fin juillet. Selon ce que disait le grand chef Naisseline, il faut que les 126 portés disparus vivent toujours en nous. La blessure calédonienne n’est pas cicatrisée. Donc on continue. On est très honorés que le gouvernement ait considéré cet évènement comme une histoire calédonienne. Elle est enseignée dans nos écoles et, depuis deux ans, on associe les artistes. L’année dernière, il y a eu des pièces de théâtre, des sculptures, un mur a été peint à l’effigie de la Monique. On aura dès samedi soir une projection, des conférences, puis la cérémonie le lendemain. Et il y a toujours le jet de fleurs pour marquer l’évènement. »

 

Valérie Vattier, directrice du Musée maritime

« Le Musée maritime, un lieu de mémoire »

« Cela semblait important que nous puissions accueillir les discours d’ouverture de cette commémoration pour un moment privé. Le Musée maritime parle des liens entre les hommes et la mer. C’est aussi un lieu de mémoire qui transmet l’histoire de la Monique par le travail qu’a réalisé Alain Le Breüs, le président actuel du musée, un énorme travail de recherche, mais aussi par l’espace qu’on y consacre en permanence.

On y retrouve la liste des personnes disparues, une maquette et cet objet très symbolique qui est la bouée de la Monique. C’est aujourd’hui le seul objet tangible qu’on ait gardé de ce caboteur. Pour l’occasion, on va la sortir de vitrine et la mettre dans l’espace où auront lieu les discours, pour que tous les invités puissent la voir. Cet espace dédié à la Monique permet aussi aux familles, de temps à autre, de manière discrète, de pouvoir se recueillir. »

 

Olivier Houdan, mairie de Bourail

« Une manière d’accompagner les familles »

« C’est un honneur d’accueillir les festivités, puis de répondre d’une certaine manière aux attentes des familles de disparus qui sont présentes sur le territoire communal. On a une partie de la famille Koki, originaire de la côte Est, Charles Ohlen, le fils du capitaine de la Monique. Une de ses filles et son fils résident et travaillent à Bourail. Et aussi Marie Yongomene, épouse Pouillet, qui a perdu son papa Kapea et qui habite à la tribu de Pothé. C’est donc pour nous une manière de les accompagner, d’apporter une autre corde à l’aussière de la mémoire. »

 

Jean-Mathias Djaïwé, directeur du centre culturel de Hienghène

« La mémoire aussi présente dans le Nord »

« Sur la côte Est, dans le Nord, la mémoire de la Monique est restée au sein des familles, avec beaucoup d’interrogations. Il se racontait que les disparus étaient au Japon ou dans un autre pays. À Hienghène, la famille Bouanehotte n’a jamais participé à aucun évènement. Quand on est venus présenter la démarche, les souvenirs d’enfance sont remontés. Ils ont perdu un frère, Antonin, à l’âge de 23 ans. Il y a aussi la famille Dalap de Pouébo (NDLR : Ferdinand Dalap). J’ai discuté avec un des fils de cette famille en espérant recueillir leur témoignage cette semaine. Il y a quelqu’un à Poum également. »


Le programme des commémorations 

Nouméa / lundi 25 juillet : Évènement privé pour les familles au Musée maritime à Nouméa, suivi à 18 h 30 d’une soirée culturelle au conservatoire de musique et de danse : chants, textes, poèmes et témoignages autour de la Monique qui seront diffusés le 21 juillet sur NC La 1ère.

Koné / mardi 26 juillet (8 h 15) : Représentations au centre culturel Pomémie, en collaboration avec le centre culturel Goa Ma Bwarhat (Hienghène), participation des écoles de Tieta et de Païamboué. Projection du film La Monique, Une blessure calédonienne.

Bourail / mercredi 27 juillet (9 h 30) : Rencontre avec Charles Olhen, fils du capitaine de la Monique, projections, témoignages.

Ouvéa / jeudi 28 juillet (7 h 30) : Dépôt de gerbe à Fayaoué, témoignages, chants et danses.

Tiga / vendredi 29 juillet (13 heures) : Présentation du projet, témoignages.

Lifou / samedi 30 juillet (8 heures) : Pose de la première pierre d’un lieu de commémoration à Xépénéhé.

Maré / dimanche 31 juillet (7 heures) : Dépôt de gerbe, chants et danse à Tadine.

C.M.

©C.M.

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