[DOSSIER] La Fédé : « Les lignes rouges ? Le maintien des services publics et des acquis sociaux »

Steeves Teriitehau, secrétaire général de l’organisation syndicale depuis juin 2022. © Yann Mainguet

Première organisation syndicale des fonctionnaires calédoniens, la Fédé porte un regard vigilant sur le plan d’évolution de l’administration (PEA). Et note déjà des points contrariants. Rencontre avec Steeves Teriitehau, secrétaire général. 

DNC : La Fédé est-elle favorable à ce plan d’évolution de l’administration ? Y croit-elle vraiment ?
Steeves Teriitehau : Oui, dans la mesure où le service public gratuit et accessible à tous reste la priorité et que les acquis sociaux ne sont ni rabotés, ni supprimés au profit d’une politique libérale. À l’approche des élections, nous serons sans doute entendus, mais vite oubliés ensuite.

Quelles sont, selon vous, les fusions, disparitions ou réorganisations de directions les plus inquiétantes ?
Certaines fusions peuvent être cohérentes, mais on constate une volonté de réduire la notion de contrôle et de sanction.
La future Direction économie, emploi et formation, regroupant notamment la Decat, l’ancienne DAE et la DTE, illustre nos craintes. Les missions de contrôle, auparavant prioritaires pour la protection des consommateurs et des travailleurs, risquent d’être diluées parmi de nouvelles missions visant l’attractivité des entreprises et de moins peser dans les arbitrages de cette nouvelle direction.
L’éclatement de la Davar en trois directions est problématique pour le monde agricole, qui perdra son guichet unique. On peut craindre une moindre efficacité dans le suivi des dossiers liés à l’alimentation. Ces sujets, aujourd’hui traités par une seule direction, seront répartis entre santé et sécurité, aménagement du territoire et développement durable, et économie, emploi et formation, avec un risque de perte de vision globale du monde agricole et de synergie entre les missions.

Le taux d’encadrement avancé ne repose sur aucun benchmark.

Vous évoquez le cas des retraités…
Oui, l’intégration de la CLR au sein de la Direction de la fonction publique pose un problème de pilotage : la caisse passerait sous l’autorité d’un directeur sans réelle place pour les organisations syndicales. Certains régimes indemnitaires sont liés à l’appartenance à une direction. La disparition de directions comme la Dimenc, la DITTT ou la Davar pourrait entraîner la suppression de ces régimes.
Certaines fusions devront, à terme, aboutir à des regroupements géographiques, alors que la collectivité ne dispose pas aujourd’hui de locaux pour accueillir ces nouvelles « méga » directions. Chaque réorganisation comporte des regroupements d’agents publics, qui aujourd’hui ont parfois des spécificités en termes de missions, métiers, de statut et régimes indemnitaires : la Fédé doit rester vigilante.

Le taux d’encadrement d’un manager pour dix agents vous semble-t-il adapté à toutes les situations ?
Le taux d’encadrement avancé ne repose sur aucun benchmark. La spécificité de certains métiers ne permet pas de généraliser. Le niveau de contrôle requis varie selon les missions ou fonctions, et pour la Fédé, des exceptions devront être prévues, mais avec des critères clairs et cohérents pour éviter l’iniquité dans le traitement des situations des agents.

Cette réforme, qui réorganise les services de la Nouvelle-Calédonie, ne peut relever uniquement d’un arrêté du gouvernement, sans la consultation.

Les agents sont-ils suffisamment informés des évolutions à venir ? Sont-ils certains de conserver leurs acquis sociaux ?
Aucune projection des projets de service n’accompagne ces nouvelles directions, alors qu’elles sont essentielles pour donner une vision stratégique et rassurer les agents. Ceux-ci manquent d’information et de concertation, ce qui crée un climat d’anxiété. Leurs principales craintes concernent le devenir de leur poste et de leurs missions, le maintien des rémunérations et des régimes indemnitaires, le lieu de travail, ou encore la nouvelle communauté professionnelle.
Pour la Fédé, les lignes rouges restent le maintien des services publics et des acquis sociaux. La précarité des fonctionnaires est une réalité : contrairement aux idées reçues, de nombreux ménages sont en difficulté.

Le Congrès ne devrait-il pas se prononcer sur ce plan ?
Le PEA concerne la collectivité et les établissements publics de la Nouvelle-Calédonie.
La collectivité met en œuvre les politiques votées par le Congrès, celui-ci devrait donc être pleinement associé au PEA, qui engage l’avenir et l’efficacité de l’administration. Cette réforme, qui réorganise les services de la Nouvelle-Calédonie, ne peut relever uniquement d’un arrêté du gouvernement, sans la consultation des élus du Congrès. Les changements structurels des établissements publics – missions, gouvernance, fusions –, créés par délibération du Congrès, nécessitent un vote au Congrès, un passage obligé pour garantir légitimité et légalité.

Croyez-vous, grâce au PEA, en une montée en qualité du service public ?
Cela devrait être une évidence, mais le combat sera long, car ce n’est pas le chemin pressenti. Les services et agents publics sont fragilisés par certaines orientations politiques et patronales visant à réduire le service public au profit d’une privatisation qui, à terme, rendrait les prestations payantes pour la population. La priorité sous-jacente du gouvernement reste la baisse du coût des frais de fonctionnement et non l’efficience du service public.

Propos recueillis par Chloé Maingourd et Yann Mainguet

Decat : Direction de l’entreprise, de la consommation, de l’attractivité
et des télécommunications / Dae : Direction des affaires économiques / Dte : Direction du travail et de l’emploi / Davar : Direction des affaires vétérinaires, alimentaires et rurales / CLR : Caisse locale de retraites / Dimenc : Direction de l’industrie, mines et énergie / DITTT : Direction des infrastructures, topographie et transports terrestres.