Face à un marché atone sur le territoire, la start-up calédonienne, qui développe un procédé novateur de détection des incendies grâce à l’intelligence artificielle, a accéléré ses démarches à l’extérieur du Caillou. L’export représente aujourd’hui 90 % de son activité.
La start-up calédonienne a produit une solution innovante. Son principe, sous le nom FireTracking : aider les pompiers, les propriétaires de forêt, les collectivités publiques ou encore les acteurs industriels, à détecter les départs d’incendie en quelques secondes grâce à l’analyse vidéo par une intelligence artificielle à partir de caméras installées sur des points hauts.
Cette technologie permet ainsi de déclencher une intervention avant que le feu ne se trans- forme en catastrophe. Lors d’une mission en Nouvelle-Calédonie, « je me suis rendu compte que les superficies brûlées étaient similaires à celles du territoire hexagonal : 15 000 à 20 000 hectares partent en fumée chaque année. Sachant que cet endroit abrite le plus d’espèces endémiques dans le monde : 2 500 sur le Caillou, contre 5 000 sur toute l’Europe. Il y avait une vraie urgence à faire face au feu », se souvient Jean-Simon Chaudier. Cet ingénieur de formation, passé par le conseil en stratégie et transformation digitale dans de grandes organisations, a accompagné la province Sud à identifier les solutions permettant de repérer automatiquement les feux.
FireTracking a vu le jour dans l’archipel en 2022. La société est adossée à une autre start-up qui, contre une prise de participation, a mis à disposition des compétences. Selon l’initiateur de la technologie, cofondateur et PDG de l’entreprise, « trois docteurs de Polytechnique et de Normale Sup’ [l’École normale supérieure] travaillent sur FireTracking depuis son démarrage » au niveau de l’intelligence artificielle. Des partenariats sont noués avec des distributeurs et des intégrateurs pour pouvoir déployer les systèmes chez les clients. Jean-Simon Chaudier et ses collègues se concentrent, eux, sur le logiciel.
FREIN
Pendant plus de deux ans, FireTracking a œuvré dans la recherche et le développement avec ses premiers clients sur le territoire, la province Sud et la ville du Mont-Dore où deux caméras sont disposées depuis octobre 2023 pour une surveillance de toute la vallée de La Coulée et une partie de la réserve naturelle de la montagne des Sources. Le bilan est positif : « réduction des surfaces brûlées dans la zone surveillée de 95 % ».
Mais, aujourd’hui, il n’y a plus de nouvelles commandes. « Le contexte économique, mais aussi politique fait que nos projets sont à l’arrêt », observe le PDG de la société novatrice. Au regard du schéma de compétences en Nouvelle-Calédonie, les clients de ces solutions sont les communes. Au-delà du frein ponctuel avec les élections municipales, et plus persistant face à l’incertitude institutionnelle, la captation de fonds français et européens pour financer ces opérations d’envergure n’est pas simple pour ces collectivités.
Tout comme le déploiement de ces programmes avec des prestataires de pointe. De fait, les regards se sont tournés vers l’extérieur. Le coût sur le marché pour deux caméras, clé en main, sur un site pendant cinq ans s’élève entre 100 000 euros, soit 12 millions de francs, et 250 000 euros, ou 30 millions de francs. Les prix pratiqués par FireTracking se situent dans cette fourchette.
« LA RÉGION, VOIRE AU-DELÀ »
Il y a un an et demi, le produit a été commercialisé dans l’Hexagone. La société a gagné le marché public en Indre-et-Loire, pour équiper la totalité du département, soit plus de 6 000 km2. Les représentants des Bouches-du-Rhône viennent de signer un contrat. Et trois autres circonscriptions sont sur la liste. FireTracking mise aussi sur l’international. Un projet est lancé à Madagascar. Des discussions sont en cours avec le Brésil. Et des espoirs sont formulés en Australie. « Nous avons construit une entreprise qui n’était pas centrée sur la Nouvelle-Calédonie par nature. L’entreprise a une vocation d’expansion internationale et d’export dès le début, explique Jean-Simon Chaudier. La moindre entreprise qui se créée aujourd’hui ne doit pas faire une étude de marché uniquement sur la Nouvelle-Calédonie, mais sur la région, voire même au-delà. » Et ce, en particulier dans les secteurs de la tech, de l’innovation… Une fois la clientèle cible définie, les structures Team France Export et Business France peuvent donner un coup de pouce.
Yann Mainguet
Alerte !

Une fois connecté à l’application, sur téléphone, tablette ou ordinateur, le professionnel à la vigie perçoit un signal visuel et sonore. L’alarme est localisée sur une carte et offre, par un clic, un accès aux dernières images de la détection. Il est possible de remonter quelques minutes dans le passé pour comprendre la genèse du feu. Une autre caméra dite de « levée de doute » équipée d’un zoom peut être activée. Les pompiers confirment ainsi ou non à distance l’événement, déterminent les moyens à envoyer sur place, à quel moment… Une simulation de la propagation possible les aide également. Tout comme les coordonnées GPS du sinistre.

