[DOSSIER] Eugénie Kerleau : « Nous sommes tous ambassadeurs de notre territoire »

Eugénie Kerleau dirige Sud Tourisme depuis septembre 2025. Cette société publique locale, financée par la province Sud et ses communes, pilote 5 Offices de tourisme et représente plus de 500 prestataires. Sa plateforme de vente en ligne commercialise 230 prestataires locaux, et 460 produits touristiques. 164 producteurs et artisants et 1158 références sont proposés dans les Offices de Tourisme. © Chloé Maingourd

Sud Tourisme s’attache à la relance du secteur, avec un accent sur le tourisme résidentiel et l’hospitalité. Selon sa directrice, Eugénie Kerleau, il s’agit de s’adapter à l’évolution des envies et des budgets, avec cette idée que les Calédoniens sont les meilleurs consommateurs et représentants de leur destination.

DNC : Qu’attendez-vous du Salon du tourisme 2026, votre grand rendez-vous de l’année ?
Eugénie Kerleau : Il s’agit d’une vitrine de l’offre touristique en province Sud et notre objectif est d’apporter de la visibilité aux prestataires, des plus connus aux plus petits, qui manquent parfois d’outils. Le salon, comme notre marketplace et nos Offices de Tourisme, met en avant la diversité de l’offre et crée du lien entre les professionnels et le public. Le parc Brunelet, en cœur de ville (Nouméa), est un endroit qui s’y prête bien.
Les Calédoniens, les nouveaux arrivants et les visiteurs présents pourront préparer leurs vacances ou leurs week-ends, découvrir ce qu’ils ont à portée de main et passer un moment familial et festif (marché de producteurs, animations, zone de pique-nique). Dans le contexte actuel, nous voulons surtout raviver l’attachement au territoire, la confiance et l’envie de sortir. C’est un moment pour recréer du lien et repartir avec une bouffée d’oxygène et d’optimisme.

Vous insistez sur le rôle des Calédoniens dans cette économie touristique…
Notre enquête de perception, début 2025, montrait que 60 % des personnes interrogées prévoyaient de réduire leur consommation touristique. Nous observons que leurs premiers achats sont les activités : des sorties de proximité, souvent plus abordables, qui se vivent en famille. C’est aussi la première offre achetée sur notre marketplace et demandée dans nos offices.
Les activités sont également un excellent levier pour faire rayonner l’ensemble de l’offre touristique telle que l’hébergement et la restauration. Nous avons donc beaucoup travaillé sur le tourisme résidentiel pour reconnecter les Calédoniens à leur territoire par le sport, le patrimoine naturel et culturel, avec une idée simple : une paire de baskets ou un vélo et on part (re)découvrir un patrimoine unique au monde.

Le tourisme, dans le Sud, souffre-t-il à la fois d’une érosion du tourisme
international et local ?
C’est effectivement un double défi mais le secteur est en mouvement. Nous observons un retour progressif des arrivées internationales. Et côté local, nous constatons aussi des signaux de reprise : davantage d’achats de produits touristiques en ligne et plus de demandes en offices de tourisme. Depuis 2024, le secteur a été très fragilisé, et si les acteurs restent mobilisés, ils ont besoin de beaucoup de soutien.

Je vois davantage une mobilisation collective qu’un abandon

Observez-vous une désaffection des professionnels, qui quittent le secteur ?
Si nous constatons globalement peu de fermetures, pour ceux dont c’est le cœur de métier en particulier, la situation est très difficile. Malgré tout, je vois davantage une mobilisation collective qu’un abandon : ce sont des passionnés, attachés à leur territoire, aimant partager. La province Sud a mis en place des aides et nos conseillers suivent les prestataires de près. Nous organisons aussi des réunions d’information par bassin pour les accompagner, notamment sur la digitalisation, l’adaptation de leur offre et la réponse aux nouvelles attentes touristiques.

De quelle manière la demande touristique a-t-elle évolué ?
Depuis le Covid, il y a vraiment eu un changement de paradigme dans le monde, vers un tourisme qualitatif, qui a du sens, authentique. De nombreuses mobilisations contre le tourisme de masse ont été observées partout dans le monde. L’exemple de la cité de Carcassonne illustre bien cette idée : ils ont limité les flux, mais n’ont pas perdu en chiffre d’affaires, parce que les visiteurs ont finalement consommé davantage et beaucoup plus échangé avec les prestataires. Nous allons aussi vers le sur-mesure, l’hyperpersonnalisation.
La Nouvelle-Calédonie, qui ne se positionne pas sur le tourisme de masse, s’inscrit tout à fait dans cette tendance. Nos conseillers en séjours, au cœur des offices de tourisme, proposent aux visiteurs internationaux des expériences qui correspondent vraiment à leurs envies.

