[DOSSIER] La grande réforme de l’administration du territoire

Le gouvernement s'attaque, avec le plan de l'administration (PEA), à un chantier énorme et complexe, tant au niveau logistique que de l’efficacité du futur modèle. Photo Y.M.

Il s’agit assurément de la plus importante refonte dans l’histoire du secteur administratif, et même de l’une des plus grandes réformes que la Nouvelle-Calédonie ait connues. Le journal DNC a eu accès au document présentant le plan d’évolution de l’administration, le PEA dans le jargon. Ce numéro détaille en exclusivité le contenu du projet à ce stade.

Le chantier colossal, dont les axes ont été approuvés mardi 23 décembre lors de la séance hebdomadaire du gouvernement, puis exposés aux organisations syndicales lundi 9 février, est en phase de préfiguration. Le cadre et les objectifs sont posés.

Si, dans sa déclaration de politique générale en 2021, Louis Mapou, alors président de l’exécutif, avait émis le voeu d’une « modernisation de l’administration », son successeur, Alcide Ponga, a vu l’an dernier à travers le PEA un « projet ambitieux » censé allier « efficience, productivité et mutualisation des ressources ».

En d’autres termes, la cible est claire, selon l’élu non-indépendantiste : « réduire les coûts de fonctionnement en concentrant l’administration sur ses missions essentielles, tout en garantissant une qualité de service optimale aux administrés. Cela passera notamment par une réduction du nombre de directions et d’établissements publics et, par conséquent, par une diminution progressive du nombre d’agents publics ».

Le document consulté par DNC ne mentionne aucun licenciement de personnel, mais évoque davantage la proposition d’une place ou d’une solution négociée « à chacun », parmi les mesures d’accompagnement.

DÉSÉQUILIBRE

Le poids de l’administration est un sujet récurrent dans l’enceinte politique. En ouverture du Sommet sur l’avenir de la Nouvelle Calédonie à Paris, début juillet, devant le président de la République, il avait été déploré, dans les rangs d’invités présents, « une suradministration étouffante » sur le Caillou. Une expression qui avait fait réagir des voisins.

D’après ses dernières données, celles du deuxième trimestre 2025, l’Institut de la statistique et des études économiques (Isee) recense au sein du secteur public, 10 300 fonctionnaires Nouvelle-Calédonie et 7 700 contractuels. Alors que le privé, dont les effectifs sont en chute, atteint 56 300 salariés.

Du fait de la crise, le déséquilibre s’accroît, « ce qui pose une question au niveau budgétaire », notent des chefs d’entreprise. « En Nouvelle- Calédonie, la part du PIB [produit intérieur brut, l’indicateur économique qui mesure la production de richesses d’un territoire] consacrée au fonctionnement de l’administration (masse salariale y compris salariés de l’État) est de 20 % quand elle est de 12,2 % en Métropole », écrivait en 2024 NC Éco, le groupe des représentants du monde économique local.

Les chiffres, et surtout la volonté qui s’y cache derrière, génèrent toujours un débat. Car si des efforts doivent être faits, la sphère administrative ne peut pas être totalement déstructurée. Selon les informations de DNC, les économies à travers le plan d’évolution de l’administration (PEA) ne seraient pas chiffrées à ce stade. Ou pas divulguées.

Néanmoins, l’objectif dans le cadre de la reconstruction serait de baisser de 5 % la masse salariale des directions de la Nouvelle-Calédonie. Soit plus de 1 600 agents. Ce PEA, s’il ne disparaît pas dans le choc des élections provinciales, s’étendra sur plusieurs années. Jusqu’en 2028.

Yann Mainguet