[DOSSIER] Ils ne résisteront pas à l’appel du ballon

Des sportifs ou des supporters ont décidé de regarder la Coupe du monde 2022 par passion. Des débits de boisson ont prévu de diffuser les matchs pour satisfaire leur clientèle. Ils racontent pourquoi.

Ils ne manqueront pour rien au monde ce moment décisif. Ce magnifique but qui propulse leur équipe favorite au niveau supérieur. Cette ultime action qui renverse un match ou consacre un joueur. Le 20 novembre, des supporters ont décidé de regarder le Mondial. « Le ballon, c’est ma passion, j’ai 35 ans et je regarde le foot depuis mes 4 ans, commence Florent Milo. Je ne vais pas rater un Mondial alors que c’est tous les 4 ans. »

Le fan des Bleus ne se laissera pas « gâcher le jeu » par les polémiques de corruption, d’empreinte carbone, de travail forcé ou de droits humains. Oui, il s’en désole et les déplore, mais cela ne l’empêchera pas de regarder tous les matchs. « C’est le plaisir avant tout, je vois ça de loin. Cette Coupe n’aurait jamais dû être là-bas, c’était une grosse erreur. » Dans son groupe d’amis et de collègues « footeux », personne ne parle de boycott. Ils envisagent déjà de se rendre plus tôt au travail pour ne pas râter, pendant le trajet en voiture, les rencontres qui commencent à 6 heures. « Le boycott, c’est pour ceux qui ne sont pas très footeux à la base, qui sont moins passionnés », analyse-t-il.

 

Selon un sondage de l’ONG Amnesty International sur un panel de 1 018 adultes français, 48 % ne veulent voir aucun match.

 

Ce n’est pas le cas de Bastien Antoine. Le responsable du site internet FOOTNC couvre l’actualité calédonienne de la discipline depuis trois ans. Lui non plus n’a pas envisagé le boycott. « C’est l’occasion de voir jouer les pays africains, sud-américains… Des pays pour lesquels le football est aussi synonyme de fête. » Téléspectateur du Mondial depuis 1994, il soutiendra le onze français et la sélection argentine. « Je comprends ceux qui ont la volonté de [boycotter]. C’est courageux de se priver de quelque chose qu’ils aiment pour démontrer leur opposition, nuance-t-il. Les polémiques sont fondées ! Mais aujourd’hui, ce n’est pas le seul pays où les droits de l’homme ne sont pas forcément respectés. »

L’observateur du ballon rond calédonien n’est en revanche pas emballé par l’attribution de l’événement au Qatar. En 2018, l’organisation en Russie ne l’avait pas non plus fait rêver. Et en 1994, les États- Unis « n’étaient absolument pas un pays de football ». « Il n’y avait jamais eu la Coupe dans un pays arabe, explique Gilles Tavergeux, président de la Fédération calédonienne de football (FCF) élu en 2020. Il faut donner à tous les continents la possibilité de l’organiser. »

DU SPORT, RIEN QUE DU SPORT

En 2010, les onze fédérations de l’Océanie, dont la FCF, avaient voté ensemble pour le Qatar. « Elles ont voté sans penser aux problématiques. Cette décision a été prise en 2010, ce n’est pas la mienne, mais je la suis et je l’assume », poursuit Gilles Tavergeux. En mars dernier, l’équipe des Cagous a même tenté sa chance aux éliminatoires contre les Fidji, la Papouasie-Nouvelle-Guinée et la Nouvelle-Zélande.

Le président de la FCF se rend une nouvelle fois au Qatar pour l’ouverture de la compétition la semaine prochaine. Il assistera à la première rencontre entre les Qataris et les Équatoriens, puis au match Sénégal – Pays-Bas. « Je suis un sportif, j’aime le sport, je ne vais pas dire au Qatar de changer, se défend Gilles Tavergeux qui se dit surtout impressionné par le « gigantisme » des installations qataries. Si la majorité des fédés ne veulent pas aller au Qatar, on se pliera. Mais ce n’est pas le cas. »

Près de 3 millions de spectateurs sont attendus à Doha pour le Mondial qui débute le 20 novembre. Des milliards de téléspectateurs regardent la compétition organisée tous les quatre ans. / Kirill KUDRYAVTSEV via AFP

Pour la plupart des fans, le véritable problème du Mondial demeure le décalage horaire. Surtout en Nouvelle-Calédonie avec des heures de diffusion des matchs matinales, voire nocturnes. Un souci qu’ils partagent avec les tenanciers de bar. Les polémiques liées à la Coupe du monde n’ont pas leur place entre l’écran et le zinc. « On diffuse ce qu’on veut », assure Élodie Gopea du Sports Bar qui a programmé les matchs de la France et toutes les grosses affiches.

Dans les bars, les gérants se passent difficilement de l’aubaine d’un événement sportif aussi important. « Le foot et le rugby ramènent du monde, explique Guillaume du restaurant-bar La Case. Ça anime aussi, on diffuse tous les événements sportifs. » La Guinche envisage d’élargir ses horaires pour offrir les confrontations les plus intéressantes dès 6 heures ou jusqu’à 2 heures du matin. « Si la France passe les quarts, il y aura du monde », commente Jean- Jacques Josseau, directeur de l’établissement de la Baie-des-citrons.

L’ONG Amnesty International, qui enquête au Qatar depuis 2010, n’appelle d’ailleurs pas au boycott. Elle négocie avec la Fifa pour l’instauration d’un fonds d’indemnisation. Selon un de ses sondages, 66 % des personnes interrogées dans 15 pays différents sont favorables à cette proposition.

Brice Bacquet

Photo : En 2018, la victoire des Bleus avait été retransmise dans de nombreux bars et en extérieur. / © Greg Looping, Hans Lucas via AFP

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