Le tourisme sportif est un vrai vecteur de cohésion avec le terrain de jeu incroyable qu’est la Nouvelle-Calédonie

Quelle stratégie défendez-vous pour relancer le secteur ?
Elle s’articule autour de quatre axes. Le premier est le tourisme comme levier d’attractivité territoriale et de valeur ajoutée économique, sociale et environnementale lorsque l’on promeut un tourisme durable. Ensuite, développer et renforcer l’hospitalité, puis consolider le maillage territorial pour que la destination Province Sud soit un territoire vécu, pas seulement visité. Enfin, viser un impact positif : chaque expérience doit contribuer au rayonnement de la destination, à la cohésion territoriale et à la relance économique.
Dans ce cadre, le tourisme sportif est un vrai vecteur de cohésion avec le terrain de jeu incroyable qu’est la Nouvelle-Calédonie ; le tourisme vert s’appuie sur un patrimoine naturel exceptionnel et l’offre expérientielle, dont l’agritourisme, répond à cette demande d’authenticité et de nouveauté.

La Baie d’Oro, l’une des plus belles de l’Île des Pins. © Sud Tourisme – Charlotte Bertonneau – Patrice Hauser

Avec quels outils concrets comptez-vous accélérer la relance ?
Nous avons pour projet de développer des passeports touristiques proposant des circuits thématiques (patrimoine naturel, culturel, voire industriel). L’idée serait, par exemple, un pass musées, parcs ou des visites thématiques multi produits (activités, repas) — des formats qui fonctionnent très bien. Cela permettrait de faire découvrir de nouvelles offres, d’affirmer l’image d’une destination plurielle et de donner davantage de sens au tourisme par une notion qui nous est chère « le partage ».

L’image de la Nouvelle-Calédonie est-elle encore altérée sur les marchés extérieurs ?
Oui, l’image a été très dégradée et elle met du temps à se reconstruire. Nouvelle-Calédonie Tourisme travaille sur la promotion du territoire à l’international. De notre côté, nous agissons en complémentarité sur le tourisme résidentiel en province Sud. Parce que nous sommes tous ambassadeurs de notre territoire et que si les habitants sont convaincus, ils en parlent positivement.
Le tourisme contribue à attirer mais aussi à fixer les populations. L’hospitalité compte énormément : l’accueil des nouveaux arrivants, des visiteurs affinitaires et internationaux, y compris pour les croisiéristes, donne la première impression. Lorsqu’un paquebot débarque 2 000 ou 3 000 personnes, ce sont autant de relais potentiels pour la destination.

Nous avons accueilli 43 000 visiteurs dans nos offices en 2025, près de 2 fois plus qu’en 2024

Le tourisme de l’île des Pins profite-t-il d’un report de visiteurs ne pouvant se rendre aux Loyauté ?
Nous n’avons pas d’indicateur permettant de l’affirmer. En revanche, les liaisons aériennes et maritimes vers l’île des Pins fonctionnent, ce qui joue forcément sur la fréquentation. L’île reste une destination plébiscitée par les visiteurs internationaux. Les prestataires sont restés mobilisés et nous travaillons avec eux sur la relance, avec des actions de promotion, des événements, leur présence au salon du tourisme.
Nous commençons d’ailleurs à voir des effets sur le remplissage des vols Aircal, avec une part de touristes en hausse. L’île des Pins est une destination emblématique du Sud, un joyau. Mais le secteur a été fragilisé partout et nous soutenons toute la province, qui a d’autres atouts exceptionnels : Deva, le parc de la rivière Bleue, la Brousse…

Vous fixez-vous des objectifs précis en nombre de visiteurs pour 2026 ?
L’enjeu est d’avoir un retour important des touristes et de la consommation locale. L’ensemble des acteurs du territoire, institutionnels et privés sont très engagés. Nous espérons que cette relance progressive va se poursuivre. Nous avons accueilli 43 000 visiteurs dans nos offices en 2025, près de 2 fois plus qu’en 2024, nous mettons tout en œuvre pour poursuivre dans cette voie. La relance économique permettra la relance touristique.

Comment toucher une clientèle locale, qui consomme moins avec la crise ?
En misant sur le tourisme de proximité et sur des leviers très concrets de visibilité et d’accessibilité, comme notre marketplace, les événements qui rassemblent une large gamme d’offres et la valorisation des activités, premiers produits achetés. En nous appuyant sur les événements sportifs et culturels que nous soutenons pour connecter les participants au tissu touristique environnant.
Nous proposons aussi sur notre plateforme des bons cadeaux à différents prix, avec lesquels les personnes peuvent choisir une prestation. Au salon, le jeu « Destination Sud » permettra également de faire gagner des bons aux Calédoniens.

Propos recueillis par Chloé Maingourd