Gianni a 11 ans et fait partie de ces jeunes accros aux écrans. Bien qu’il ne soit pas addict au sens médical du terme, il utilise sa tablette fréquemment, « beaucoup trop » pour ses grands-parents, qui essaient de limiter son usage.
Sur sa tablette, Gianni voue une véritable passion pour ce que l’on appelle les vidéos « posing » : les jeunes y mettent en scène des figurines articulées, comme Spiderman ou d’autres personnages de l’univers Marvel, adoptant des poses « stylées » : accroupis, le poing en l’air ou en pose d’atterrissage. Ce type de contenu a explosé sur TikTok et d’autres plateformes. « Quand je m’y mets, je peux passer plusieurs heures dessus », indique le pré-adolescent.
Ce comportement déplaît à ses grands-parents, Jean-France et Marie. « Avec son grand-frère, Kylian, ils ont tendance à s’enfermer dans leur chambre avec leurs écrans », décrivent-ils.
Pour éviter les excès, une règle avait été fixée au départ : une demi-heure d’écran par jour, pas plus. Puis, « on a commencé à devenir addicts, admet Gianni. Alors ils [Jean-France et Marie] nous ont autorisés à prendre nos tablettes uniquement pendant les week-ends et les vacances ».
« IL SE FÂCHE »
Mais au fur et à mesure, le vendredi a commencé à s’intégrer au week-end. Puis le jeudi, le mercredi… et toute la semaine. « C’est très difficile à contrôler. Ils ne lâchent rien », reconnaît Marie.
Bien qu’il soit « plutôt consciencieux » pour faire ses devoirs, Gianni s’est déjà vu retirer sa tablette par ses grands-parents, à cause de ses mauvais résultats scolaires. Il n’avait plus le droit d’y toucher, jusqu’à ce que ses notes s’améliorent. « Notre moyen de pression, c’est le travail scolaire. » Une sanction difficile à mettre en place, car « quand on le prive de sa tablette, il se fâche ».
Pourtant, Jean-France et Marie ont tenté de nombreuses alternatives pour le faire décrocher des écrans. Le sport ne l’intéresse guère, pas plus que la lecture, au grand dam de sa grand-mère. « Quand ils étaient petits, je leur lisais des histoires le soir. Mais plus ça va, moins ils lisent […] Dernièrement, j’ai essayé d’obliger Gianni à lire, mais il s’est énervé et a pleurniché. »
Une des solutions trouvées a été d’installer Google Family Link, une application de contrôle parental qui leur permet de gérer la tablette de leurs petits-enfants à distance, en autorisant – ou pas – l’accès à certains sites, jeux ou plateformes, et en définissant leur temps d’écran. Ainsi, « je suis prévenue de tous les téléchargements qu’ils font, explique Marie. Quelquefois, le plus grand s’énerve, car il n’est pas autorisé à faire certains jeux. Il me dit : “Retire-moi ça !” », s’amuse-t-elle.
COMMUNICATION
Aujourd’hui, Gianni essaie de « faire des efforts » par rapport aux écrans, en allant davantage jouer dehors. Un exercice compliqué. Il l’avoue : « Je suis frustré lorsque je n’ai pas ma tablette ».
Il a conscience qu’il y passe trop de temps. Mais, « comme chaque addiction, lorsqu’il faut passer à la pratique, c’est plus compliqué », souligne son grand-père. Ce dernier s’interroge, regard tourné vers son épouse : « Peut-être qu’il faudrait qu’on s’adapte et qu’on le fasse lire sur la tablette ? » Et Gianni d’ajouter, regard malicieux : « Oui, des fois lorsque je regarde des vidéos, j’apprends des choses ! »
Autour d’eux, de nombreux parents (et grands-parents) partagent la même inquiétude. Leur petit-fils n’est pas un cas isolé et loin d’être l’enfant le plus addict aux écrans, ils le savent. « C’est effrayant de voir des mamans donner leur téléphone à leurs bébés », confie Marie.
La prise de conscience de Gianni s’est faite à force de communication avec ses grands-parents. Une discussion avec son grand-père l’a particulièrement marqué : « Il m’a dit que certains enfants, à force d’être sur leur tablette, ne communiquaient plus. On leur parlait, mais ils ne répondaient pas et pouvaient tout casser pour avoir ce qu’ils veulent. »
Pour Marie et Jean-France : « Il faut leur en parler. C’est parfois compliqué pour eux de se rendre compte de leur comportement, donc c’est à nous de ne pas arrêter de les sensibiliser là-dessus, même si on peut parfois se sentir impuissants ».
Nikita Hoffmann

