[DOSSIER] Ils baissent le rideau

Géré par Valérie Zaoui, le magasin Vintage & Design était situé au Quartier-Latin depuis sept ans. Il fermera officiellement le 30 septembre. La marque de meubles design Gautier, dont le local situé à Ducos a été incendié durant les émeutes, reprendra cet espace. (©N.H)

Par manque de fréquentation ou de trésorerie, certains commerçants ou restaurateurs du centre-ville de Nouméa ont récemment fait le choix de fermer leurs portes. Parmi eux, des enseignes très connues et appréciées des Calédoniens, comme Vintage & Design, le restaurant japonais Kobeya et la Caverne d’Ali Baba.

Avec une affiche « Soldes » collée sur la devanture de sa boutique, comme bon nombre de commerces en cette période, rien ne laisse penser que Valérie Zaoui, gérante de Vintage & Design, situé au Quartier-Latin, s’apprête à fermer définitivement son magasin.

À la suite des émeutes de mai 2024, une part importante de sa clientèle a quitté le territoire et ceux qui sont restés « ont arrêté de consommer des produits de décoration ». « Ils se sont concentrés sur les dépenses essentielles, explique-t-elle. Du coup, tous les achats liés au plaisir sont passés au second plan. »

Passionnée par la décoration, et elle-même cliente de la boutique autrefois, Valérie Zaoui l’avait rachetée il y a deux ans. Malheureuse- ment, elle ne disposait pas d’une trésorerie assez importante et n’a pas réussi à « passer le cap » des émeutes. « Il y a certains samedis, avant que je passe en liquidation, je n’ai vu personne passer dans la rue ou entrer dans le magasin », raconte la commerçante. Après des mois « très compliqués », à se demander « s’il fallait continuer », Valérie Zaoui, qui gère une autre entreprise en parallèle, a décidé d’arrêter les frais. « Quand on est chef d’entreprise, c’est difficile de lâcher sa société. Pourtant ça fait partie des compétences nécessaires : savoir dire stop, pour ne pas creuser un puits ».

Depuis sa création il y a sept ans, Vintage & Design proposait des pièces de décoration vintage et contemporaine, en très petite quantité. « Cela permettait d’avoir une belle pièce chez soi, sans la retrouver chez une autre personne », décrit la gérante.

Quelques mètres plus loin, le restaurant Kobeya a également baissé le rideau. Ouvert en 2021, l’établissement était connu pour ses plats japonais, estimés par beaucoup. Il était géré par Christophe et Saori Guérin, anciens propriétaires du bistrot Chez Toto. Plusieurs « moments durs », comme la période Covid et les émeutes, ont eu raison de la continuité du restaurant.

Leur clientèle, qui comptait beaucoup de fidèles venant manger sur place « deux à trois fois par semaine », a commencé à changer ses habitudes de consommation. « Avant, certains pouvaient prendre une bouteille de vin pour trois personnes, maintenant ils ne prennent même plus un verre. On voit vraiment la différence », décrit Saori Guérin. Pour cette dernière, qui n’a pas de parents ni de frère ou sœur sur le territoire, « Kobeya, c’était un peu ma famille ». « Cela fait 15 ans que je travaille avec l’une de nos employés en cuisine. Je pense que c’est ce qui me fait le plus mal », confie-t-elle.

« LE CENTRE-VILLE, C’EST COMPLIQUÉ »

Non loin de la place des Cocotiers, la fermeture prochaine de la Caverne d’Ali Baba n’aura pas non plus échappé à l’attention de quelques personnes. Les affiches « Avant fermeture, liquidation totale », accrochées de chaque côté de l’entrée du magasin, ne sauraient être plus explicites.

L’établissement existe pourtant depuis 42 ans. Créé par Jacques et Émeline Germain dans les années 1980, le magasin de jouets a « accompagné plusieurs générations de Calédoniens », raconte leur fille, Laetitia Germain. La situation du centre-ville, avec son « manque de dynamisme » et « un accès compliqué aux places de parking », faisait réfléchir depuis quelque temps la petite famille sur un potentiel déménagement.

Les émeutes de 2024 ont accéléré le processus. Avec cette fermeture, c’est « une décision rationnelle que l’on a dû prendre, explique-t-elle. « On ne voyait plus de potentiel d’évolution pour cette boutique. Le centre-ville, c’est compliqué depuis un long moment. Ce n’est pas un lieu de vie. Les gens viennent uniquement s’ils ont une chose précise à faire ou à acheter. Et avec ce qu’il s’est passé l’année dernière, nous n’avons plus le luxe de conserver ce point de vente ».

Les réactions à cette annonce ne se sont pas fait attendre. « On savait que cela toucherait quelques personnes, mais pas autant. Nous avons eu beaucoup de soutien et de beaux témoignages, certains ont pleuré en caisse », raconte Laetitia Germain.

Actuellement en déstockage, la boutique fermera officiellement ses portes le 6 octobre. Dans le futur, une boutique similaire pourrait rouvrir. « Mais pas maintenant », prévient sa cogérante. « Ce qui est sûr, assure-t-elle néanmoins, c’est que nous avons écrit une belle histoire et que le meilleur reste à venir ».

Nikita Hoffmann