Comment redresser les comptes sans aggraver la crise ?
Faire contribuer davantage, réduire une dépense ou soutenir l’emploi : chaque option déplace une charge. Les scénarios de Loïc Steffan servent à en discuter les effets, pas à annoncer un programme ou une recette garantie.
Qui pourrait davantage contribuer sans faire reculer l’activité ?
Loïc Steffan regarde d’abord les hauts revenus, les revenus du capital et les rentes dans certaines activités abritées ou fortement concentrées. Un prélèvement sur le bénéfice d’une entreprise qui dispose d’une rente peut s’avérer efficace, au contraire d’une taxe sur son chiffre d’affaires qui risque plus facilement de se traduire par une hausse de prix. À l’inverse, il préconise de préserver les ménages modestes et les activités exposées à la concurrence internationale. Les hauts revenus contribuent déjà largement à l’IRPP, la mobilité des personnes et des capitaux limite aussi ce qu’une hausse d’impôt peut rapporter.
Peut-on trouver tous les milliards manquants en augmentant les impôts ?
Non. Loïc Steffan chiffre à 20 à 28 milliards nets par an un ensemble de mesures visant capital, patrimoine et certaines entreprises. Dans une combinaison fiscale plus large, le plafond estimé serait de 25 à 34 milliards. Ces fourchettes se recouvrent et ne peuvent pas être additionnées. Loïc Steffan souligne qu’elles dépendent d’assiettes mal connues et des réactions économiques qui ne sont pas nécessairement arithmétiques.

Une niche est une recette que la collectivité renonce à prélever pour soutenir une activité ou un comportement. L’économiste Samuel Gorohouna chiffrait celles recensées entre 2013 et 2015 à au moins 23,6 milliards par an, c’est un minimum ancien, pas une réserve mobilisable aujourd’hui. Supprimer un avantage peut modifier les investissements et diminuer le rendement attendu. Il faut donc publier son coût actuel, ses bénéficiaires et les emplois ou services réellement obtenus en échange. C’est un choix entre plusieurs usages possibles de la ressource publique. « Il est possible qu’en supprimant une dépense fiscale, on ne récupère pas les sommes attendues parce que les contribuables auront changé leur comportement », écrivait Samuel Gorohouna.
Une relance de la consommation pourrait-elle compenser les pertes ?
Dans une économie ouverte, le pouvoir d’achat supplémentaire peut repartir en importations. Loïc Steffan fixe trois conditions pour la réussite d’une relance par la consommation : aider d’abord les ménages modestes, orienter la demande vers des biens et services produits localement et mobiliser de préférence un financement extérieur sous forme de subvention. Une relance payée par une hausse générale de la TGC retirerait aux ménages une part de l’aide accordée. Et plus d’acheteurs ne recréent pas immédiatement les commerces et ateliers détruits. Loïc Steffan met en avant l’importance de définir une réelle politique industrielle hors nickel pour l’archipel.
Comment savoir si une protection ou une dépense publique vaut son coût ?
Il faut comparer ce qu’elle coûte aux consommateurs et aux contribuables avec les emplois, les services et les recettes qu’elle produit réellement. L’Autorité de la concurrence constatait, en octobre 2024, que le rapport annuel au Congrès prévu pour les protections de marché n’avait jamais été remis. Les engagements des bénéficiaires et l’effet précis sur les prix restent trop mal documentés pour trancher. Une politique peut être utile, mais sans échéance, données accessibles et évaluation, nul ne sait quel est le prix de son utilité. Ce manque d’instruments de pilotage est l’autre enjeu de la crise.
M.D.



