L’alignement simple des chiffres surprend toujours. L’Océanie abrite 46 millions d’habitants, dont 13 en Mélanésie, des ressources naturelles considérables et un potentiel de développement énorme. Or, la boussole économique de la Nouvelle-Calédonie paraît quelque peu déconnectée de cet environnement favorable. À la lecture du rapport 2024 de l’Institut d’émission d’outre-mer, la France demeure le premier marché d’approvisionnement du territoire avec 40 % des importations en valeur, suivie de Singapour et tout de même de l’Australie (10 % de part de marché). Le pays-continent fournit la houille, des machines, des équipements et des produits alimentaires. Pour 26 milliards de francs, contre 102 milliards de marchandises françaises. La production de nickel chamboule l’équation des exportations, avec la Chine comme principal client de l’archipel, puis la Corée du Sud, le Japon, Taiwan, la France ou encore l’Espagne et les États-Unis. Les échanges commerciaux de la Nouvelle-Calédonie ne reflètent pas une réelle intégration économique dans son bassin de vie régional.
NOMBREUX AVANTAGES
Les visites dans les pays voisins se multiplient pour parler « business ». Les conférences et colloques s’enchaînent à Nouméa, l’événement intitulé « Concurrence et intégration économique régionale – Enjeux et défis pour les petites économies insulaires » s’est tenu du 27 au 29 août avec des experts internationaux. Mais pourquoi ? Parce que le commerce international « de proximité » est une nécessité, tout particulièrement pour la Nouvelle-Calédonie en phase de reconstruction à la fois matérielle et économique. Car de multiples avantages sont listés : facilité de coopération, coût de transport moindre, bénéfices écologiques, pression sur les prix, sans parler de la dimension géopolitique positive.
Toutefois, cette volonté d’intégration économique régionale rencontre des freins, plus ou moins puissants. De la problématique des normes des produits et de la difficulté d’élaboration d’accords bilatéraux à l’impact des influences étrangères, à commencer par la Chine. Le premier niveau relève bien de l’impulsion politique. Cet esprit d’ouverture sur l’horizon Océanie, les dirigeants calédoniens en ont manqué par le passé. D’où une accélération, depuis plusieurs années, dans la tentative de construction de liens avec les pays limitrophes et pas seulement l’Australie et la Nouvelle- Zélande.
La stratégie indopacifique, présentée par le président de la République, Emmanuel Macron, à Nouméa en 2018 et 2023, peut être un tremplin. Des échanges existent avec le Vanuatu, les îles Fidji… Il ne faut pas le nier. Néanmoins, beaucoup reste à faire.
Yann Mainguet

