La Nouvelle-Calédonie entretient une relation compliquée avec ses élections. Plus d’une fois dans son histoire contemporaine, l’appel aux urnes s’est déroulé dans des conditions contraintes.
Durant les Événements, tous les scrutins de la période 1984-1988 ont eu lieu dans un contexte de violence politique et de fragmentation territoriale, avec pour point d’orgue les élections territoriales de 1984 boycottées par le FLNKS.
Ces dernières années n’ont pas été épargnées par les remous locaux, mais aussi par des contraintes extérieures. En 2020, les deux tours des municipales ont été séparés de trois mois en raison du confinement dû au Covid-19. Cette même crise sanitaire a perturbé le troisième référendum, avec le boycott du mouvement indépendantiste. Derniers épisodes en date, les émeutes de mai 2024 avec les Européennes (9 juin) et les législatives (30 juin et 7 juillet).
Difficile parfois d’être un électeur calédonien. D’autant plus quand il s’agit de suivre et de comprendre le calendrier électoral.
La loi organique du 6 novembre 2025 a permis de reporter le renouvellement général des membres du Congrès et des assemblées de province d’ici le 28 juin afin de permettre la discussion en vue d’un accord consensuel sur l’avenir institutionnel. Le vote d’une motion de rejet de la révision constitutionnelle à l’Assemblée nationale, le 2 avril, empêche une telle initiative avant l’ultimatum. Or, le Conseil constitutionnel a été formel, le 6 novembre dans un communiqué, il juge qu’il devra être le dernier, car « un report supplémentaire méconnaîtrait la Constitution ». Et « la Constitution est l’acte le plus important en droit français », rappelle Nicolas Font, maître de conférences en droit public à l’université de Nouvelle-Calédonie. L’appel des urnes semble aujourd’hui inéluctable.
UN DÉLAI RÉDUIT
Le territoire est-il pour autant capable d’organiser de telles élections d’ici le 28 juin ? « On a eu le cas, en 2024, pour les législatives. On les a organisées en trois semaines. C’est tendu, mais faisable. Ce qui rajoute de la complexité, c’est l’organisation de commissions de révision des listes », souligne Mathieu Galea, chef du service de la vie citoyenne de la mairie de Nouméa.
Cette précipitation a des conséquences plus politiques avec une campagne réduite, même si des formations commencent d’ores et déjà à placer leurs pions, et comporte un risque sur la participation. « Dans un contexte d’abstention structurelle observée depuis les élections provinciales de 2004, le brouillage des clivages et la superposition des enjeux locaux et institutionnels pourraient produire un effet paradoxal. Plutôt qu’une surmobilisation, le scrutin pourrait enregistrer une démobilisation supplémentaire », analyse Pierre-Christophe Pantz, docteur en géopolitique, dans un article de The Conversation sur les municipales.
DES TENSIONS PERSISTANTES
Un point d’achoppement persiste : le corps électoral. « L’option la plus probable, c’est l’organisation des élections provinciales avant le 28 juin sur la base du corps électoral gelé. C’est ce que le Conseil constitutionnel a dit et ce que les pouvoirs publics mettent en avant sans oser l’affirmer, estime l’universitaire. C’est, juridiquement, la situation la plus sûre. Politiquement, c’est une autre dimension. »
Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a ainsi présenté, le 10 avril, trois scénarios aux formations politiques, dont certaines considèrent le gel ou le dégel du corps électoral comme une ligne rouge infranchissable. Les citoyens s’impliquent aussi dans le débat. Alors qu’une mobilisation a réuni quelques milliers de personnes, le 31 mars, à l’appel de l’association « Un cœur une voix » pour une ouverture des listes, un collectif de membres de la société civile, pourtant exclus du vote, a signé le 21 avril une tribune dans Le Monde intitulée « Le gel du corps électoral n’est pas une anomalie démocratique sortie de nulle part ».
Une prise de parole rare qui veut « apporter une voix nuancée, loin des postures binaires » et défendre son « droit à la paix ». Ces questionnements, sur le fond comme sur la forme, sur l’organisation des élections provinciales sont autant d’éléments perturbateurs pour que les électeurs puissent sereinement exprimer leur choix.
F.D.

