[DOSSIER] Exporter pour survivre

« Notre leitmotiv via Team France Export : que, demain, les entreprises calédoniennes soient des multinationales calédoniennes. C’est un signe de robustesse », estime Christopher Lorho, de la CCI. © Image d'illustration

« J’étais parti chercher du plus. Et je me rends compte qu’actuellement, avec la crise, c’est l’export qui me permet de tenir la société à flot. L’export, qui représente environ 35 % de mon chiffre d’affaires, me sauve. » Cyril Capecchi, gérant du bureau d’études techniques en structure de bâtiments, Structure Concept, à Nouméa, voit, depuis 2024, ses prestations de service à l’extérieur du Caillou, comme « une nécessité », et non plus des parts de marché supplémentaires. Après une visite à Fidji en 2019 avec une délégation économique, le projet d’exporter son savoir-faire a germé. Un premier contrat est signé à Wallis-et-Futuna. Puis un deuxième. Structure Concept décroche la rénovation du dépôt pétrolier de Port-Vila, au Vanuatu, avant celui de Tonga. Les travaux sont en cours. « Un dossier nous amène à un autre dossier. Petit à petit, le réseau se construit », note Cyril Capecchi, qui n’a pas dû casser les prix pour remporter ces appels d’offres. Le coût horaire de bureaux d’études australiens et néo-zélandais est bien supérieur à celui présenté par le Calédonien.

Cet exemple « Made in Noumea » illustre au moins deux points. La situation économique du territoire est telle qu’il est conseillé de regarder aussi au-delà de ses rivages. Enfin, si l’investissement dans les billets d’avion, réservations d’hôtel et programmations de rencontres est, au début, incontournable, mais des aides existent, la réussite est possible à l’export.

Dès octobre 2023, alors que les indicateurs de l’économie fléchissaient déjà, la Chambre de commerce et d’industrie insistait sur cet axe de développement, ou davantage, de survie, désormais. « L’ouverture de la Nouvelle-Calédonie vers les marchés à l’international constitue une voie de diversification et un relais de croissance possible pour redynamiser son économie. Un projet ambitieux qui demande un gros travail de préparation et des orientations stratégiques claires. »

La balance commerciale est nettement déficitaire. Au quatrième trimestre 2025, la valeur des importations s’élève à 63 milliards de francs, tandis que celle des exportations atteint 38 milliards, rapporte l’Institut de la statistique et des études économiques dans sa note de conjoncture sur le commerce extérieur. Il reste donc beaucoup à faire pour à la fois engager une vraie relance dans l’archipel et réduire les dépendances vis-à-vis de l’extérieur.

NICHE OU PREMIUM

« Il y a deux types de société », explique Christopher Lorho, membre consulaire de la CCI. Tout d’abord, « celles qui étaient déjà à l’export depuis plusieurs années ». Et à la suite de l’apparition de la crise, « elles ne se sont pas effondrées », le volume d’affaires réalisé dans le Pacifique Sud ou ailleurs amortissant quelque peu le choc. Ensuite, « des sociétés calédoniennes ont compris que l’export était important, une fois que Koniambo Nickel a fermé ou que le 13 mai est arrivé ».

Christopher Lorho le constate, ces aspirations créent « une dynamique », une émulation. Cet engagement « prend du temps et coûte de l’argent », néanmoins des entreprises ont entamé la démarche depuis quelques mois, « et nous commençons à voir des résultats très probants ». Les entités dont la trésorerie est contrainte ne pourront pas aller très loin sans le soutien des banques et autre Banque publique d’investissement (BPI). Les outils financiers à disposition pour leur développement, comme l’assurance prospection, sont beaucoup plus intéressants que par le passé, de l’avis d’entrepreneurs.

Différentes options existent pour se lancer à l’international, comme celle d’intégrer un groupe de sociétés se partageant les interventions techniques dans un projet de chantier. L’un, les études, l’autre, le béton, etc. Il est vrai, la vente de produits manufacturés calédoniens peut être plus compliquée. Pour une raison de prix, de transport, d’évidente concurrence… Cependant, cibler des marchés dit premium ou de niche, à l’image de la crevette, est une voie.

Le gouvernement local, le cluster NCT&I et la CCI ont mis en place une organisation coordonnée depuis un an et demi. Ce qui permet de gagner en efficacité, mais aussi d’assoir une dimension diplomatique. « Nous avons davantage de leviers », se félicite Antoine De Palmas, coprésident de l’association dédiée au soutien en faveur de l’export, citant, entre autres, l’implantation de délégués de l’Agence française de développement (AFD) dans la partie régionale de l’axe Indo-Pacifique. Produits et services calédoniens veulent élargir leur terrain de jeu, au-delà du nickel, mastodonte des exports depuis des décennies.

Yann Mainguet