[DOSSIER] Élections municipales à forte dose politique

Les élections municipales ont déplacé 56,08 % des électeurs au premier tour, dimanche 15 mars, comme ici, à Païta, où le ton de la campagne est resté cordial. © Yann Mainguet

Pourquoi s’en étonner, tous les ingrédients sont rassemblés. La campagne des élections municipales, puis le scrutin lui-même, se sont installés dans un champ très politique, bien éloigné des enjeux de proximité. La cause est vite trouvée : la Nouvelle-Calédonie a assisté, en juillet 2025 et en janvier dernier, à la signature des accords de Bougival et Élysée-Oudinot, et le territoire entrevoit désormais l’examen à l’Assemblée nationale du projet de loi constitutionnelle à la fin du mois ainsi que des élections provinciales, capitales, à court terme.

Traduction d’une forte opposition sur ce terrain institutionnel, les résultats diffusés au soir du premier tour des municipales, dimanche 15 mars, couronnent une fracture du paysage politique. Cette rupture même s’accentue. « Si on a pu observer quelques initiatives “citoyennes” », qui ont d’ailleurs brillé à Thio ou à Koné, « il y a toujours un positionnement très partisan, au sens d’appartenance au parti politique, qui continue de structurer la vie politique, notamment à l’échelle municipale », observe Pierre-Christophe Pantz, chercheur-associé en géographie géopolitique à l’université. Dans les urnes, les électeurs ont globalement promu deux blocs aux positions contraires, et à la ligne radicale.

À Païta, et surtout à Dumbéa et au Mont-Dore, les candidats soutenus par le mouvement Les Loyalistes ont viré en tête, et parfois même mis à mal le maire sortant. En ces zones blessées par les émeutes de mai 2024, les discours sur la sécurité – ou l’insécurité –, avec des accents patriotes très fermes et pro-Bougival, ont visiblement porté. L’implication de la présidente de la province Sud Sonia Backès, et du député Nicolas Metzdorf, a aussi joué en faveur d’un affichage « Loyalistes » très politique. Une percée est notée à Bourail, avec Levay Roy. À Nouméa, Sonia Lagarde, épaulée de colistiers de la formation, a raté la réélection de peu dès le premier tour.

14 COMMUNES SUR 33

Sur la rive opposée, l’Union calédonienne et le FLNKS nouveau format entendaient faire de ce scrutin un porte-voix contre les accords de Bougival et Élysée-Oudinot, jugés comme un rempart à la pleine souveraineté qui doit se centrer autour du peuple kanak. Là aussi, le message a été entendu : leurs candidats ont dominé les suffrages, dimanche soir, dans 14 communes sur 33, essentiellement sur la côte Est et dans deux des trois îles Loyauté, à Ouvéa et à Lifou. Plus encore, au-delà des communes de moins de 1 000 habitants, les quatre élus dès le premier tour, en terre drehu, à Touho, à Yaté et à Hienghène, sont tous de sensibilité UC et/ ou FLNKS.

La division indépendantiste sur l’autel de points de vue opposés sur l’accord de Bougival, a tourné au net avantage du parti d’Emmanuel Tjibaou. L’UNI, qui a signé le texte, est en difficulté. La troisième voie avec Calédonie ensemble et l’Éveil océanien a bien du mal à exister, sauf à Païta.

Toute la semaine, dans de nombreuses communes encore ouvertes au second tour dimanche 22 mars, les discussions sont allées bon train en vue de soutiens, voire d’alliances entre listes. Les électeurs donneront le la final, mais d’ores et déjà, ce scrutin précise la capacité de mobilisation des mouvements Les Loyalistes et UC-FLNKS, qui ont pris le leadership de leur sensibilité respective. Et ce, en vue des élections provinciales, mais aussi, avant, de la soumission à l’approbation des Calédoniens de l’accord politique de Bougival, si – et la conjonction est importante – le texte passe les épreuves parlementaires, ce qui n’est pas évident du tout. Le corps électoral sera différent de celui du vote communal. Toutefois, cette consultation placerait en opposition frontale deux blocs intransigeants à l’implantation géographique bien distincte. Ce qui augure un climat agité.

Yann Mainguet