[DOSSIER] Fabrice Dufresne, de l’IEOM : « L’offre diversifiée répond actuellement aux principaux besoins »

« Pour schématiser, l’écosystème bancaire se résume à quatre types d’acteurs : les établissements de crédit, de monnaie électronique, de paiement et les prestataires de services d’information sur les comptes », liste Fabrice Dufresne, directeur de l’IEOM Nouvelle-Calédonie. © Y.M.

L’Institut d’émission d’outre-mer (IEOM), qui assure le rôle de banque centrale dans les trois collectivités françaises du Pacifique, se place au centre d’un marché en pleine évolution. Échanges avec son directeur Fabrice Dufresne à Nouméa.

DNC : Quel est aujourd’hui le paysage de la place bancaire calédonienne ? Le marché est-il « trop » étoffé vu la taille du territoire ?

Fabrice Dufresne : La place bancaire calédonienne compte aujourd’hui dix établissements de crédit implantés localement, dont quatre banques commerciales (BCI, BNC, SGCB, BNPP NC), quatre sociétés de financement (Socalfi, BPCE Lease Noumea, Nouméa crédit, Crédit calédonien et tahitien), un établissement de crédit spécialisé (Crédit agricole mutuel) et la Banque des territoires. L’offre est complétée par le Centre financier de Nouméa, service de l’OPT. En parallèle, des établissements non installés localement complètent l’offre de financement, principalement l’AFD, Agence française de développement, la Casden (représentée par la SGCB et la BCI), la Banque européenne d’investissement et Bpifrance.

À l’offre bancaire traditionnelle, s’ajoutent deux associations de microcrédit : l’Adie, institution de microfinance, et Initiative Nouvelle-Calédonie. Par ailleurs, ces dernières années, de nouveaux acteurs proposant des services bancaires en ligne sont apparus en Nouvelle-Calédonie : Be-bunk (agent de Xpollens, lui-même établissement de monnaie électronique 1) et Deblock (également EME).

L’offre bancaire et financière diversifiée et relativement complète répond actuellement aux principaux besoins des acteurs économiques relevant du secteur public comme du secteur privé.

Comment qualifiez-vous l’état de santé des établissements bancaires ?

En 2025, les quatre banques installées localement représentent 66 % des crédits octroyés, ce qui les positionne donc comme les principaux bailleurs de fonds de l’économie calédonienne. Malgré un certain redressement, elles restent durablement affectées en 2025 par les conséquences de la crise insurrectionnelle de 2024. L’activité de crédit peine à se redresser, tandis que la collecte continue de se contracter légèrement.

Le produit net bancaire (PNB) cumulé des banques poursuit son repli pour retrouver son niveau de 2008, sous l’effet de la baisse des revenus issus des intérêts et des commissions. Le résultat net cumulé s’établit à 1,5 milliard de francs, après une perte historique de -5,1 milliards en 2024, ce rebond étant principalement lié à une nette diminution du coût du risque et, dans une moindre mesure, à une baisse des frais généraux.

Le produit net bancaire, soit le chiffre d’affaires des banques de la place, chute depuis 2022. Cette tendance peut-elle être répercutée sur l’offre aux clients ?

Effectivement la baisse du PNB des quatre banques est observée depuis 2022, mais a été sans conséquence sur l’offre de produits et services, qui continue de se développer à l’attention de leur clientèle.

L’IEOM a continué d’apporter les ressources au système bancaire local dans un contexte de déficit structurel de la clientèle entre les dépôts collectés et les crédits octroyés

Les crises sévères en Nouvelle-Calédonie affectent-elles la capacité de refinancement de l’IEOM sur la place ?

Depuis les différentes crises (Covid-19, crise nickel depuis 2023 et la crise insurrectionnelle de 2024), l’IEOM a continué d’apporter les ressources au système bancaire local dans un contexte de déficit structurel de la clientèle entre les dépôts collectés et les crédits octroyés, même si celui-ci s’est fortement contracté depuis mi-2024. L’encours du refinancement de l’IEOM en faveur des banques calédoniennes s’élève actuellement à 124 milliards de francs. L’IEOM reste attentif aux évolutions économiques et monétaires et veille à préserver la liquidité bancaire dans la zone franc Pacifique, tout particulièrement au vu de la situation en Nouvelle-Calédonie et des besoins de financement de la reconstruction de son économie.

L’IEOM a également baissé ses taux directeurs de 200 points de base (2,00 %) entre juin 2024 et juin 2025 dans un contexte de net apaise- ment des tensions inflationnistes durant cette période, avant de les augmenter de 25 points de base (0,25 %) depuis juin 2026, compte tenu de la résurgence de pressions inflationnistes au sein de la zone du franc Pacifique.

Quel est le cadre réglementaire pour les banques en ligne désireuses d’exercer en Nouvelle-Calédonie ?

La Nouvelle-Calédonie, tout comme la Polynésie française et les îles Wallis-et-Futuna, n’est ni membre de l’Union européenne, ni partie à l’accord sur l’Espace économique européen. Cela signifie que les dispositions vulgarisées sous le terme de « passeport européen » ne sont pas applicables sur ces territoires. En conséquence, seuls les établissements financiers, y compris les prestataires de services de paiement en ligne, disposant d’un agrément délivré en France par l’ACPR (l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution), peuvent y exercer leurs activités. Les agréments obtenus dans d’autres pays européens ne sont ainsi pas reconnus.

La clientèle privilégie le plus souvent une offre d’appel généralement gratuite pour des services de base

Quelle perspective voyez-vous pour les nouveaux services de paiement en Nouvelle-Calédonie ?

Portés par le progrès technologique et l’usage des nouvelles technologies numériques et digitales, de nouveaux acteurs et intermédiaires financiers ont émergé offrant des services bancaires en ligne ou accessibles par des applications 100 % mobiles et agréées pour intervenir en Nouvelle-Calédonie. Ces offres répondent aux besoins de la clientèle calédonienne en évolution permanente : accéder à des solutions de paiement avec des frais le plus souvent réduits pour les services bancaires de base et avec une entrée en relation à distance optimisée (ouverture de compte en quelques minutes).

La clientèle privilégie le plus souvent une offre d’appel généralement gratuite pour des services de base (virement instantané et carte bancaire à autorisation systématique) et payante pour des services plus élaborés (règlements à l’étranger, produits d’épargne ou d’investissement ou d’assurance).

Face aux enjeux des nouveaux moyens de paiement, l’IEOM devra-t-il procéder à des adaptations de sa mission de banque centrale sur le territoire ?

Dans le cadre de la stabilité financière, les missions de l’Institut d’émission d’outre-mer restent inchangées. En particulier, l’IEOM assure dans son périmètre d’intervention le relais des autorités de supervision et de contrôle de la réglementation bancaire et financière : la Banque de France, l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) et l’Autorité des marchés financiers (AMF).

Dans le strict cadre de ces missions, l’IEOM peut être amené à examiner toute demande formulée par un ou plusieurs acteurs proposant des prestations de service de paiement en vue de les orienter auprès des autorités compétentes. L’IEOM exerce également une mission de surveillant des systèmes et moyens de paiement scripturaux 2.

Propos recueillis par Yann Mainguet

1. Établissement qui émet et gère de la monnaie électronique pouvant être définie comme l’équivalent numérique de l’argent liquide. 2. Cartes bancaires, chèques, virements et prélèvements.